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Rapport de situation

Faits saillants

  • L'accès à l'eau potable : une lutte au quotidien.
  • Les acteurs humanitaires ont fourni au premier trimestre 2022 une assistance à 447 000 personnes, soit 22,3% de la cible.
  • 30 civils ont été tués et 49 blessés dans 63 incidents impliquant des mines et autres engins explosifs entre janvier 2021 et mars 2022.
  • La communauté humanitaire en RCA planifie d’assister 2 millions de personnes en 2022. 461,3 millions de dollars américains seront requis.
  • 3,1 millions de Centrafricains ont besoin d’assistance humanitaire et de protection en 2022, soit 63% de la population.
Des enfants déplacés par les récents affrontements près de Bria. ©OCHA/Virginie Bero, Bria, Préfecture de la Haute-Kotto, RCA, 2021.
Des enfants déplacés par les récents affrontements près de Bria. ©OCHA/Virginie Bero, Bria, Préfecture de la Haute-Kotto, RCA, 2021.

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Chiffres clés

4,9M
Population
3,1M
Pers. ayant besoin d’une aide humanitaire
2M
Pers. ciblées pour assistance
1,8M
Personnes assistées en 2021
2,2M
Pers. en insécurité alimentaire
658K
Personnes déplacées (30/04/2022)
737K
Réfugiés centrafricains
14373
Cas confirmés COVID-19
113
Décès liés à la COVID-19

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Financement

$461.3M
Requis
$173.5M
Reçu
38%
Progrès
FTS

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Contacts

Vedaste KALIMA

Chef de Bureau

Maxime NAMA CIRHIBUKA

Chef de Section Information Publique

Anita CADONAU

Chargée du Reporting

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Rapport de situation
Analyse
Plisson attend son tour pour s'approvisionner en eau auprès d'un fournisseur privé. © Maxime Nama, 4ème Arrondissement, Bangui, RCA, 2022.
Plisson attend son tour pour s'approvisionner en eau auprès d'un fournisseur privé. © Maxime Nama, 4ème Arrondissement, Bangui, RCA, 2022.

A la recherche de la denrée rare

De minuit à 2h, voire 3h du matin, ce sont les heures creuses auxquelles Plisson, 30 ans et mère de trois enfants se réveille souvent pour puiser de l’eau, quand il y en a. « Vous pouvez me voir la journée bien apprêtée mais vous n’aurez aucune idée de ce que j’endure la nuit », explique-t-elle. C’est ce qui arrive souvent dans certains quartiers de Bangui la capitale de la République centrafricaine (RCA), notamment dans le quatrième arrondissement où habite Plisson, son mari et leurs trois enfants. Et lorsque l’eau ne coule pas du tout de leur robinet, c’est 200 francs CFA (300 centimes de dollars américains) que la famille doit débourser par jour pour puiser 100 litres d’eau auprès de fournisseurs privés. Cette famille fait partie des 60% de centrafricains qui n’ont pas accès à l’eau et aux installations sanitaires adéquates en 2022 selon l’Aperçu des besoins humanitaires publié en octobre 2021. La RCA est située dans la région où la disponibilité des ressources en eau par personne est la plus élevée du continent, mais seulement 37 % de la population dispose de services d'eau potable de base.

Des besoins en augmentation

Agée de 21 ans, mère de trois enfants et habitant le village Ouifrane à 7km de Ndele dans le nord du pays, Alida n’a d’autre choix que d’utiliser l’eau d’une source non aménagée pour tous ses besoins quotidiens, y compris boire et cuisiner car elle ne dispose pas de robinet où s’approvisionner. « Je sais que l’eau de cette source n’est pas potable et qu’elle peut me rendre malade, mais il n’y a pas d’autres alternatives proches de notre village », confie Alida. La RCA est le deuxième pays avec le taux de mortalité le plus élevé lié à l’utilisation de l’eau insalubre en Afrique. Ce faible accès à l’eau, dont les causes principales sont structurelles, est exacerbé par le conflit qui déchire le pays depuis plus d’une décennie et est d’autant plus problématique pendant la saison sèche qui court de novembre à mai.

En 2021, les besoins en eau, hygiène et assainissement (EHA) ont augmenté de 13%, et 300 000 personnes supplémentaires nécessitaient ainsi une assistance pour accéder à de l'eau potable et à des installations sanitaires. Au total, plus de la moitié de la population (2,8 millions de personnes) ont besoin d’une assistance en EHA. La Sous-Préfecture de Ndele dans le nord où habite Alida est celle présentant les besoins les plus sévères dans le pays. Cette détérioration est entre autres due à l’abandon des points d’eau qui ne sont plus entretenus lorsque les populations fuient l’insécurité, et à la contamination des puits. A cela s’ajoute la perte des récipients pour la collecte et le stockage de l’eau lors des déplacements et le vandalisme commis par les hommes en armes quand ils attaquent les villages.

L’eau c’est la vie

Avec un gilet kaki et tamponné du logo rouge de son organisation, difficile de rater Médard à son passage dans les rues de Adoumindou, village situé dans le nord du pays, dans la Préfecture de Bamingui-Bangoran. Médard est animateur EHA et sensibilise les habitants aux meilleures pratiques, notamment le traitement, la manipulation et la conservation hygiénique de l’eau de boisson, le lavage des mains au savon et l’accès à un assainissement sain. « Mon travail au sein de la communauté permet aux habitants d’éviter des maladies comme le choléra et la diarrhée qui sont une cause de mortalité, en particulier pour les enfants », explique fièrement Médard qui travaille avec l’ONG Première Urgence Internationale (PUI). En 2021 dans la Préfecture de la Bamingui-Bangoran, l’ONG a notamment construit huit forages d’eau, améliorant ainsi l’accès à l’eau potable pour 4 000 personnes. Grâce à la mobilisation de la communauté humanitaire, les sous-préfectures de Nangha-Boguila, Kémbé, Satema, de Bangassou, Bira et Gambo ont vu leurs besoins en EHA significativement baisser.

Un long chemin à parcourir

En 2021, les humanitaires avaient requis 38 millions de dollars américains pour assister 1,4 millions de personnes mais n’ont reçu que 25% de ce montant qui a bénéficié à 494 700 personnes vulnérables soit 35 % de la cible planifiée. En 2022, ils cherchent à mobiliser 34,5 millions de dollars américains pour améliorer l’accès à l’EHA de 1,5 millions de personnes.

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Article principal
Un camion transportant du matériel d'une agence des Nations unies a sauté sur un engin explosif à Ngoutere en mars, faisant 2 morts. © Anour Gourna, Ngoutere, Préfecture de l'Ouham-Pendé, RCA, 2022.
Un camion transportant du matériel d'une agence des Nations unies a sauté sur un engin explosif à Ngoutere en mars, faisant 2 morts. © Anour Gourna, Ngoutere, Préfecture de l'Ouham-Pendé, RCA, 2022.

La menace sans cesse croissante des engins explosifs

Les accidents impliquant des mines et autres engins explosifs ne cessent de prendre des proportions croissantes depuis avril 2021, en particulier dans l'ouest de la République centrafricaine (RCA), une région où le conflit s'est intensifié.

Une accumulation alarmante

Entre janvier et mars 2022, sept personnes, toutes civiles, ont été tuées et 29 blessées, dont 19 civils, dans 19 accidents impliquant des engins explosifs. En 2021, 44 accidents de ce type ont été enregistrés, tuant 30 personnes, dont 23 civils, et blessant 48, dont 30 civils. Le nombre d'accidents enregistrés au premier trimestre 2022 représentent près de la moitié de tous les accidents enregistrés en 2021, et les deux années montrent une augmentation significative par rapport à l'année 2020, où seuls deux incidents sans victimes avaient été enregistrés.

Les civils sont les principales victimes des engins explosifs en RCA. Au total, 81% des personnes tuées et 64% des personnes blessées depuis 2021 sont des civils. Les régions les plus touchées sont le nord-ouest et l'ouest du pays, où 82% de tous les incidents et accidents ont eu lieu, bien qu'un nombre croissant d'accidents ait également été enregistré dans le centre du pays en 2022.

Le 4 avril, des mines antipersonnel ont été découvertes pour la première fois en RCA. La population en a trouvées deux dans un village près de Bambari et les a signalées au Service de la lutte antimines des Nations Unies (UNMAS) et à la mission de maintien de la paix, la MINUSCA, qui ont détruit les engins avant qu'ils ne puissent nuire. Les mines antipersonnel sont interdites par la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, qui est entrée en vigueur pour la RCA en 2003.

À la mi-mars, un camion affrété par une agence des Nations Unies transportant des matériels de construction de Bocaranga à Bozoum en vue de la construction d'une école secondaire a heurté une mine antichar près de Ngoutéré, à 40 km de Bocaranga. Deux personnes ont été tuées, deux autres blessées et le camion a été gravement endommagé. Le même camion avait déjà heurté une mine dans la même zone en décembre 2021, faisant un blessé. Le projet de construction de l'école a depuis été interrompu car les matériels de construction ne peuvent être livrés, ce qui risque d'entraîner la déscolarisation de 600 élèves. Dans la même région de Ngoutéré, les partenaires humanitaires ne peuvent pas fournir une aide alimentaire à 1 800 personnes vulnérables et ne peuvent pas soutenir quatre centres de santé et 12 écoles en raison du manque d'accès.

Sans distinction

Les victimes sont diverses : une famille, des enfants, des cultivateurs, un acteur humanitaire, des marchands, des éléments armés, des soldats de la paix des Nations Unies et un prêtre. Les engins explosifs qui explosent en raison de la présence, de la proximité ou du contact d'une personne ne peuvent pas faire de distinction entre les civils et les combattants, ce qui soulève d'importantes préoccupations concernant les principes de distinction et de proportionnalité en vertu du droit international humanitaire.

En juillet 2020, l'utilisation présumée de mines antichars a été signalée pour la première fois dans le pays depuis la création de la mission de maintien de la paix, la MINUSCA, en 2014. L'un des dispositifs suspectés a endommagé un char de la MINUSCA près de la frontière avec le Cameroun. Depuis, on observe un calme relatif entre juillet 2020 et avril 2021, le problème a pris des dimensions dangereuses avec de graves conséquences pour les civils et l’accès humanitaire.

Restriction de l’accès humanitaire et des activités socio-économiques

La présence présumée d'engins explosifs limite gravement l'accès humanitaire aux personnes vulnérables dans un contexte déjà marqué par des restrictions d'accès en raison de conflits armés et de contraintes physiques.

Au moins 30 000 personnes vulnérables sont privées d'aide humanitaire dans l'ouest de la RCA en raison de la menace des mines et autres engins explosifs. Les partenaires humanitaires de Paoua, de Bouar et de Bocaranga sont obligés de retreindre leur mouvement suite à la menace croissante de ces engins. En décembre 2021, les organisations humanitaires ont temporairement suspendu leurs déplacements dans tout le nord-ouest du pays (au nord de Bocaranga et à l’ouest de Paoua) ainsi qu'à l'ouest de Berbérati. L’absence de l’aide humanitaire accroit leur degré de vulnérabilité et les expose à des maladies comme le paludisme et les maladies hydriques. Par exemple, la majorité des points d’eau sont en panne faute d’entretien sur le tronçon Niem-Yelewa-Sabéwa. Selon l’Aperçu des besoins humanitaires 2022, ces zones sont aussi parmi celles avec les plus sévères besoins humanitaires dans le pays.

Plusieurs axes dans les préfectures de la Nana-Mambéré, la Mambéré-Kadéï et l’Ouham-Pendé ont été considérés comme à haut risque en raison de la présence présumée d'engins explosifs et restent impraticables pour les humanitaires et les civils, notamment entre Gamboula et Amadagaza. Il en est de même pour l’axe Yelewa-Sabéwa qui reste inaccessible depuis janvier 2021. Les villes et villages situés dans les zones où l'on soupçonne la présence d'engins explosifs risquent d'être coupés de la nourriture et des autres fournitures, du commerce, des patrouilles de sécurité et de l'assistance humanitaire. Les engins explosifs limitent également l'accès des populations aux champs en cette période de plantation, aux lieux de travail et de revenus, ainsi qu’aux services essentiels tels que les soins de santé et l'éducation.

Assistance d'urgence par voie aérienne

Contournant les restrictions d'accès, OCHA et les partenaires humanitaires ont livré entre juin et octobre 2021 une assistance d’urgence par hélicoptère à Nguia-Bouar, Ngaoundaye, Ndim et Gbambia dans les préfectures de la Nana-Mambéré, Mambéré-Kadéï et Ouham-Pendé. Plus de 4,5 tonnes de médicaments, de nourriture, de suppléments nutritionnels, de produits d'hygiène et kits éducatifs sont parvenus à près de 56 000 villageois, dont plus de 4 000 personnes déplacées, pour satisfaire les besoins les plus urgents et réapprovisionner des centres de santé.

Après des travaux de nettoyage de la MINUSCA, un convoi d’OCHA et du HCR a acheminé et distribué plus de 80 tonnes de vivre et 555 kits avec des articles ménagers à plus de 1 500 familles hôtes et personnes déplacées à 5 km de Bocaranga, Ndim et Koui dans la première semaine de février 2022.

Protéger les civils et les travailleurs humanitaires

En septembre 2021, UNMAS a lancé une campagne de sensibilisation sur les engins explosifs auprès de la population à Bouar, Berbérati, Paoua et Boali. Fin 2021, plus de 7 085 personnes ont été sensibilisées, dont 4,310 enfants. Des panneaux de sensibilisation ont été posés aux endroits stratégiques des localités de Baoro et Bouar. Des dessins et photos y mettent en exergue les précautions à prendre non seulement pour éviter les engins mais aussi pour les baliser et les signaler aux organisations chargées du déminage. UNMAS a également organisé des sessions de sensibilisation sur les risques liés aux engins explosifs pour plus de 1 500 acteurs humanitaires et personnels des Nations Unies. Une session de formation de formateurs a également été donnée à différentes organisations afin de leur permettre de directement sensibiliser leur personnel à Bangui et sur le terrain.

Des fonds supplémentaires sont maintenant nécessaires de toute urgence pour augmenter la portée des projets d’éducation aux risques pour les femmes, les hommes et les enfants dans les régions touchées.

Regardez deux vidéos sur:

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Tableau de bord humanitaire, janvier - mars 2022

Tableau de bord humanitaire, janvier - mars 2022

La crise humanitaire en République Centrafricaine (RCA) s’est intensifiée, plongeant des pans entiers de la population dans une précarité extrême. Selon le Plan de réponse humanitaire 2022, 3,1 millions de personnes, soit 62% de la population, ont besoin d’assistance humanitaire et de protection, un niveau inégalé en cinq ans. 45% de la population se trouve en situation d’insécurité alimentaire sévère, ce qui place la RCA au troisième rang au monde en termes de prévalence après le Yémen et le Sud Soudan. Au 31 mars 2022, le nombre total de personnes déplacées internes (PDI) en RCA est estimé à 650 000 personnes. Alors que la Centrafrique peine à faire face aux séquelles profondes d’années de conflits, les premiers signes avant-coureurs de l’augmentation des prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité sont visibles et pèseront lourdement sur les capacités de survie des populations les plus vulnérable. Plus de détails ici.

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Aperçu des incidents ayant touché les organisations humanitaires, janv - avril 2022

Aperçu des incidents ayant touché les organisations humanitaires, janv - avril 2022

La population civile reste la première victime des tensions et violences armées qui se poursuivent dans plusieurs parties du pays.

Au cours des quatre premiers mois de 2022, 52 incidents affectant les travailleurs humanitaires ont été enregistrés. La baisse notable des incidents observée depuis la fin de 2021, est en grand partie due à des confrontations armées plus limitées dans le temps et l’étendue, se confirme aussi pour le mois d’avril (14 incidents).

Pendant le mois d’avril, sur l’axe Alindao-Mingala et Alindao-Bambari, deux attaques violentes ont eu lieu contre des équipes humanitaires sur lesquelles des éléments armés ont ouvert le feu et qui ont occasionné sept blessés, dont des blessés par balles.

Les préfectures de Ouham (19,2%), de Bangui (13,5%) et de la Ouaka (13,5%) demeurent les plus touchées durant les quatre premiers mois de 2022. Les vols, braquages, pillages, menaces et agressions représentent 73% des incidents (38). Les interférences et restrictions représentent les autres 14 incidents (27%).

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Aperçu des mouvements de population au 30 avril 2022

Aperçu des mouvements de population au 30 avril 2022

Au 30 avril 2022, le nombre total de personnes déplacées internes (PDI) en République centrafricaine est estimé à 658 265 individus composés respectivement de 163 551 personnes dans les sites (25%) et 494 714 personnes dans les familles d’accueil (75%). Cela représente une augmentation de 8 471 PDI (1,3%) par rapport au mois de mars 2022 où le nombre de PDI était estimé à 649 794 personnes.

Le mois de mars 2022 a été marqué par de nouvelles vagues de déplacements de population plus importants que les retours, liés aux affrontements armés, aux incursions et exactions des hommes en armes dans des villages, ainsi qu’aux catastrophes (incendies et inondations). Cette tendance a continué en avril 2022 où les partenaires de la Commission mouvements de population (CMP) ont fait état de 14 032 nouveaux déplacements et 5 561 retours.

Les nouveaux déplacements sont principalement constatés dans les couloirs de transhumance de l’Ouham et de l’Ouham-Pendé, dans les zones en proie aux incursions et exactions des hommes en armes dans la Ouaka, le Mboumou et l’Ombella-M’poko, ainsi que dans les localités affectées par les inondations dans l’Ouham-Pende et la Vakaga. Télécharger l’infographie ici.

