Central African Republic

Rapport de situation
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Brûlée complètement lors des récents affrontements, Fatima regarde dans la direction où était sa hutte. ©OCHA/Anita Cadonau, Bambari, Préfecture de la Ouaka, Centrafrique, 2021.
Brûlée complètement lors des récents affrontements, Fatima regarde dans la direction où était sa hutte. ©OCHA/Anita Cadonau, Bambari, Préfecture de la Ouaka, Centrafrique, 2021.

Recommencer encore, encore et encore

La vie a repris à Bambari. C’est à la limite l’impression qu’on a en circulant dans ses rues poussiéreuses. Les toutes dernières livraisons de marchandises du Soudan ajoutent des couleurs aux magasins le long de la rue principale, les menuisiers scient du bois pour fabriquer des meubles et des motos vrombissent en dépassant à vive allure les piétons.

Rien ne se passe comme avant

Mais pour tout le monde, la vie n’est plus ce qu’elle était avant. Située au cœur de la République centrafricaine, la ville est juste en train de sortir de sa dernière crise. Les combats de la mi-février ont duré deux jours qui semblent momentanément oubliés au centre-ville.

Il n’en est pas ainsi pour Fatima, assise sur un tabouret au site pour personnes déplacées internes (PDI) Elevage, devenu sa maison depuis quatre ans avec 8 500 autres personnes. Le site a été le théâtre d’affrontements pendant 48 heures. Quand Fatima a entendu les premiers coups de feu, la jeune femme a pris ses enfants et fui vers un bâtiment proche qui abritait avant le service local d’élevage. Construit en béton, le bâtiment promettait une meilleure protection que l’abris de fortune de Fatima construit entièrement en paille. La famille y était restée trois jours entiers. Des enfants, des personnes de troisième âge, femmes et hommes, tous entassés les uns contre les autres. « Il y avait du monde, plusieurs personnes… », Fatima ferme ses yeux en essayant de raconter combien de familles se sont rassemblées dans le bâtiment, et parfois elle maque de mots. Les plus jeunes pleuraient parce qu’ils avaient faim. Les mères pleuraient également parce qu’elles ne pouvaient leur donner à manger, comme les combats avaient lieu juste à leur porte.

Le peu qu’ils avaient

Une roquette est tombée sur le toit de leur refuge mais n’a heureusement pas explosé. Cependant, l’odeur de la fumée indiquait que tout n’était pas normal. Des heures après que les derniers pas aient été entendus dehors depuis leur cachette, Fatima est sorti sous la lumière du soleil pour constater les dégâts. Sa maison était partie, entièrement brûlée, laissant des cendres en forme de cercle. Il en était de même pour les huttes de sa voisine. Elles ont probablement été embrasées par des projectiles lors des affrontements. Du peu qu’ils avaient, tout était parti - couvertures, habits et denrées alimentaires – il ne restait qu’une casserole carbonisée. N’ayant plus que leurs vies, Fatima et ses enfants ont été accueillis par des voisins qui partagent avec eux le peu qu’ils ont.

Un lourd prix à payer

Les affrontements des 15 et 16 février à Bambari ont fait plus de 10 morts. 36 autres personnes, y compris huit femmes et neuf enfants, le plus jeune ayant un peu plus d’une année, ont été blessés par balle. Ils ont été opérés et soignés à l’hôpital local appuyé par l’ONG Médecins sans frontières (MSF). Un centre de santé situé à l’entrée du site de PDI Elevage et qui dessert environ 1 000 personnes a été sévèrement endommagé par les combats, au point de fermer pour plusieurs jours, compromettant davantage l’accès déjà précaire aux soins de santé. Trois autres structures sanitaires à Bambari ont lourdement souffert des récents affrontements ; une étant endommagée, et deux autres pillées.

Les enfants de Fatima courent autour d’elle pendant qu’elle est assise sur son tabouret. La famille a été épargnée de blessures visibles. Cependant, l’expérience récente pèse lourdement, particulièrement sur les enfants. Ils n’ont pas été à l’école depuis décembre dernier. Les violences relatives aux élections générales ont depuis maintenu les écoles fermées dans la région – même à travers le pays où 1 enfant sur 2 ne peut plus aller à l’école. A Bambari, quatre écoles ont été vandalisées – les meubles utilisés comme bois de chauffe et les portes et fenêtres volées – deux écoles ont même été occupées par des groupes armés. Toutefois, il y a de l’espoir pour les jeunes à Bambari où il est prévu que les écoles rouvrent en ce mois de mars. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et d’autres partenaires humanitaires appuient l’inspection académique locale dans l’identification des besoins en prévision de la réouverture, maintenant que la ville est relativement calme et que les groupes armés ont libéré les écoles. Les affrontements à Bambari ont également perturbé le travail des humanitaires. Comme la situation devient relativement calme, ils sont maintenant capables d’évaluer les besoins des personnes affectées et leur apporter l’assistance nécessaire.

Quand l’anormal devient normal

Déjà avant cette récente crise, Bambari accueillait plus de 15 000 personnes déplacées de la région ou d’autres parties du pays. Ouaka est la quatrième préfecture la plus affectée par les déplacements internes avec 74 000 déplacés femmes, hommes et enfants. Le déplacement est une part de la vie pour plusieurs centrafricains. Des déplacements pendulaires, préventifs ou sur un long terme sont à chaque fois une interruption de la vie. 1 centrafricain sur 4 est actuellement déplacé soit à l’intérieur du pays ou à l’extérieur comme réfugié. Depuis la mi-décembre de l’année dernière, la flambée de violence liée aux élections a nouvellement déplacé plus de 276 000 personnes à l’intérieur du pays et poussé plus de 45 000 au-delà des frontières nationales, selon les enregistrements du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Plus de la moitié des déplacés sont retournés chez eux ; un retour, le plus souvent, à une vie brisée où il faut rassembler les morceaux de ce qu’il en reste.

Un perpétuel recommencement

Partir à zéro après chaque déplacement exige de l’énergie. Construire une nouvelle maison, épargner de l’argent pour acquérir des articles ménagers, replanter son potager et ses champs, Fatima l’a fait avant. En regardant ses enfants courir les uns après les autres autour du terrain boueux, elle sait pourquoi elle n’a pas d’autre choix. « Si ce n’était pas pour mes enfants, je ne saurai savoir où puiser de l’énergie », explique la jeune mère qui regarde mélancoliquement dans la direction où se trouvait sa maison.

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