Central African Republic

Rapport de situation
Réponse d'urgence
Des milliers de tchadiens fuyant des conflits intercommunautaires impliquant un groupe armé ont trouvé refuge en RCA depuis un an. ©UNHCR/Lala Sy, le site de Betoko, Préfecture de la Lim-Pendé, République centrafricaine, 2024.

Des milliers de tchadiens se réfugient en RCA

Plus de 38 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, dont 6 235 rapatriés spontanés centrafricains en provenance du Tchad sont arrivées en République centrafricaine (RCA) depuis avril 2023 dans 53 villages des communes de Mia-Pende et Bah Bessar, situés à environ soixante kilomètres au nord de Paoua dans la préfecture de Ouham-Pendé, fuyant des conflits intercommunautaires impliquant un groupe armé. Certaines d’entre elles sont hébergées par des familles d’accueil, elles-mêmes vivant dans l’une des vulnérabilités les plus sévères du pays, tandis que d’autres ont réussi à retourner au Tchad. Pour une meilleure protection des demandeurs d'asile, le gouvernement a identifié un site à Betoko où les personnes qui fuient le Tchad peuvent s'enregistrer et recevoir une assistance multisectorielle. Le 20 juin 2024, journée mondiale des réfugiés, le gouvernement centrafricain a accordé le statut de réfugié Prima Facie aux 3 194 tchadiens résidant à Betoko.

Une crise de protection

Depuis la fin 2022, des incursions de ce groupe armé, sur fond de tensions intercommunautaires notamment liées à la transhumance, ont fragilisé la protection des populations de cette région. Plusieurs civils ont été tués, entre autres pour leur appartenance à l’une ou l’autre communauté proche de l’une ou l’autre des parties au conflit. Les échanges commerciaux dans cette région frontalière sont perturbés par l’insécurité résultant des différentes incursions armées et le prélèvement des taxes additionnelles, faisant flamber le prix des certaines denrées alimentaires et non alimentaires jusqu’à 50% de leur prix habituel. L’insécurité alimentaire dans la région fait partie des plus critiques du pays et l’accès aux champs pour les demandeurs d’asile et les résidents demeure fortement limité. En mai 2023, la RCA et le Tchad avaient lancé des opérations militaires conjointes en vue de protéger les civils de part et d’autre de la frontière. Un mois plus tard, une délégation de haut niveau composée du Premier Ministre et des hauts fonctionnaires des Nations Unies et des Organisations non gouvernementales (ONG) se rendait à Bedaka dans la Sous-préfecture de Paoua pour se rendre compte de l’ampleur de la situation.

Les besoins humanitaires explosent

Ce mouvement de population est intervenu dans une région où les besoins humanitaires étaient déjà parmi les plus sévères du pays, et les ressources pour faire face à des besoins supplémentaires deviennent de plus en plus limitées. En 2024, la Lim-Pendé demeure la préfecture avec le plus grand nombre de personnes ayant besoin d’assistance, ce qui était le cas également l’année précédente. Selon l’aperçu des besoins humanitaires, 401 000 personnes y sont extrêmement vulnérables que seule l’assistance humanitaire ne suffira pour rétablir leur bien-être, et l’arrivée des demandeurs d’asile augmente encore la charge.

La pression sur les infrastructures existantes et services de base dans les localités d’accueil a également augmenté. Selon les autorités locales, certains villages ont vu le nombre d’habitants presque décupler. Ainsi, l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement (EHA), ainsi que la santé devient problématique. Dans la localité de Bembere, Sous-Préfecture de Paoua, la distance minimum pour parvenir au centre de santé le plus proche atteint les 7 km. Face à cette situation qui peut être à la base de tensions entre les communautés d’accueil et les demandeurs d’asile, le renforcement des mécanismes de prévention et de gestion de conflits intercommunautaires est nécessaire pour la mise en œuvre des programmes d’aide d’urgence.

