Il est 7 heures, le soleil est déjà haut au-dessus de la ville de Kaya, dans la région du Centre-Nord du Burkina Faso.
Hadaré, jeune garçon de 10 ans plein de vie, se hâte de prendre son petit-déjeuner avant de rejoindre son école, l’école publique Dimassa B de Kaya. Cette année il entre en CE2. « Je suis content d’aller en cours. J’y joue beaucoup avec mes amis et j’apprends à écrire, à lire et à compter » dit-il, tout sourire. Lorsqu’il sera grand, Hadaré voudrait pouvoir « protéger sa famille, » explique t-il.
Comme les 615 élèves déplacés internes de l’école Dimassa B – qui en compte 622 – Hadaré est arrivé il y a quatre ans à Kaya avec ses parents. Ensemble, ils ont fui Daké, un village situé à une centaine de kilomètres de Kaya, à cause de l’insécurité. Pour sa mère Fatmata, le fait que ses enfants puissent reprendre le chemin de l’école – et gratuitement – est une aubaine : « Nous sommes arrivés à Kaya démunis, sans argent, et inquiets de l’avenir de nos enfants ». Elle ne se doutait pas que l’école publique intégrerait ses enfants sans rien demander. « Quand je les vois aller à l’école, mon cœur est plein d’espoir parce qu’ils vont prendre la relève. Ils auront un meilleur avenir que le nôtre, » souffle-t-elle.
Son récit est semblable à celui d’Aïssa, la soixantaine, également déplacée. Elle est la présidente de l’association des mères éducatives. Elle est arrivée à Kaya en 2019 avec toute sa famille. Ils ont cheminé 11 km sur des charrettes durant trois jours, de Nagraogo à Barsalogho, puis 45 km de Barsalogho à Kaya. Arrivés en milieu d’année scolaire, les enfants n’ont pas pu intégrer l’école avant la rentrée suivante. Sa fille Edith, qui est actuellement en CM2, a alors pu retrouver le chemin de l’école. « Elle sera mieux lotie que moi et c’est le souhait de tout parent » explique Aïssa. Son petit-fils de 16 ans, Amado, présente encore des signes de traumatisme suite aux violences qui ont poussé sa famille à quitter Nagraogo. « Ils ont tué mon oncle » dit-il, après un long silence. Bien qu’il suive les cours au lycée de la localité, Amado souhaite retourner dans son village avec sa grand-mère. « Ici mamie souffre. Il faut tout acheter, l’eau, le bois, tout. A Nagraogo ce n’était pas ainsi. Elle vendait sa bouillie et gagnait de l’argent, » rapporte tristement le jeune homme. Malgré toutes les difficultés du quotidien, Amado a des bonnes notes : l’an dernier il a obtenu une moyenne de 14 sur 20.
Comme Edith, Amado et Hadaré, de nombreux déplacés internes ont eu la chance de retourner dans les salles de classe grâce aux efforts du Gouvernement, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et d’autres partenaires humanitaires. C’est grâce à l’ensemble de ces efforts, que les écoles Dimassa ou Koomlakré ont pu entamer cette année scolaire avec sérénité. Au début du mois de septembre, l’école de Komlakré faisait partie des 230 écoles qui servaient d’abris aux plus de 50 000 personnes déplacées ayant fui les violences dans le pays.
Youssoufou est le directeur de l’école Koomlakré : « Début septembre, environ 500 personnes occupaient la totalité des salles de classe de l’école ». Grace aux partenaires humanitaires qui ont pu leur fournir des kits abris et des articles ménagers essentiels, l’école a été libérée et la rentrée scolaire a pu se tenir le 15 septembre 2023. « Pour cette rentrée, nous accueillons 632 élèves dont 459 élèves déplacés. »Malgré tout, même si ces écoles ont pu rouvrir, les défis restent importants, liés notamment à l’arrivée massive de nouveaux élèves. « Nous manquons de salles de classes et cela contraste avec le nombre pléthorique d’élèves, » confie le directeur, « il y’a entre 100 et 140 élèves par classe. Il n’y a qu’une seule pompe à eau pour les 1 500 élèves des écoles alentours et deux latrines fonctionnelles. »
C’est en vue de répondre à ces difficultés que rencontre le système éducatif que le Gouvernement a travaillé avec les partenaires engagés à travers le Cluster Education, en coopération avec, pour mettre en place un certain nombre d’initiatives dont les espaces temporaires d’apprentissage, la stratégie de scolarisation accélérée avec passerelle et le programme d’éducation par la radio. Selon le directeur de la radio Manégada de Kaya, ce programme a permis en 2022 d’encadrer au moins 13 000 enfants dans cinq communes de la région (Kaya, Barsalogho, Pensa, Tougouri et Bourzanga). Albert Sawadogo, père de deux petites auditrices de ces émissions éducatives assure que le changement est net dans l’éveil de ses enfants : « ce sont elles qui m’apprennent les règles d’hygiène à la maison maintenant ».Le directeur provincial de l’éducation, Barkibila Sawadogo, salue l’ensemble de ces initiatives qui permettent d’offrir une continuation d’éducation aux enfants déplacés, une priorité pour les autorités. Pour lui, les défis demeurent nombreux, à savoir la dotation en kits scolaires, l’installation immédiate d’espaces temporaires d’apprentissage dans les communes qui n’en disposent pas, et le renforcement des capacités des enseignants dans la prise en charge psychosociale des élèves déplacés. Loin de toutes ces préoccupations, à l’ombre d’un arbre au sein de l’école Komlokré, un groupe de jeunes filles révise consciencieusement. Parmi elles, Asseta, qui rêve de devenir enseignante, et Pascaline, qui compte devenir médecin. Des rêves plein la tête, elles veulent prendre la relève pour que les enfants du Burkina retrouvent le sourire, la paix et le bien-être.