Burundi

Rapport de situation
Contexte
 Site des déplacés de Kinyinya où 2885 personnes vivent depuis les inondations de 2020. La population nouvellement déplacée suite aux inondations de mai 2021 vient de s’y installer, OCHA 2021 © Marquis C.
Site des déplacés de Kinyinya où 2885 personnes vivent depuis les inondations de 2020. La population nouvellement déplacée suite aux inondations de mai 2021 vient de s’y installer, OCHA 2021 © Marquis C.

Plus de 22 000 personnes déplacées en avril et mai 2021

En avril-mai 2021, les débordements des rivières Rusizi et Kajeke, situées au nord-ouest du pays et l’augmentation de deux mètres du niveau de l’eau du lac Tanganyika (776,58m à la mi-mai 2021 comparé au niveau dit normal de 775m) ont provoqué une catastrophe pour les populations des communes riveraines des provinces Bujumbura, Bujumbura Marie, Makamba et Rumonge. Selon les informations des équipes de la Displacement Tracking Matrice (DTM), plus de 50 000 personnes ont été affectées. Parmi elles, plus de 22 000 personnes se sont déplacées.

Le Burundi est l’un des 20 pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique au monde. Les désastres naturels sont une des causes de l’augmentation des besoins humanitaires. Selon les données des équipes de la Displacement Tracking Matrix (DTM), depuis 2018 jusqu’à mai 2021, le pays a enregistré 445 urgences des désastres naturels dont 67% sont dus aux inondations ou les pluies torrentielles causant le débordement des rivières Rusizi et Kajeke. Les 33% des urgences sont, par ailleurs, dues aux vents violents, au glissement de terrain et à la chute de la grêle.

De 2018 à ce jour, les désastres naturels ont affecté 268 659 personnes dont 99 060 personnes déplacées. Du total des personnes affectées et de celles déplacées, 22% et 23% respectivement les ont été en 2021. Cependant, l’année 2020 est, jusque-là, celle ayant connu un grand nombre de personnes affectées, 95 199 personnes y compris 44 222 déplacées. La récurrence des événements dans le pays fait qu’au regard des populations affectées, les provinces de Bujumbura, Bujumbura Mairie, Rutana, Bubanza, Cibitoke et Ngozi sont les plus affectées. Ces désastres affaiblissent la résilience des populations et créent une dépendance à l’assistance humanitaire.

La zone de Gatumba, en commune Mutimbuzi de la province de Bujumbura, a été doublement frappée par le débordement des rivières de Rusizi et de Kajeke ainsi que la montée des eaux du la Tanganyika. Elle enregistre plus de la moitié du nombre de personnes affectées (40 673 sur un total de 52 180 personnes affectées).  Depuis la dernière décennie, la zone de Gatumba connaît des inondations cycliques. Presque tous les quartiers de la zone sont régulièrement inondés. Les inondations de cette année se sont produites alors que 1 733 ménages (près de 5 000 personnes) vivaient encore dans des sites de déplacés en attente de la mise en œuvre des solutions durables. 

Cette situation a eu un impact sur les conditions de vie des sinistrées. Par ailleurs, le déplacement de la population a été également observé dans les zones côtières, et pour certains, la perte des moyens de substance a été observée. Sur le plan de réponse humanitaire, la capacité limitée des acteurs à apporter l’assistance d’urgence dont a besoin les sinistrés constitue le véritable défi. 

Un impact important sur les biens et services a été également enregistré suite à la destruction considérable des infrastructures économiques, sanitaires et scolaires.

Sur base des données collectées le 18 mai, lors de l’évaluation initiale rapide des besoins (MIRA) dans la zone touchée, les besoins urgents, par l’ordre de gravité, sont les abris (100%), les vivres (86%), les articles non alimentaires (74%), l’accès à l’eau potable (5%) et la protection (2%). Les acteurs humanitaires et les autorités burundaises ont apporté une réponse d’urgence aux sinistrés.

Les fonds d’interventions d’urgence, CERF, vient d’accorder un montant de USD 1 500 000 aux acteurs de secteurs Abris, de l’EHA (WASH) et Aide alimentaire pour renforcer la réponse et prévenir la détérioration des conditions de vie des sinistrés. En dehors des capacités internes dont disposaient les acteurs humanitaires, des financements additionnels ont été apportés, notamment le START Fund et le DREF d’ECHO. La planification humanitaire ciblant 13 000 ménages sinistrés pour les six mois prochains, requiert 10 millions de dollars américains. A ce jours, seuls 4,7 millions sont déjà mobilisés. Les secteurs de la santé et nutrition sont les moins financés.

Au même moment, sur l’autorisation du Ministère de la Solidarité Nationale, des Droits de la Personne Humaine et du Genre, la relocalisation des ménages de Mushasha I & II et une partie de Gaharawe, dont les parcelles ont été déclarées inhabitables, a démarré avec la construction de 102 abris semi-permanents, érigés sur parcelles disponibles. Près de 28,5ha ont été disponibilisés dans la zone de Buhomba, en commune de Mutimbuzi pour 650 parcelles. Cependant, la capacité actuelle est de 250 abris semi-permanents alors que la demande ne cesse d’augmenter. D’où la nécessité de poursuivre le plaidoyer pour des solutions durables.

Le niveau du lac, qui a perdu 6 cm depuis sa pointe de la mi-mai, en ce début de saison sèche, risque donc d’être encore au-dessus de la normale à la tombée des prochaines pluies.A deux mois de la reprise des pluies, les abris dans les sites installés en 2020 (majoritaires) et les infrastructures sanitaires ne répondent plus à la norme.

Si l’on veut éviter la persistance et l’augmentation des besoins humanitaires liés aux inondations, la mise en place rapide de solutions durables pour les personnes aff­ectées et le traitement des facteurs sous-jacents, comme l’aménagement et la protection des terres inondées, sont nécessaires.

URL:

Téléchargé le: