Burundi

Rapport de situation
Contexte

La hausse des prix des produits agricoles risque d’affecter la sécurité alimentaire des populations vulnérables

Au Burundi, malgré de projections favorables pour la saison agricole de cette année, on a constaté en début du mois de septembre, le manque de certains produits de première nécessité tel que le sucre, le charbon et le carburant. Si la solution serait de renflouer le marché avec ces produits, les conséquences de la rareté du carburant commencent à se répercuter sur certains services surtout dans le secteur des transports en commun avec la spéculation sur le coût du ticket de transport. Si d’importantes mesures n’accompagnent pas cette situation de la spéculation constatée des prix, l’aggravation  de la situation  se fera sentir pendant la période de soudure (octobre à décembre 2021) souvent caractérisé par entre autres l’épuisement des réserves alimentaires issues de la saison 2021B dans les ménages et diminution des stocks sur le marché et par un renchérissement des prix sur le marché de certains des denrées alimentaires de base et produits de première nécessité ainsi par-là, sur la situation alimentaire des ménages, surtout pour ceux qui sont les plus vulnérables. Le rapport de l’analyse de l’insécurité alimentaire aigüe et de la malnutrition aigüe, publié en juin 2021, avait estimé 1,04 million de personnes seront en insécurité alimentaire jusque fin septembre 2021 dont 56 000 personnes en phase d’urgence (Phase 4 de la classification).

Si la situation alimentaire actuelle du pays est encore relativement stable, c’est grâce à une saison culturale 2021B jugée bonne avec une production estimée supérieure à la moyenne. Les ménages ont pu avoir une quantité suffisante de récoltes dans la majeure partie du pays et l’impact positifs de la nouvelle approche de mise en valeur des terres domaniales ainsi que l’exploitation en commun des terres à travers les coopératives, en particulier avec l’accroissement de la disponibilité des céréales dont les stocks pouvant couvrir la période de juin à septembre.

Cependant, les ménages qui dépendent du marché éprouvent d’énormes difficultés pour accéder à la nourriture, compte tenu de leur faible niveau de revenu (car la plupart comptent sur la main d’œuvre agricole) et de la hausse des prix des denrées alimentaires de base. Selon les données collectées par le système d’alerte précoce du Programme Alimentaire Mondial PAM, les prix des principales denrées alimentaires ont continué à augmenter malgré la période post-récolte. En août 2021, bien que le prix du haricot ait baissé de 16% par rapport à la même période de 2020, ce prix a augmenté de 11% par rapport à la moyenne des prix des 5 dernières années. Le prix de la farine de maïs a aussi connu une augmentation de 31% en août 2021 comparé à aout 2020 et de 36% comparé au prix moyen des cinq dernières années. Le système d’alerte précoce est un outil qui se focalise sur le suivi en temps réel des indicateurs d’alerte précoce comme l’évolution mensuelle des prix, la disponibilité des produits sur le marché, l’évolution des termes de l’échange, le suivi de la campagne agricole et l’état des réserves alimentaires par ménage. Il s’appuie sur les données fournies par 55 informateurs clés des partenaires sur le terrain.

L’analyse des sources de revenus montre que 28,9% des ménages (1 ménage sur 3,5) comptent sur la main d’œuvre agricole (MOA) comme principal moyen de subsistance et malheureusement les opportunités de travail sont rares et faiblement rémunératrices. Ainsi, un ménage qui pouvait acheter 2,6 kg de haricot avec la rémunération d’une journée de travail en juillet 2021 ne pourra qu’acheter 2,4 kg de haricot en aout 2021. Aussi avec les mesures barrières contre la pandémie de la COVID 19, il y a eu une diminution d’opportunités de travail car les ménages ne peuvent plus se déplacer pour fournir la main d’œuvre à l’étranger. Les frontières avec le Rwanda, la République démocratique du Congo et la Tanzanie ont été fermées à cause de la pandémie de COVID 19 mais malgré la réouverture des frontières avec la Tanzanie et la RDC en juin 2021, le prix des tests Covid-19 pour passer la frontière est prohibitif. Les commerçants Burundais indiquent que le passage à la frontière est conditionné à un dépistage rapide dont les frais avaient été fixés au début à 30 000 BIF puis réduit à 15 000 BIF tandis que les étrangers paient actuellement 15 dollars contre 30 dollars au début de l’ouverture de la frontière.

Au-delà de l’impact de la spéculation de prix sur le marché,  certains facteurs à impacts négatifs dans différentes zones de moyens d’existence tel que l’impact économique et sanitaire de la COVID-19 sur les ménages ; la pression exercée par le flux de rapatriement et les retournés sur les ressources fragiles dans les zones de retour par les populations rapatriées et retournées; le retour des pluies pouvant occasionner de nouvelles inondations et destruction des cultures ainsi que des stocks alimentaires; la montée du lac Tanganyika affectant les communes qui avaient été touchées par les dernières pluies de mars à mai 2021 ; Une saison pluvieuse avec un risque de déficit pluviométrique tel que annoncé par l’agence régionale météorologique (ICPAC); etc, pourraient faire que la sécurité alimentaire des ménages se détériore sur la période de soudure. Il ne sera pas étonnant de voir le nombre de ménages en insécurité alimentaire (Phase 3 et plus), augmenter sur la période d’octobre à décembre 2021. Ceci malgré les efforts du gouvernement burundais à encadrer le secteur et la réponse humanitaire apportée par les acteurs humanitaires pour sauver les vies.

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