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Un jeune homme déplacé est vacciné contre la COVID-19 dans un site pour personnes déplacées à Ippy. ©OCHA/Anita Cadonau, Ippy, Préfecture de la Ouaka, République centrafricaine, 2022.
Un jeune homme déplacé est vacciné contre la COVID-19 dans un site pour personnes déplacées à Ippy. ©OCHA/Anita Cadonau, Ippy, Préfecture de la Ouaka, République centrafricaine, 2022.

Deux ans après que la RCA ait confirmé le premier cas de COVID-19

Deux ans se sont écoulés depuis que le gouvernement de la République centrafricaine (RCA) a confirmé son premier cas de COVID-19 le 14 mars 2020. Depuis lors, divers partenaires humanitaires et de développement ont déployé leur soutien au gouvernement pour répondre à la pandémie, en plus d'une crise humanitaire qui dure depuis plus d'une décennie.

Au 19 mai 2022, 1 210 504 personnes ont reçu au moins une dose du vaccin COVID-19. Parmi elles, 824 496 personnes ont été entièrement vaccinées. La RCA a reçu 2 568 280 doses de vaccin à travers la facilité COVAX et de dons bilatéraux de la Chine et de la Russie, dont 37% ont été administrées.

Le ministère de la Santé a révisé son plan national de déploiement des vaccins pour intensifier la vaccination contre la COVID-19 dans le but de couvrir 52% de la population totale d'ici décembre 2022. Le plan comprendra de nouvelles cibles, notamment les personnes âgées de 15 ans et plus. Le plan bénéficiera du soutien financier de la Banque mondiale, de l'UNICEF, de GAVI et de l'OMS.

Le gouvernement centrafricain a lancé le 20 mai 2021 la campagne de vaccination contre la COVID-19 avec l’appui des partenaires, notamment l'OMS, l'UNICEF et GAVI. La campagne a commencé par la vaccination symbolique des membres du gouvernement et des agents de santé. Le premier lot de doses a couvert dans un premier temps le personnel de santé de première ligne et les personnes vulnérables âgées de 50 ans et plus, et s'est ensuite étendu aux leaders religieux, relais communautaires, commerçants, transporteurs et journalistes. La campagne de vaccination contre la COVID-19 couvre les 16 préfectures du pays, mais connaît des difficultés d'accès en raison de l'insécurité et du mauvais état des routes.

Réponse à la deuxième et troisième vagues

A la veille du lancement de la campagne, le président Touadéra a annoncé le 19 mai qu'une urgence de santé publique serait déclarée et un certain nombre de mesures prises pour intensifier les efforts visant à contenir la deuxième vague de COVID-19, qui a frappé le pays en mars et avril 2021. Des mesures barrière plus strictes dans les lieux de rassemblement tels que les restaurants, les bars, les lieux de culte, les mariages, les funérailles et les transports en commun ont été annoncées, ainsi que leur renforcement plus rigoureux.

En janvier 2022, la RCA se trouvait au milieu de la troisième vague de COVID-19. Au cours de la première semaine de janvier, 745 nouveaux cas ont été enregistrés, soit plus que pendant tout le mois de décembre 2021 (674 cas). Au 19 mai 2022, le ministère de la Santé a enregistré 14 373* cas de COVID-19, dont 113 décès, depuis le début de la pandémie.

Un environnement favorable

Une enquête menée par l'ONG Ground Truth Solutions a indiqué que les centrafricains sont prêts à se faire vacciner contre la COVID-19 et pensent que le vaccin aidera à éradiquer le virus, malgré un certain scepticisme et des informations erronées qui persistent. Les partenaires humanitaires et de développement soutiennent le Ministère de la santé dans l'élaboration d'une campagne de communication pour informer et encourager la population à se faire vacciner et lutter contre la propagation de fausses informations sur le vaccin.

Des défis à tous les fronts

La RCA sort d’une année au cours de laquelle les besoins humanitaires ont exponentiellement augmenté. Jamais au cours des cinq dernières années il n'y a eu autant de personnes dans le besoin aigu qu'aujourd'hui. La pandémie a frappé un pays déjà ravagé par des décennies de conflit armé et de sous-développement. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la République centrafricaine était parmi les pays les moins préparés à faire face à la pandémie. Une série de facteurs aggravants rendent le pays à la fois vulnérable et la réponse à la pandémie difficile.

Tout d'abord, le système de santé fonctionne à peine, en raison d'une pénurie chronique de personnel de santé qualifié, d'équipements médicaux et de médicaments de base. 70% des services de santé sont fournis par des organisations humanitaires et 2,7 millions de personnes, soit la moitié de la population, ont besoin d'une assistance sanitaire. Un Centrafricain sur quatre doit marcher pendant plus d'une heure pour atteindre la clinique la plus proche et, pour beaucoup, les factures des consultations et des médicaments sont inabordables. Seul un Centrafricain sur trois a accès à l'eau potable, à des toilettes et à une douche. Et pour beaucoup, le savon est un produit de luxe. L'accès à l'eau et à l'assainissement est particulièrement problématique sur les nombreux sites où vivent 174 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI), souvent dans des abris de fortune surpeuplés où la distance physique n'est pas praticable.

L’approvisionnement en équipements de protection et dispositifs médicaux pour diagnostiquer et traiter les patients atteints de la COVID-19 avait posé un sérieux problème, en particulier au début de la pandémie. L'insuffisance des infrastructures routières et la saison des pluies qui dure six mois perturbent les chaînes d'approvisionnement dans une majeure partie du pays. L'insécurité entrave davantage l'accès aux services et la possibilité pour les humanitaires d'atteindre les personnes ayant besoin d'assistance. Le manque cruel d'infrastructures de la chaîne du froid entrave encore davantage l'approvisionnement en médicaments dans tout le pays.

Une réponse humanitaire sans précédent

Face à ces défis sur tous les fronts, les organisations humanitaires et les acteurs du développement avaient intensifié leur soutien au Ministère de la santé depuis mars 2020 pour apporter une réponse globale et décentralisée, et pour renforcer le système de santé publique et l'accès à l'eau et à l'assainissement. Près d'un tiers du budget de 553,6 millions de dollars alloué à l'assistance humanitaire en 2020 a été consacré à la réponse à la COVID-19. Ainsi, les partenaires humanitaires ont amélioré l'accès aux soins de santé pour plus de 938 000 personnes et l'accès à l'eau et à l'assainissement pour 770 000 personnes, dont de nombreuses personnes déplacées. Pour atténuer les effets de la pandémie sur la sécurité alimentaire, les organisations humanitaires ont procédé en 2020 à des distributions de nourriture pour 900 000 personnes vulnérables et le soutien agricole a aidé 170 000 agriculteurs à produire leur propre nourriture et à augmenter leurs revenus.

Adapter les modalités d’assistance

Les interventions en espèces sont devenues une modalité d'assistance privilégiée qui évite les grandes foules et offre un espace plus sûr pour l'assistance humanitaire en période de pandémie. Avec 48% de bénéficiaires supplémentaires atteints en 2020 par rapport à l'année précédente, l'assistance en espèces a connu une forte augmentation. Cette augmentation s'est poursuivie en 2021, avec 1,6 million de personnes ayant reçu une assistance en espèces, soit deux fois plus qu’en 2020. 577 000 personnes ont reçu 12,1 millions de dollars pour une assistance multisectorielle liée à la COVID, en espèces ou en bons d'achat, avant tout pour améliorer l’accès à l’eau et l’hygiène.

* Compte tenu des capacités de test limitées, la stratégie de diagnostic du gouvernement, depuis juillet 2020 limite les tests aux cas suspects et aux personnes à risque. Ainsi, le nombre de cas confirmés de COVID-19 doit être interprété avec prudence. A titre d'illustration, seules 90 715 personnes ont été testées au 25 avril 2022.

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Mise à l'echelle en cours du programme de transfert monétaire, janvier à décembre 2021

Mise à l'echelle en cours du Programme de transfert monétaire, janvier à décembre 2021

Conformément à la stratégie du Plan de Réponse Humanitaire 2021 pour la Centrafrique et aux préférences des populations affectées, les acteurs humanitaires continuent de mettre à l’échelle les Programme de transfert monétaire (PTM). Avec 1,6 million de personnes, le nombre de bénéficiaires atteint en 2021 a doublé par rapport au nombre de personnes assistées en 2020. La majorité des programmes visent à pallier l’insécurité alimentaire croissante dans le pays ainsi qu’à mitiger les effets socio-économiques de la COVID-19. Tout au long de l’année, l’analyse conjointe (des préférences, des marchés, des risques de protection), le développement d’outils communs (le panier minimum d'articles de survie, PMAS) et la coordination renforcée (y compris dans le cadre du partenariat du Système commun d’assistance pécuniaire des Nations Unies, UNCCS) ont favorisé la qualité des PTM.