Déploiement de la réponse

Depuis juin 2023, la communauté humanitaire apporte une assistance multisectorielle dans la Sous-préfecture de Paoua, mais également dans celle de Markounda, régions d’accueil des demandeurs d’asile. Cette réponse couvre également les familles qui les hébergent. Les humanitaires ont distribué, des rations alimentaires à plus de 29 200 demandeurs d’asile et aux membres des familles hôtes. Ces rations alimentaires assurent 30 jours d’alimentation chaque mois. De plus, du cash a été distribué à plus de 350 ménages, dont 250 ménages parmi les demandeurs d’asile les plus vulnérables sur le site de Betoko, et le reste aux familles d’accueil. Des besoins demeurent non couverts dans la distribution des semences pour offrir aux familles des demandeurs d’asile des alternatives pour leur alimentation. Plus de 840 familles de Bedaka et environs ont reçu des biens non-alimentaires comprenant notamment des bâches, savons, purifiants d’eau, seaux, serviettes hygiéniques, vêtements et chaussures. Certaines de ces familles ont également reçu des abris d’urgence. Des besoins demeurent non couverts dans ces deux secteurs pour plusieurs centaines de familles de demandeurs d’asile et leurs familles d’accueil.

En réponse aux besoins liés à l’accès à l’eau potable et assainissement à Bedaka, les acteurs humanitaires ont réhabilité 16 forages, distribué des purifiants d’eau, des kits d’hygiène et sensibilisé la population sur les bonnes pratiques d’hygiène et assainissement. Des ouvrages d’eau dans six autres localités nécessitent une réhabilitation, mais face à l’ampleur des besoins, la construction de nouvelles infrastructures est envisagée. En plus de la réparation des points d'eau dans les villages d'accueil, six forages avec château d'eau sont également opérationnels sur le site de Betoko. Les partenaires humanitaires ont également remis aux centres de santé de Begouladje, Bedaya, Bedam, Betoko et Markounda des médicaments et du matériel médical pour la prise en charge gratuite des demandeurs d'asile, y compris pour la malnutrition. Cet appui a entre autres permis, notamment à travers des cliniques mobiles, de vacciner les enfants de moins de cinq ans dans cette région où ils n’étaient pas vaccinés dans 40% de ménages. Il a également permis de contenir les pics des cas de paludisme caractéristiques de la saison des pluies (avril-octobre), à travers la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide.

Au mois de mars 2024, les partenaires humanitaires ont déjà construit 1 250 abris, parmi lesquels 800 sont actuellement occupés par 800 familles, tandis que 450 autres sont en attente de l'arrivée de nouveauxl demandeurs d’asile de Markounda et des axes au nord de Paoua. De plus, 14 blocs de latrines et de douches sont opérationnels sur le site de Betoko. Des besoins demeurent non couverts dans le domaine de l’éducation d’urgence suite au fait que six écoles sont non fonctionnelles, et celles qui le sont affichent des faibles capacités d’accueil. Les enfants demandeurs d’asile ont pris du retard dans leur scolarité pendant leur fuite. Plusieurs enfants ont besoin de réintégration scolaire. Parmi eux, 510 enfants sont inscrits dans les écoles primaires et au collège de Betoko. Les inscriptions se poursuivent au fur et à mesure de l’arrivée des ménages sur le site de Betoko.

Pour répondre aux cas de violences basées sur le genre notamment les viols, les acteurs humanitaires sensibilisent les demandeurs d’asiles et communautés d’accueil à la prévention, appuient le référencement des survivantes vers les structures de prise en charge et distribuent des kits de dignité. La plupart de demandeurs d’asile, y compris les enfants, n’ont pas de documentation civile et les acteurs humanitaires planifient d’apporter l’appui nécessaire. La mise en place des mécanismes de protection à base communautaire fait également partie des besoins à couvrir dans le domaine de la protection.

Au total, c'est désormais 367,7 millions de dollars que la communauté humanitaire devra mobiliser en 2024 pour répondre aux besoins les plus urgents de 1,9 millions de centrafricains, parmi les plus vulnérables, dans un contexte global de baisse des financements humanitaires. Les capacités d'absorption des besoins supplémentaires sont très limitées.

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