Burundi

Rapport de situation
Contexte
Champs détruits par manque d'eau dans la province de Kirundo (janvier 2021) ©Annick Ndayiragije/OCHA 2021
Champs détruits par manque d'eau dans la province de Kirundo (janvier 2021) ©Annick Ndayiragije/OCHA 2021

Peut-on inverser le cycle d’insécurité alimentaire récurrent au sein de la population de Busoni, Kirundo, Bugabira et Ntega?

La situation actuelle d’insécurité alimentaire à Kirundo est à la fois la résultante d’un épisode de déficit hydrique récurrent causé par l’arrêt brusque des pluies et de la destruction des cultures causée par des pluies excessives mêlées de grêle durant la première saison culturale 2021A. En effet, dans la province de Kirundo, près d’une saison sur trois est systématiquement mauvaise depuis le début des années 2000, et les ménages se retrouvent dans un cercle vicieux de dilapidation et de reconstitution du cheptel et des cultures de soudure. Tous les deux ans, depuis près de 20 ans, les ménages doivent trouver de nouvelles boutures de manioc.

La région dispose d’un grand potentiel de production en cas de bonne pluviométrie. Par exemple, 2018 est considérée comme une année normale, lorsque la province de Kirundo occupait la première place dans la production de légumineuses et la deuxième place pour les céréales, avec respectivement 13% et 10% de la production nationale (source: ENAB 2017-2018). Mais cette année, les ménages se retrouvent en phase de décapitalisation et sans cultures pérennes à cause du déficit hydrique.

Ce déficit hydrique dans certaines localités de la province de Kirundo, couplé d’une pluviométrie excessive dans d’autres, a affecté environ 20% des ménages dans la zone de moyens d’existence de Dépression du Nord ou du Bugesera, soit 36 372 ménages répartis sur certaines collines les plus touchées des communes de Busoni, Bugabira, Kirundo et Ntega, d’après l’estimation effectuée par une mission d’évaluation multisectorielle du 21 au 23 janvier 2021. Cette nouvelle évaluation a identifié 19 500 ménages ayant un besoin urgent d’assistance en semences et denrées alimentaires.

Les deux chocs ayant survenu en phase cruciale de floraison et de maturation des cultures de la saison, le préjudice sur les récoltes de la saison 2021A est très important, en particulier pour les céréales et légumineuses dans la partie la plus affectée. Ailleurs, la production est considérée comme normale.

Au niveau nutritionnel, les résultats préliminaires de l’enquête SMART du mois de septembre 2020 ont conclu à une situation précaire de la malnutrition aigüe globale (MAG) à Kirundo avec un taux de 7%, soit une situation déjà en détérioration par rapport au taux de MAG de 4% en 2019.

  • Depuis la survenance du choc au cours du mois de décembre 2020, on note déjà:       une perte de récoltes de légumineuses et céréales de la saison 2021A avec des pieds de maïs et de sorgho dans les champs qui ne servent que de fourrage pour le bétail;

  • des dizaines de ménages ayant déjà quitté la province vers d’autres provinces (par exemple: déplacements vers la province Cankuzo);     

  • plusieurs cas d’abandons scolaires, en particulier dans les écoles fondamentales où le Programme d’alimentation scolaire a été suspendu par le Programme alimentaire mondial (PAM) en raison du manque de financement (par exemple: selon les visites de suivi de l’inspection provinciale de l’enseignement scolaire, une école fondamentale (ECOFO) de Cewe fait état d’un abandon d’un quart de la population scolaire, soit 200 élèves sur 800 que compte l’école). Le PAM prévoit une reprise prochaine du programme dans 30 écoles ciblées;

  • des cas de malnutrition en augmentation, y compris des cas de malnutrition sévère et des cas d’œdèmes, selon le Concern World Wide (CWW) impliqué dans le programme. Le pic des cas est attendu avec la prochaine période de soudure entre mars et mai 2021;      

  • une augmentation des cas de mendicité et l’amplification du phénomène des enfants de la rue;      

  • une perturbation des activités de certains intervenants dans la zone, y compris celles en rapport avec les Activités génératrices de revenus (AGR) et les Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC), dont les bénéficiaires en situation de déficit alimentaire privilégient les mécanismes de survie comme les migrations (par exemple: cas d’une AGR d’élevage des porcs soutenue par CWW dont les membres ont déjà signifié à l’acteur qu’ils sont dans l’impossibilité de continuer à gérer la porcherie alors qu’ils doivent aller chercher de quoi nourrir leurs familles; cas des volontaires de CARE GROUP touchés par les déplacements actuels etc.);

  • les ménages affectés n’ont pas de stocks de vivres secs;

  • les disponibilités sur les marchés sont en amélioration, en particulier pour le haricot avec l’avènement des récoltes de la saison 2021 dans les collines non affectées;      

  • concernant les perspectives de récoltes: alors que les collines affectées s’attendent à une absence de récolte de céréales et de légumineuses pour la saison 2021A, les perspectives de récoltes sont bonnes pour les autres localités non touchées, malgré des risques de chevauchement sur la saison 2021B, en particulier pour le sorgho.

À ces besoins s’ajoutent des facteurs aggravants, en particulier ceux liés au mouvement important de rapatriés en provenance du camp de Mahama au Rwanda depuis le mois d’août 2020 (près de 70% des réfugiés burundais du camp de Mahama sont originaires de la province Kirundo), à la réduction de la couverture du programme alimentaire scolaire (37 écoles couvertes contre 62 auparavant), à l’impact de la Covid-19, aux criquets puants et aux maladies porcines.

L’administration a appelé à la solidarité locale et nationale pour venir en aide à ces ménages affectés, ainsi qu’au renforcement des cultures dans les marais. Les activités de résilience se sont accélérées, notamment le démarrage d’un projet d’installation de stations météo, avec l’aide du PNUD, pour améliorer la capacité locale d’alerte précoce, mais également une demande de mise en place d’un projet d’irrigation collinaire sur le lac Rweru avec l’aide du PNUD, du Fonds National d’Investissement Communal (FONIC) et la FAO.

Les partenaires estiment qu’une assistance en semences avant le mois de mars par l’intermédiaire de foires à semences ou d’activités cash est nécessaire pour répondre aux problèmes de déficit alimentaire. Elle sera combinée avec une assistance alimentaire durant la période de soudure et avant les prochaines récoltes 2021B (juin 2021), ainsi que l’accélération et la mise à l’échelle des actions de résilience en cours, à savoir les projets d’irrigation PNUD-FONIC-FAO, le renforcement de la petite irrigation, le maintien du programme d’alimentation scolaire, en particulier dans les zones affectées, et les activités de reboisement/reforestation.

Les risques en cas de non-assistance dans les délais sont les suivants:   

  • en cas de non-assistance en semences, les ménages affectés rateront la prochaine saison culturale 2021B et par ricochet, les récoltes de juin 2021. L’insécurité alimentaire persistera et s’accentuera jusqu’à la fin de l’année (avec toutes les autres conséquences que cela engendrera);     

  • les ménages se trouveraient en besoin d’assistance de soudure pour une période assez longue, avec le risque que les ménages aient recours aux mécanismes négatifs pouvant influer sur les moyens d’existence (déplacements, ventes d’actifs productifs et non-productifs);      

  • le manque d’appui aux services nutritionnels occasionnerait la dégradation du statut nutritionnel  et le débordement des programmes en cours de prise en charge des cas de Malnutrition Aigüe Sévère (MAS) et Malnutrition Aigüe Modérée (MAM).

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