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Analyse
Une survivante des violences basées sur le genre participe à un groupe de discussion à Zémio, Préfecture du Haut-Mbomou. ©OCHA/Virginie Bero
Une survivante des violences basées sur le genre participe à un groupe de discussion à Zémio, Préfecture du Haut-Mbomou. ©OCHA/Virginie Bero

Les violences basées sur le genre : un fléau aux effets dévastateurs

Les violences basées sur le genre (VBG) ont récemment pris une ampleur inquiétante en République centrafricaine (RCA), notamment suite à la crise que traverse le pays depuis plusieurs années. Cette situation est également renforcée par des normes socioculturelles défavorables aux femmes et aux filles, et ce malgré l’existence de politiques et de textes normatifs en la matière[1]. Depuis la fin décembre 2020, des nouvelles dynamiques du conflit ont exacerbé la situation humanitaire et l’environnement protecteur, notamment en entrainant le plus grand nombre de personnes déplacées jamais enregistré depuis 2015, notamment 722 000 personnes en octobre 2021 et 692 000 en décembre la même année. En plus, le pays n’a jamais enregistré autant de personnes en besoin d’assistance humanitaire et de protection : 3,1 million de personnes, dont 2,1 avec des besoins si sévères que leur bien-être physique et mental est constamment en danger. Si les déplacés et réfugiés sont souvent les faces les plus visibles de la crise en RCA, les VBG, en particulier les violences sexuelles ont récemment pris une ampleur inquiétante.

Une augmentation du phénomène

Selon les statistiques du système de gestion de l’information sur les VBG (GBVIMS) collectées au niveau des services dédiés couvrant seulement 52% de l'ensemble des sous-préfectures du pays, 11 592 cas de VBG ont été enregistrés en 2021, soit une augmentation de 26% par rapport à 2020. Ces statistiques n'incluent également pas les cas pour lesquels les survivants n'ont pas consenti au partage des données. Ainsi, la situation sur l'ensemble du territoire pourrait être plus inquiétante. Un quart des VBG enregistrées étaient des violences sexuelles. Et la tendance demeure inquiétante pour ce type de VBG avec des victimes de plus en plus jeunes. Déjà, les violences sexuelles enregistrées au premier trimestre 2021 avaient été multipliées par cinq comparé au dernier trimestre 2020, tandis que la proportion de celles présumément commises par des hommes armés était passée de 7 à 23%. L’intensification du conflit à la fin de l’année 2020 a fortement fragilisé la protection des civils, tandis que l’environnement sécuritaire connait des nouvelles dynamiques, augmentant et changeant dans une certaine mesure la nature des menaces pour les civils. Les violences sexuelles sont considérées comme le principal risque pour la sécurité des femmes et des filles, en particulier pour les déplacés.  En 2021, le groupe de travail sur les arrangements de suivi, d'analyse et de communication de l'information sur les violences sexuelles liées au conflit (MARA) a documenté 587 cas de violences sexuelles liées au conflit, dont une grande majorité de viols, soit une augmentation de 235% par rapport à 2020 et de 211% par rapport à 2019.

Survivre à des multiples peines

Les VBG, en particulier les violences sexuelles, engendrent des souffrances multiples pour les survivants qui demeurent dans leur très grande majorité des femmes et des filles. En plus du dommage leur causé par l’acte lui-même, les survivantes doivent faire face à la stigmatisation souvent renforcée par des normes socioculturelles défavorables, le sentiment de culpabilité/honte et ses conséquences notamment sur les moyens de subsistance. Plusieurs des victimes des violences sexuelles ont soit peur soit honte de revenir travailler au champ ou vaquer à d’autres activités qui leur permettaient de vivre ou de faire vivre la famille, ce qui les plonge dans la pauvreté. L’accès à la justice souffre également d’une part du choix pour les victimes d’affronter la stigmatisation, et d’autre part de ne pas voir la procédure aboutir faute de confiance dans le pouvoir judiciaire, sa faiblesse en ressources et expertise nécessaires, ou sa faible présence en particulier à l’intérieur du pays.

Renforcer la réponse holistique

En même temps que les survivantes des VBG, particulièrement des violences sexuelles ont des violences physiques à soigner, la souffrance qu’engendre socialement et mentalement ce fléau nécessite plusieurs aspects de la réponse notamment psychosocial, socioéconomique et juridique. Si des structures mises en place par les humanitaires à Bangui comportent l’ensemble de ces aspects, ce n’est pas encore le cas à l’intérieur du pays. Dans ce contexte, et en ligne avec les priorités identifiées au sein du Groupe Stratégique sur les VBG, la Coordonnatrice Humanitaire pour la RCA a alloué en août 2021 une enveloppe spéciale de 4 millions de dollars américains du Fonds Humanitaire, en vue de répondre aux besoins humanitaires non couverts et de mettre à l’échelle une réponse dans les zones les plus affectées par les VBG. Outre les activités de sensibilisation et de mise en place des services médicaux, psychosociaux et socioéconomiques habituels de prise en charge des survivantes des VBG, cette enveloppe spéciale comprend exceptionnellement l’appui juridique. Si l'ensemble de survivants de VBG ont reçu l'assistance psychosocial en 2021, seulement 46% d'entre eux ont bénéficié d'une assistance multisectorielle couvrant au moins deux services dont la prise en charge médicale, l'assistance juridique ou la réinsertion socioéconomique. Lors de la même année, seulement 45% des fonds requis ont été reçus pour répondre aux besoins issus des VBG. Même si des progrès ont été réalisés en termes de prise en charge holistique, la RCA ne dispose pas encore d'un centre multisectoriel qui puisse permettre aux survivants d'accéder à tous les types de services en un seul point. L'existence d'un tel centre augmenterait le niveau d'accès aux différents services dans un climat protecteur, notamment contre le stigmatisation. En 2022, 1,2 million de personnes ont besoin d’assistance suite aux VBG qu’elles ont subies.

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[1] Plan d’action opérationnel de la stratégie nationale de lutte contre les VBG, 2019 assorti de sa Stratégie nationale de lutte contre les VBG, le mariage d’enfants et les MGF en RCA (2019-2023). Politique nationale de promotion de l’égalité et de l’équité du genre (2ème génération), 2020.

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Rapport de situation
Article principal
Brigitte Gbenou vendant le mil au marché du site des déplacés de Lazaré. ©OCHA/Prisque Bongole, Kaga-Bandoro, Préfecture de la Nana-Gribizi, RCA.
Brigitte Gbenou vendant le mil au marché du site des déplacés de Lazaré. ©OCHA/Prisque Bongole, Kaga-Bandoro, Préfecture de la Nana-Gribizi, RCA.

Elles surmontent les difficultés pour donner le meilleur d’elles-mêmes

La persistance de l’insécurité et les violences répétitives en République centrafricaine (RCA), ainsi que les normes socioculturelles défavorables aux femmes et aux filles, et ce malgré l’existence de politiques et de textes normatifs en la matière[1], étouffent les efforts entrepris pour améliorer les conditions de vie et le statut des femmes. Les violences sexuelles sont considérées comme le principal risque pour la sécurité des femmes et des filles, en particulier pour les déplacées. La réduction des inégalités de genre et l’accès à une autonomisation restent un défi en RCA où les femmes et les filles représentent la moitié de la population. Elles subissent des inégalités importantes parmi les catégories sociales les plus vulnérables. Selon le « Rapport de développement humain », élaboré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en 2021, sur 162 pays au monde, la RCA occupe le 159ème rang, avec 0,680 pour indice d’inégalité entre les sexes. A cela s’ajoute le taux élevé de mortalité maternelle le plus élevé du monde : 890 centrafricaines perdent la vie pour 100 000 naissances vivantes contre un taux moyen de 439 décès en Afrique. Ces dernières sont également sous-représentées dans les instances de prise de décision et dans le processus de restauration de la sécurité et de la consolidation de la paix. C’est l’exemple de l’Assemblée nationale où seulement 18% de députés sont des femmes selon le Profil genre de la RCA 2021 élaboré par le PNUD et l’Entité des Nations Unies consacrée à l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme (Onufemme). Malgré ces difficultés, des femmes centrafricaines se tiennent debout et se battent au quotidien afin de faire entendre leurs voix et gagner leurs vies.

Se décupler afin de joindre les deux bouts

Au levée du soleil, Brigitte dois se partager entre sa plantation, le marché pour vendre le mil et l’animation d’un espace d’enfants. Veuve et femme déplacée, elle se bat seule pour nourrir ses sept enfants et trois petits enfants. « Si je baisse les bras, notre situation sera pire que ce que nous vivons actuellement ». Etant jeune, elle rêvait devenir médecin pour soigner les gens. N’ayant pas eu cette possibilité, sa seule manière d’aider sa communauté c’est de partager son savoir et redonner le sourire aux enfants déplacés du site Lazare à Kaga-Bandoro.  Ce dernier compte plus de 173 580 individus, majoritairement des femmes et des enfants. Brigitte encadre les enfants en leur apprenant des jeux, des dessins et des chansons éducatifs, leur offrant ainsi un environnement protecteur. Les subventions qu’elle recevait de l’ONG Plan International comme monitrice à l’espace d’enfants lui permettaient de prendre en charge sa famille.

