Burundi

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Le sous-financement du Plan de réponse humanitaire (HRP) en 2021 limite l’assistance aux personnes les plus vulnérables

Depuis 2018, au Burundi, le niveau de financement du Plan de réponse humanitaire (HRP) par rapport aux besoins n’a jamais été aussi bas à ce moment de l’année, au début du mois de septembre. En date du 13 septembre 2021, 37,7 millions de dollars sur 195 millions requis par le HRP 2021 ont été reçus, soit 19 pourcent des fonds requis pour l’année 2021. C’est 36 pourcent de moins qu’à la même période en 2020, où 59 millions avaient été reçus, alors que les fonds requis étaient à un niveau similaire (198 millions requis en 2020 contre 195 millions requis en 2021). Pourtant, en 2020, les fonds requis par le HRP avaient été revus à la hausse au mois de juillet en raison des impacts de la Covid-19 sur la situation humanitaire dans le pays. Les financements requis étaient passés de 114 millions à 198 millions de dollars. L’année 2020 s’est conclue avec un financement à hauteur de 45 pourcent du HRP, dont une partie a été dédiée à la réponse en santé publique face à la Covid-19.

D’après le rapportage des financements 2021 dans le Financial Tracking Service (FTS), à trois mois de la fin de l’année, 80 pourcent de besoins exprimés dans le HRP ne sont pas financés. En effet, un nombre important des 1,06 millions de personnes ciblées par le HRP risquent de ne pas recevoir d’assistance, entraînant ainsi un report et une accumulation des besoins sur l’année 2022. À la mi-année, au 30 juin 2021, seules 354 000 personnes (soit 33 pourcent de la cible) avaient bénéficié d’au moins une assistance multisectorielle. Même si des financements importants étaient versés dans les trois derniers mois de l’année, les acteurs humanitaires ne disposeraient pas du temps suffisant pour mettre en œuvre les activités. Il est crucial que dans les prochaines années, ces financements soient reçus plus tôt dans l’année, pour permettre la bonne mise en œuvre de la réponse humanitaire prévue dans le HRP. 

Ce sous-financement important de la réponse humanitaire au Burundi a un impact considérable sur l’assistance humanitaire apporté aux personnes les plus vulnérables dans le pays. En 2020, selon le rapport du suivi périodique de la réponse humanitaire (PMR), les acteurs humanitaires ont pu assister 524 708 personnes (65,5 pourcent de la cible) avec 45,2 pourcent des fonds reçus parmi ceux requis par le HRP. Les acteurs humanitaires de certains secteurs, comme celui de la sécurité alimentaire, ont dû réduire le ratio et donc la qualité de certaines activités de la réponse pour pouvoir atteindre le plus grand nombre possible de personnes ciblées.

À quelques mois de la fin de l’année 2021, selon le rapportage des financements dans le système de suivi FTS, certains secteurs font face à un sous-financement significatif qui limite grandement la réponse : au 13 septembre, seuls 7 pourcent des fonds requis pour les activités du secteur de l’Eau, Hygiène et Assainissement (WASH) ont été reçus; 8,2 pourcent du secteur Abris/Articles non alimentaires; 4,6 pourcent du secteur Protection; 17 pourcent du secteur Santé; 47,6 pourcent du secteur Sécurité alimentaire; 55 pourcent du secteur Nutrition[LS1]  et zéro pourcent pour le secteur de l’éducation. Par conséquent, les besoins humanitaires de tous les secteurs risquent de perdurer, voire de s’aggraver.

A titre d’exemple, au cours de la première saison culturale 2021A, la province de Kirundo a connu un déficit hydrique important provoquant la perte de 80 pourcent des récoltes dans les collines affectées, plongeant un peu plus de 36 000 ménages en insécurité alimentaire dans les zones affectées. Des inondations en avril et mai 2021 ont envahi des parcelles agricoles dans les zones littorales des provinces de Bujumbura et Rumonge. Rien que dans la province de Rumonge, au moins 68 hectares de cultures ont été détruites. Faute de financement, le secteur de la Sécurité alimentaire n’a pas pu fournir les intrants agricoles nécessaires pour compenser les pertes de récoltes dans toutes ces zones, et les victimes de ces chocs n’ont pas pu se remettre de la perte des cultures et se rattraper lors de la saison culturale suivante. Par conséquent, les besoins en termes de sécurité alimentaire risquent de perdurer, voire d’augmenter en raison du manque de financement de la réponse.   

En ce qui concerne le secteur Santé, certaines de ses activités prévues par le HRP n’ont pas pu être mises en œuvre que partiellement en raison du manque de financement. Par exemple, seules 4 612 personnes déplacées (PDI) ont pu recevoir une assistance en matière de santé sur les 269 000 projetées dans le HRP ; les activités de renforcement d’alerte précoce ou d’organisation de campagnes de sensibilisation n’ont pas pu être entièrement mises en place ; et le stock de contingence de médicaments n’a pas pu être totalement constitué. La majeure partie du financement reçu par le secteur Santé en 2021 ne concerne pas les projets inclus dans le HRP, mais concerne principalement des fonds de réponse à la Covid-19. Les autres urgences de santé publique sont peu couvertes, alors que la Burundi reste vulnérable à la résurgence de maladies à potentiel épidémique, telles que la rougeole, le paludisme et la maladie à plaies ulcéreuses. Il reste également crucial de mettre en œuvre les activités suivantes : (1) poursuite de la prise en charge adéquate des PDI et autres populations vulnérables , (2) prise en charge psychologique et soutien psychosocial aux sinistrés et (3) continuer la mise en place des mesures adéquates pour l’hygiène et l’assainissement (renforcement de la Prévention et Contrôle de l’Infection) sur les sites de déplacés afin d’éviter l’émergence d’éventuelles épidémies .

 Cette année, la planification d’une réponse à d’éventuelles inondations avait été intégrée dans le HRP. Par exemple : « le secteur [abris et articles non alimentaires] se préparera avant chaque saison des pluies par la mobilisation des fonds et le pré-positionnement de stocks placés stratégiquement » (HRP 2021, pp. 49-50) ; « afin d’assurer une intervention dans les premiers jours critiques de l’urgence, le secteur [WASH] travaillera étroitement avec le secteur logistique afin d’assurer le pré-positionnement de stocks de contingence dans les zones à risque » (HRP 2021, p. 56). Mais le manque de financement du HRP a empêché la mise en place d’une réponse d’urgence satisfaisante, alors que les besoins avaient été anticipés. Par exemple, bien que le HRP 2021 prévoyait, pour le secteur WASH, des distributions d’eau en situation d’urgence, le faible financement actuel a eu pour conséquence que le secteur ne disposait que d’un seul camion fonctionnel pour servir tous les besoins en province de Bujumbura après les inondations.

Un niveau de financement aussi bas sur une année donnée peut avoir pour conséquence une limitation de l’impact attendu de l’aide et un report des besoins humanitaires sur l’année suivante. En effet, les personnes identifiées comme étant dans le besoin, et qui n’ont finalement pas reçu d’assistance, risquent de développer davantage de vulnérabilités ou bien de les multiplier. La résilience ne pourra pas être construite, ce qui risque de créer et renforcer la dépendance à l’aide sur le moyen et long terme.

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