Tout en se battant pour la survie de sa famille, Brigitte déplore les actes de violence que subissent les femmes déplacées : « en allant chercher du bois ou de l’eau, on se fait agresser, parfois violer. Malgré ces douleurs, nous devons continuer à nous battre pour nos enfants ». Une fois le projet « espace ami d’enfants » fini, elle s’est orientée vers l’agriculture et le commerce. Son seul souhait : construire une maison sur le terrain que lui a légué son défunt mari et quitter le site de personnes déplacées.

Braver les défis quotidiens malgré son handicap

Mère célibataire, Ella Delphine Mack vit dans le 7ème arrondissement de Bangui. Elle se réveille chaque matin pour s’occuper de sa fille qui doit aller à l’école, prendre soins de son bébé de six mois, avant de se préparer pour se rendre à son lieu de stage au Ministère des Finances et du budget. Ella se déplace à l’aide d’une béquille suite à un accident connu à 14 ans. Il s’ensuivit une paralysie générale dont elle s’est progressivement rétablie, à l’exception de sa jambe gauche. Malgré son handicap, elle monte les escaliers du Ministère jusqu’au 4ème étage. « Ces conditions sont trop difficiles pour moi, mais c’est le seul stage que j’ai obtenu après avoir frappé à plusieurs portes », confie Ella.

Souvent mise à l’écart, Ella a mis en place l’Association nationale des femmes handicapées centrafricaines, une manière pour elle de faire entendre la voix de ces dernières et aussi de lutter pour leur survie. « Malgré tout, nos voix restent faibles, mais cela ne va pas nous décourager parce que le fait d’être ensemble c’est déjà une force pour nous les femmes handicapées dans la lutte pour faire entendre nos voix », explique-t-elle. Constituée de 59 membres, l’association nationales des femmes handicapées centrafricaines organise des petites contributions qui permettent aux membres de s’entraider, notamment en assurant la prise en charge des frais de scolarité de 10 enfants handicapés.

Un modèle humanitaire

Maman Béatrice travaille pour l’ONG centrafricaine Bria Londo qui veut dire « Bria lève -toi » en Sango, principale langue parlée en RCA. Tous les jeudi après-midi, elle relie les localités isolées du centre du pays à travers la radio haute fréquence (HF) afin qu’elles puissent partager les alertes touchant à la protection des civils dans cette région secouée par la violence et où la couverture du réseau cellulaire reste faible. A la radio, Maman Béatrice donne également des conseils pour la médiation des conflits au sein de la communauté. 

« Quand j’étais jeune, j’admirais ma professeure d’économie à l’université. Je rêvais de devenir comme elle et d’inspirer les autres », confie-t-elle fièrement. Aujourd’hui, c’est Maman Béatrice qui est un modèle pour d’autres femmes. « A Sam-Ouandja, une localité très éloignée où j’étais en mission avec mon ONG, les femmes m’ont dit après une présentation que j’avais faite, que c’était la première fois qu’elles voyaient une femme se lever devant les hommes et leur transmettre du savoir. Elles n’avaient jamais vu cela. Elles m’ont dit que cela les avait touchées et inspirées. »

Partir en mission de travail n’a pas toujours été facile pour Maman Béatrice. « Au début, mes collègues masculins ne voulaient pas me laisser participer à une mission. Ils disaient que les femmes sont incapables de faire le travail d’évaluation des besoins humanitaires et de sensibilisation et qu’elles étaient vulnérables, et ils décidaient que seuls les hommes participeront aux missions. Je leur ai dit que c’est important qu’une femme participe, parce que souvent les femmes parlent beaucoup plus facilement avec une autre femme, notamment sur des sujets sensibles, comme la santé et la violence, mais aussi la famille et les enfants. Après beaucoup d'hésitations, mes collègues hommes ont été convaincus.» A une jeune femme qui veut se lancer dans une carrière humanitaire, Maman Béatrice conseillerait de faire valoir ses droits et de briser les barrières pour une meilleure participation des femmes.

Célébrer la journée internationale des droits des femmes

« La Journée internationale des droits des femmes est ma journée », dit Maman Béatrice. « C’est avec une très grande joie dans mon cœur que je la célèbre chaque année en participant à la marche des femmes. Cette journée est importante pour attirer l’attention sur le fait que les femmes centrafricaines sont encore marginalisées et ne sont pas prises en compte dans les décisions. »

Bien qu’elles viennent de différentes régions de la RCA, les trois femmes partagent la même vision de la Journée internationale des femmes : une opportunité pour faire entendre davantage leurs voix.

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[1] Plan d’action opérationnel de la stratégie nationale de lutte contre les VBG, 2019 assorti de sa Stratégie nationale de lutte contre les VBG, le mariage d’enfants et les MGF en RCA (2019-2023). Politique nationale de promotion de l’égalité et de l’équité du genre (2ème génération), 2020.

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Rapport de situation
Réponse d'urgence
Des personnes totalement en détresse après avoir fui à Ippy
Le personnel de l'hôpital d'Ippy reçoit des médicaments des partenaires humanitaires après que l'afflux massif de personnes déplacées ait entraîné une pénurie importante. ©OCHA/A.Cadonau, Ippy, préfecture de Ouaka, RCA.

Des personnes totalement en détresse après avoir fui à Ippy

La situation de la population d’Ippy, une sous-préfecture située au centre de la République centrafricaine (RCA) longtemps réputée pour son insécurité, s'est à nouveau considérablement détériorée ces derniers mois.

Les affrontements armés cycliques ont provoqué le déplacement de plus de 4 800 personnes des zones environnantes vers la ville d'Ippy depuis début janvier, en plus des 12 000 personnes déplacées internes (PDI) qui y sont arrivées bien avant. Chaque jour, de nouvelles personnes arrivent, apeurées et désespérées avec comme seuls bagages, les vêtements qu’elles portent. Une charge énorme pour une ville dont la population est estimée à 50 000 habitants et dont les infrastructures d'approvisionnement en eau, d’éducation et de soins de santé ne peuvent subvenir aux besoins d'une partie de la population, même avant cette crise actuelle.

Les huttes en paille pour servir d’abri à ces DPI poussent comme des champignons à Ippy. De simples constructions de branches recouvertes de paille ramassée dans les environs protègent les personnes déplacées nouvellement arrivées du soleil et du froid la nuit et leur donnent le sentiment d'avoir un toit sur la tête, un peu de réconfort dans un monde qui s'effondre ; Pour beaucoup, ce n'est pas la première fois. Ils savent que ces huttes ne tiendront pas longtemps lorsque la saison des pluies arrivera dans quelques semaines.

Ceux qui ont fui ont été témoins d'affrontements armés, d'exactions, de pillages et de représailles - pris entre les parties en conflit. Des villages entiers ont été détruits, les droits de l'homme et le droit international humanitaire gravement violés. D'autres personnes ont fui préventivement, craignant pour leur vie.  

Aggravation d'une situation humanitaire déjà précaire

Les besoins de la population en détresse sont énormes. Les personnes déplacées ainsi que les familles d'accueil manquent de produits de première nécessité pour survivre : les gens n'ont plus accès aux champs à cause de l'insécurité, le marché est vide, les maladies sévissent, les soins de santé et l’école ne sont pas accessibles et les gens ont peur.

Les derniers cycles de violence interviennent dans un contexte déjà précaire : 40 000 personnes ont besoin d'assistance et de protection dans la sous-préfecture [lien HNO 2022], un nombre qui a fortement augmenté ces derniers mois. Ippy est l'une des 20 sous-préfectures (sur 72) les plus touchées par l'insécurité alimentaire classées en phase d'urgence de l'insécurité alimentaire (phase 4 du IPC). Une récente enquête nationale sur la sécurité alimentaire indique que plus de 80 % de la population ne mange pas à sa faim. Dans le même temps, le panier minimum de produits alimentaires et non alimentaires considérés comme nécessaires à la survie est de 87 000 FCFA (145 dollar américain), soit près de 50 % plus cher que la moyenne nationale, alors que plus de 94 % des ménages déclarent gagner moins de 50 000 FCFA (86 dollar américain) par mois. Le calcul de la survie ne tient pas la route.

La peur dans leurs yeux

On peut encore lire la peur dans les yeux de ceux qui ont récemment fui vers la ville d'Ippy. À l'hôpital d'Ippy, les souvenirs effrayants de ce que Tatiana et Guillaume ont vécu se mêlent à la peur pour leur fille. Les jeunes parents cherchent un traitement pour leur enfant d'un an qui souffre de paludisme et d'une anémie associée. Depuis qu'ils ont fui, à pied, leur village situé à 30 km, il y a quinze jours, ils dorment sur à-même-le-sol, nus sous une tente de paille avec leurs trois enfants et d'autres familles déplacées ; exposés aux moustiques et au froid de la nuit, et équipés seulement d'une couverture et d'une natte pour toute la famille. "Ce n'était qu'une question de temps avant que le premier enfant ne tombe malade. Et c'est la dernière chose dont nous avons besoin maintenant", dit le jeune père d'une voix qui démontre à quel point il doit être fatigué. Sans argent en poche, l'achat de matériel simple comme une poche de transfusion sanguine pour leur fille semble un problème incontournable, et la peur s’accentue. Le personnel de l'hôpital se rend compte de la gravité de la situation et couvre les frais. Mais combien de temps pourra-t-il le faire alors que des milliers de patients sont désespérés ? Guillaume se rend au laboratoire pour voir s'il peut sauver sa fille avec son sang. L'anémie sévère est répandue et des kits d'urgence pour les transfusions sanguines sont nécessaires de toute urgence, ainsi que du matériel pour les césariennes et des incubateurs pour les bébés prématurés.

Dans le bâtiment adjacent de l'hôpital d’Ippy, Arsène est assis sur un lit d'hôpital nu, des perles de sueur sur le front à côté du grand bandage qui couvre l'endroit où il a été frappé par une machette. "L'attaque m'a surpris alors que je chassais dans la forêt. Je ne serais probablement pas ici aujourd'hui si quelqu'un ne m'avait pas emmené à vélo sur les 10 km qui me séparaient d'Ippy", dit le jeune homme en regardant pensivement le mur de béton.

L'hôpital d'Ippy est en pleine activité. Un jeune patient est transporté sur un brancard. La salle d'attente devant la clinique pédiatrique est bondée. Des bébés à peine nés souffrent déjà de diarrhée, leur vie ne tient qu'à un fil. Le personnel de l'hôpital travaille jour et nuit pour faire face à l'affluence massive que connaît le principal établissement de santé d'Ippy depuis des semaines.

À Yetouman, un campement spontané qui a vu le jour ces dernières semaines et qui abrite 700 familles des villages environnants, Marie Noëlla et ses six enfants comptent entièrement sur la solidarité des autres pour se nourrir. Les provisions à base de manioc qu’ils avaient pu emporter ont été rapidement consommés après leur arrivée à Ippy deux semaines plus tôt. Les personnes déplacées partagent le peu de nourriture qu'elles ont entre elles. Mais combien de temps cela sera-t-il possible, car les stocks s'épuisent lentement mais sûrement ?

Renforcer l'aide d'urgence

La Coordonnatrice humanitaire en RCA a tiré la sonnette d'alarme après une mission d'évaluation inter-agences à Ippy le 3 février 2022. Immédiatement, les organisations humanitaires ont activé la réponse d'urgence. Des intrants nutritionnels sont arrivés le 3 février pour soigner et prévenir la malnutrition des plus vulnérables - enfants et mères. Quelque 1,3 tonnes de médicaments ont été acheminés par hélicoptère le 9 février après qu'une pénurie majeure ait été signalée à l'hôpital. Des intrants basiques telles que les antibiotiques n'étaient plus disponibles en raison du nombre croissant de patients.

Des denrées alimentaires et d'autres produits de première nécessité sont arrivés à Ippy par la route le 9 février et leur distribution a commencé immédiatement. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a distribué de la nourriture à 15 000 personnes, notamment aux personnes déplacées nouvellement arrivées. L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a distribué des bâches, des nattes, des ustensiles de cuisine, du savon, des seaux et des lampes solaires à 400 familles. L'ONG ACTED va distribuer avec d'autres articles de secours aux familles nouvellement arrivées, qui n'ont encore rien reçu, alors qu'ACTED a déjà aidé 1 186 familles en fin janvier. ACTED a réhabilité deux forages et construit 24 latrines d'urgence, notamment sur le site de Yetouman ; la réhabilitation d'une source d’eau et l'aménagement d'un puits vont suivre.

Les enfants font l'objet d'une attention particulière de la part de l'ONG Espérance et de l'UNICEF. Ils apportent un soutien psychosocial à 508 enfants déplacés pour qu'ils surmontent ce qu'ils ont vécu, prennent en charge une dizaine d'enfants séparés de leur famille pendant la fuite, notamment en les plaçant dans des familles d'accueil et veillent à ce que les droits des enfants soient respectés et agissent, s'ils sont violés. Pour maintenir les enfants à l'école, l'UNICEF et ses partenaires mettent en place des classes d'urgence sous des tentes pour près de 1 000 enfants déplacés, mobilisent des enseignants parmi les déplacés et fournissent du matériel scolaire de base.

L'UNICEF et l'ONG COHEB soutiennent la thérapie nutritionnelle et les traitements médicaux à l'hôpital d’Ippy. Quelque 225 enfants souffrant de malnutrition sévère ont déjà été pris en charge entre début janvier et début février, sauvant ainsi des vies. Des cliniques mobiles s'occupent des petits enfants, des femmes enceintes, des jeunes mères et des urgences sur les sites de personnes déplacées. Le personnel médical de COHEB travaille aux côtés du personnel de santé gouvernemental à l'hôpital d'Ippy, apportant une expertise et une main-d'œuvre supplémentaires.

La mission de maintien de la paix (MINUSCA) renforce les patrouilles sur les principaux axes environnants et renforce les capacités des Forces Armées et de la Gendarmerie pour protéger les civils. En outre, les casques bleus réhabiliteront des forages en dehors de la ville.

Un engagement fort et continu

Le Plan de réponse humanitaire pour la RCA nécessite 461,3 millions de dollars en 2022 pour aider 2 millions de personnes dont la survie est menacée. Les donateurs de la RCA restent engagés auprès de la population centrafricaine. "Grâce au partenariat de longue date avec l'Union européenne et la Suisse, dont les représentants se sont rendus à Ippy avec moi pour constater de visu l'impact de la récente crise, et au financement flexible qu'ils fournissent, OCHA et les partenaires sont en mesure de faire tout ce qu'il faut pour aider les personnes les plus vulnérables", a déclaré la Coordinatrice humanitaire, Denise Brown. Grâce à la générosité des donateurs et à la forte mobilisation des acteurs humanitaires, 1,8 million de personnes vulnérables ont reçu une assistance multisectorielle vitale en 2021.

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Rapport de situation
Réponse d'urgence
Des enfants déplacés jouent autour des pirogues traditionnelles en bois sur les rives du fleuve Oubangui, Bangui, RCA. ©OCHA / S. Modola
Des enfants déplacés jouent autour des pirogues traditionnelles en bois sur les rives du fleuve Oubangui, Bangui, RCA. ©OCHA / S. Modola

Le nouveau Plan de réponse humanitaire 2022 pour la République centrafricaine

Les violences déclenchées en République centrafricaine (RCA) tout au long de l’année 2021 ont inauguré des dynamiques conflictuelles nouvelles. Des menaces inédites sont apparues, telles que les engins explosifs, de nouveaux acteurs sur le terrain, des zones autrefois épargnées ont sombré dans la violence et les lignes de fronts se sont reconfigurées.

Les populations civiles ont encore une fois été les premières victimes de cette nouvelle vague de violence. Des centaines de milliers de personnes à travers le pays ont été contraintes de fuir, atteignant le plus haut niveau de déplacement enregistré depuis 2014 en septembre, avec 722 000 personnes déplacées internes.

Dans ce contexte, les risques pour la protection et la survie des Centrafricaines et Centrafricains se sont démultipliés. En 2022, 3,1 millions de personnes, soit 63% de la population, ont besoin d’assistance humanitaire et de protection, un niveau jamais atteint en cinq ans.

Face à la détérioration de la situation humanitaire et aux risques anticipés, la communauté humanitaire en RCA, à travers le Plan de réponse humanitaire, assistera 2 millions de personnes avec une aide multisectorielle en 2022. Pour pouvoir assister ces personnes, 461,3 millions de dollars américains seront requis. Le soutien extraordinaire des bailleurs de fonds en 2021 sera plus que jamais nécessaire pour y parvenir.

En 2021, la communauté humanitaire a intensifié sa réponse dans les zones à haute sévérité de besoins tout en s’efforçant de répondre aux chocs de manière efficace et d’atteindre les zones difficiles d’accès. 85% des interventions d’urgence à la suite d’un choc violent tel qu’un déplacement forcé, ont été répondues dans plusieurs secteurs, tels qu’une assistance en abris, vivres, santé et en eau. 36 tonnes d’intrants d’urgence ont été transportées par hélicoptère dans des zones autrement inaccessibles. 1,5 millions de personnes ont bénéficié d’une assistance en transferts monétaires pour couvrir leurs besoins. En tout, 1,7 million de personnes ont pu être atteint avec une assistance qui a sauvé des vies, près de deux fois plus qu’en 2018.

En 2022, plus que jamais, la protection sera une priorité collective intégrée dans l’ensemble de l’action humanitaire en RCA. Les personnes déplacées internes, les femmes, les filles et les minorités se sont révélées particulièrement vulnérables.

La réponse humanitaire en 2022 sera participative, protectrice et proche des personnes affectées. Tout d’abord, les communautés définiront avec les acteurs humanitaires dans le pays les activités les plus pertinentes pour répondre à leurs besoins et elles seront impliquées tout au long de la mise en œuvre et du suivi, conformément à l’engagement collectif de la communauté humanitaire en faveur de la redevabilité. Ensuite, l’impératif de protection sera intégré pour que l’assistance, non seulement ne crée pas de discrimination ou de risques additionnels pour les communautés, mais pour qu’elle détecte et réponde aux violences basées sur le genre et aux cas d’exploitation et d’abus sexuels. Enfin, une proximité renforcée avec les bénéficiaires sera privilégiée à travers la décentralisation de l’action humanitaire et la coordination des efforts avec les acteurs locaux. Ces trois piliers seront le socle d’une intervention multisectorielle dans les sous-préfectures où les besoins sont les plus aigus, tout en renforçant la collaboration avec les acteurs de développement afin de maximiser l’impact des interventions.

Pour en savoir plus, consultez le Plan de réponse humanitaire 2022 pour la République centrafricaine.

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Rapport de situation
Prévisions
Des enfants déplacés sur le site des déplacés Elevage à Bambari, Préfecture de la Ouaka. ©OCHA/S. Modola
Des enfants déplacés sur le site des déplacés Elevage à Bambari, Préfecture de la Ouaka. ©OCHA/S. Modola

République centrafricaine : une urgence humanitaire jamais vue depuis 2015

L’urgence humanitaire en République centrafricaine (RCA) a atteint des niveaux jamais vus depuis 2015 suite à la nouvelle dynamique du conflit observée depuis décembre 2020. En 2022, 3,1 millions de personnes auront besoin d’assistance humanitaire et de protection, soit 63% de la population. Parmi elles, 2,2 millions de personnes auront des besoins complexes et sévères, au point que leur bien-être physique et mental est à risque. Cela constitue une augmentation de 16%, ou 300 000 personnes de plus affichant des besoins humanitaires sévères comparé à 2021.

La violence récurrente, des chocs persistants et la dégradation des services de base ont significativement empiré les conditions de vie des centrafricains en 2021. En même temps, la résilience des populations continue de s’éroder sous le poids de crises successives et de la récession économique, forçant quasiment toute la population à adopter des mécanismes négatifs de survie.

La situation ici décrite fait partie des résultats d’une analyse multisectorielle conjointe et un effort de consultation sans précédent menés par la communauté humanitaire avec les personnes en besoin, publiés dans l’Aperçu des besoins humanitaires 2022 pour la RCA. Les personnes affectées étaient au cœur de l’analyse, avec 17 300 ménages interviewés, notamment dans les coins les plus reculés du pays. Les résultats de cette analyse multisectorielle conjointe mettent en lumière la façon dont la crise actuelle affecte les conditions de vie de la population, les services ainsi que l’accès à ces services, et informent sur les besoins prioritaires des populations.

Exacerbation des besoins

Les secteurs avec le plus grand nombre de personnes en besoin en 2022 sont l’eau, hygiène et assainissement (WASH) ; les soins médicaux ; la protection et l’insécurité alimentaire qui comprennent entre 2,4 et 2,8 millions de personnes ayant besoin d’assistance pour accéder aux biens et services essentiels à leur survie. De tous les secteurs, les besoins relatifs à WASH ont le plus augmenté depuis l’année dernière, avec 12% ou 300 000 personnes de plus ayant besoin d’assistance pour accéder aux installations d’eau, hygiène et assainissement. Le risque de maladies et de malnutrition a augmenté aussi rapidement que l’accès à l’eau diminue. Le nombre d’abus et violations des Droits de l’Homme et du Droit international humanitaire a augmenté autant que leur nature a changé, avec des nouveaux risques pour les civils comme les engins explosifs ou la stigmatisation des communautés entières sur base de leur appartenance ethnique ou religieuse, augmentant significativement les besoins en protection. Dans le contexte du conflit, l’insécurité alimentaire s’est empiré suite à un accès réduit aux champs, les perturbations du marché et la baisse de la production agricole, la principale source des moyens de subsistance.

Une base solide pour la réponse humanitaire

Pour répondre aux besoins des populations en 2022, les acteurs humanitaires en collaboration avec le Gouvernement centrafricain élaborent une stratégie commune pour guider leurs interventions, à la lumière de l’Aperçu des besoins humanitaires 2022. Cette stratégie sera détaillée dans le Plan de réponse humanitaire 2022 pour la RCA, qui sera publié en Décembre 2021.

Malgré les contributions généreuses des donateurs, au début du mois de novembre, le Plan de réponse humanitaire 2021 n’était financé qu’à 63% des 444,8 millions de dollars américains à mobiliser. Les humanitaires comptent sur l’engagement continu des donateurs de demeurer aux côtés des centrafricains et permettre aux organisations humanitaires de répondre aux besoins des populations sans cesse croissants en 2022. De janvier à septembre 2021, les partenaires humanitaires en RCA ont fourni une assistance multisectorielle vitale à 1,6 million de personnes, malgré un contexte sécuritaire de plus en plus volatile.

Télécharger l’Aperçu des besoins humanitaires 2022 pour la RCA ici.

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Rapport de situation
Contexte
Une femme déplacée utilise l'une des nouvelles cabines téléphoniques du site de personnes déplacées PK3 à Bria pour rester en contact avec sa famille. ©PAM/Elizabeth Millership, Bria, Préfecture de la Haute-Kotto, RCA, 2021.
Une femme déplacée utilise l'une des nouvelles cabines téléphoniques du site de personnes déplacées PK3 à Bria pour rester en contact avec sa famille. ©PAM/Elizabeth Millership, Bria, Préfecture de la Haute-Kotto, RCA, 2021.

Donner la parole aux personnes affectées

En Centrafrique, 3,1 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire et de protection. Parmi elles, 2,2 millions ont des besoins si variés et si sévères que leur bien-être physique et mental est en danger. Les évaluations menées par les acteurs humanitaires permettent de déterminer l’ampleur des besoins, comprendre leur nature et définir l’approche de réponse nécessaire. Pour développer une programmation adaptée et de proximité, la communauté humanitaire collecte également les retours (feedbacks) des bénéficiaires sur l’assistance reçue. Ces feedbacks permettent notamment de mettre les personnes affectées au centre de la réponse et ainsi d’améliorer et d’ajuster l’assistance.

Une thématique transversale

Partie intégrante du groupe de coordination Intercluster (ICCG), le Groupe de travail sur la redevabilité envers les populations affectées (AAP) assure la mise en place et le suivi des mécanismes collectifs pour l’engagement communautaire et la redevabilité envers les communautés affectées. Dans ce cadre, il produit des analyses régulières des feedbacks, des plaintes et des demandes d’informations venant des communautés affectées et des bénéficiaires. L’objectif est de dégager des tendances sur les niveaux de satisfaction, les besoins prioritaires et les principales rumeurs au sein des communautés, selon les lieux et les groupes de population. Le Groupe de travail conseille ensuite les partenaires humanitaires à travers les mécanismes de coordination, nationaux et en régions, sur les mesures adaptées à prendre pour répondre aux feedbacks, plaintes ou rumeurs venant des communautés. Où trouver l’assistance ? Où se plaindre si l’on a été lésé dans le cadre d’une assistance humanitaire ? Où trouver la bonne information ? Quelle est la perception de l’action humanitaire au sein des communautés affectées ? Ce sont, entre autres, des questions auxquelles le Groupe de travail aide à répondre au sein des communautés affectées et de la communauté humanitaire.

Les humanitaires tiennent des centres d’information et de feedback dans les sites de personnes déplacées internes (PDI) à Bria, Kaga-Bandoro et Bambari dans le centre du pays. A travers des clubs d’écoute, des kiosques de vente d’articles audiovisuels et des émissions radio interactives à Bria, Bambari, Kaga-Bandoro, Bangassou, Obo et Zémio, des agents spécialisés collectent des informations au sein des communautés et fournissent en retour de l’information pouvant sauver des vies. En effet, de nombreuses évaluations réalisées cette année ont démontré que les populations, en général mais aussi bénéficiaires de l’aide, ne se sentent pas suffisamment informées sur l’assistance humanitaire, les critères d’assistance et l’accès aux services (Evaluation des besoins multisectorielles 2021).

Améliorer les mécanismes de gestion des feedback et plaintes

En septembre, les humanitaires spécialistes des Télécommunications d’urgence (Cluster ETC) appuyés par le Fonds Humanitaire pour la RCA ont automatisé les mécanismes communs de gestion des feedbacks et plaintes mis en place par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en partenariat avec l’ONG Intersos sur le site de PDI de Bria. Située à l’est du pays (Haute-Kotto), il abrite le grand site de PDI du pays, dit PK3, qui accueille près de 39 000 personnes (Commission Mouvement des Populations, septembre 2021). A l’aide de SugarCRM, un logiciel de gestion de la relation client utilisé notamment dans le secteur bancaire, des agents spécialement formés enregistrent confidentiellement les plaintes et feedbacks des personnes dans le besoin sur des tablettes connectées à internet. Les informations sont ensuite transmises automatiquement aux organisations humanitaires destinataires des feedbacks ou plaintes, réduisant significativement le délai de traitement des plaintes et feedbacks. Anciennement, les transmissions étaient physiques, notamment à travers des boîtes à suggestions, avec des limites liées à la capacité à écrire de la part des personnes dans le besoin.

Le Cluster ETC a également installé cinq cabines téléphoniques sur le site afin de permettre aux personnes affectées par la crise de communiquer avec leurs familles et d’appeler gratuitement les services d’assistance téléphonique des humanitaires. Le téléphone portable est le principal moyen de contact pour les familles déplacées. En moyenne une personne déplacée sur cinq possède un téléphone portable selon l’évaluation du Cluster ETC, tandis que quatre personnes déplacées sur 10 payent pour passer des appels. Les cabines comprennent également une station de charge gratuite pour les téléphones portables. En favorisant cet accès gratuit et protecteur à cette communication mobile, ces cabines téléphoniques contribuent à un besoin sous-estimé mais essentiel des populations affectées : l’information. A Bria, la moitié des habitants font face à des barrières pour recevoir de l’information, en particulier en raison du manque d’appareil radio ou téléphone (Evaluation des besoins multisectorielles 2021).

Des efforts supplémentaires

Si Bria dispose d’équipements et d’infrastructures suffisamment avancés, ce n’est pas encore le cas des autres localités du pays. Le personnel et infrastructures en appui aux mécanismes communs de feedback se mettent progressivement en place, en fonction des leçons apprises et de la disponibilité des ressources.

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Central African Republic

Rapport de situation
Réponse d'urgence
Une femme déplacée vend des bâtons de manioc, le principal aliment de base en République centrafricaine, sur un site pour personnes déplacées à Batangafo. ©OCHA/Adrienne Surprenant, Batangafo, Préfecture de l'Ouham, RCA, 2020.
Une femme déplacée vend des bâtons de manioc, le principal aliment de base en République centrafricaine, sur un site pour personnes déplacées à Batangafo. ©OCHA/Adrienne Surprenant, Batangafo, Préfecture de l'Ouham, RCA, 2020.

Cri d'alarme face à l'insécurité alimentaire galopante

La République centrafricaine (RCA) est un pays fertile. Il pleut abondamment, le sol est riche et une variété de cultures, de fruits et de légumes poussent presque toute l'année. Malgré cette apparente abondance, une personne sur deux ne mange pas à sa faim.

La raison en est le conflit qui s'est à nouveau intensifié depuis le début de l'année. Le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays n'a jamais été aussi élevé depuis 2014, atteignant désormais 691 000 personnes, et même plus au cours des derniers mois. Les populations vivent dans la peur des attaques et des exactions des groupes armés, ce qui limite leur mobilité et leur accès aux champs et aux forêts pour cultiver, cueillir et chasser. Cet environnement dangereux empêche en outre les organisations humanitaires d'atteindre les personnes dans le besoin. L'une des conséquences est la détérioration continue de la sécurité alimentaire depuis l'année dernière.

Un tableau sombre

Les indicateurs relatifs à la nutrition et à la sécurité alimentaire pour la période de soudure d'avril à août étaient déjà sombres, mais ils se sont à nouveau dégradés en juillet. En avril, la RCA a signalé le deuxième plus grand nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire critique en Afrique de l'Ouest et du Centre – la phase d'urgence, selon la classification standard mondiale de l'insécurité alimentaire aiguë. En juillet, ce chiffre avait augmenté de 58% par rapport à avril, atteignant 1 million de personnes en insécurité alimentaire critique.

Les données de surveillance suggèrent qu'en juillet, globalement 2,6 millions de personnes, soit 57% de la population centrafricaine, n'avaient pas assez à manger. Sur le million de personnes en situation d'urgence concernant leur consommation alimentaire, 250 000 étaient à un pas de la famine. Pire encore, ces personnes étaient et demeurent largement inaccessibles aux travailleurs humanitaires.

Un appel urgent

Le Cluster Sécurité alimentaire, qui réunit les acteurs humanitaires travaillant dans ce secteur, tire la sonnette d'alarme face à la montée en flèche de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition en RCA. Si la réponse humanitaire ne s'intensifie pas immédiatement, plus de 2 millions de personnes seront en situation d'insécurité alimentaire d'ici septembre ; parmi elles, 900 000 personnes resteront en phase d'urgence et au moins 250 000 risquent de tomber dans la famine.

La fin du conflit n'étant pas en vue, la grande majorité de personnes touchées par la crise continueront à dépendre de l'aide humanitaire dans les mois à venir. Sans un accès humanitaire libre aux zones où l'insécurité alimentaire est la plus forte, un quart de million de personnes vont sombrer dans la catastrophe alimentaire.

Le secteur de l'alimentation a urgemment besoin de 22,5 millions de dollars américains pour fournir une assistance alimentaire à ration complète pendant 3 mois aux 250 000 personnes les plus exposées à une situation alimentaire catastrophique, y compris pour aider par voie aérienne celles qui se trouvent dans des zones difficiles à atteindre. Seulement la moitié du Plan de réponse humanitaire 2021 du pays est actuellement financée. Le manque de ressources face à l'explosion des besoins de la population a déjà contraint le Programme alimentaire mondial (PAM) à réduire l'assistance alimentaire mensuelle à une ration de 20 jours.

La malnutrition des enfants

En juillet, 80 000 enfants de moins de 5 ans étaient à risque de malnutrition aiguë sévère (MAS), soit une augmentation de 29% depuis fin 2020. Le risque de MAS est particulièrement élevé pour les enfants déplacés et ceux qui se trouvent dans des endroits touchés par le conflit, où l'accès à la nourriture, à l'eau potable, aux soins de santé et aux services de nutrition a été sévèrement restreint et où les prix des aliments ont explosé.

A travers le pays, 395 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, 40% de tous les enfants de cette tranche d'âge – un taux considérablement supérieur au seuil d'urgence de 30%. Une nutrition inadéquate sur une longue période perturbe leur croissance. La malnutrition aiguë représente un problème majeur de santé publique et constitue l'une des principales causes de morbidité et de mortalité chez les jeunes enfants.

Le lien avec les restrictions d'accès

Les données de surveillance humanitaire indiquent un lien direct entre le conflit, les difficultés d'accès croissantes et la forte augmentation de l'insécurité alimentaire. L'accès humanitaire aux zones du nord-ouest (préfectures de l'Ouham et de l'Ouham-Pendé) et du sud-est (préfectures de la Basse-Kotto, du Haut-Mbomou et du Mbomou) est entravé par le conflit actif, le déplacement des lignes de front et la présence d'engins explosifs. Ces mêmes facteurs limitent l'accès aux champs, la mobilité des éleveurs migrants et l'approvisionnement des marchés. La saison des pluies, d'avril à octobre, restreint encore davantage la capacité des organisations humanitaires à acheminer l'aide à grande échelle et à un prix abordable par la route.

L’assistance fournie

Au cours du premier semestre 2021, 1,29 million de personnes ont reçu une assistance alimentaire ou nutritionelle vitale de la part des partenaires humanitaires. Mais l'accès humanitaire reste très restreint, voire impossible, dans plusieurs localités des préfectures de Ouham-Pendé, du Haut-Mbomou, de la Basse-Kotto et de la Ouaka.

Au cours de la saison agricole actuelle, 60 900 ménages en situation d'insécurité alimentaire, soit 305 000 personnes, reçoivent une aide d'urgence pour rétablir les moyens de subsistance agricoles grâce à la distribution de semences et d'outils, au restockage de bétail et à des transferts monétaires.

En juin, la Banque mondiale a approuvé une subvention de 50 millions de dollars US pour stimuler la production alimentaire et renforcer la résilience des éleveurs et d’autres ménages en situation d'insécurité alimentaire. Ce financement apportera un soutien indispensable à plus de 465 000 personnes en situation d'insécurité alimentaire par le biais d'activités de travail contre rémunération, tout en réhabilitant les infrastructures agricoles à petite échelle dans six préfectures de l'ouest, du centre du pays et dans la capitale Bangui.

Investir dans des solutions durables

Les partenaires humanitaires investissent également dans des solutions durables pour la prévention et la gestion de la malnutrition, notamment la promotion d'aliments nutritifs, de bonnes pratiques alimentaires pour les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes et allaitantes, et une réponse multisectorielle liée à la fourniture de services sociaux de base de qualité, notamment l'eau, l'assainissement et l'hygiène, les soins de santé et la protection.

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