Central African Republic

Rapport de situation
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Les champs plantés entourent maintenant l'avenue principale abandonnée et bordée d'arbres qui avait été une voie principale de trafic entre les capitales du Tchad et de la République centrafricaine (N'Djamena et Bangui). Les PDI peuvent y marcher mais tous les bâtiments sont abandonnés après avoir été détruits. ©OCHA/Anne Kennedy, Batangafo, Préfécture de l'Ouham, RCA, 2020.
Les champs plantés entourent maintenant l'avenue principale abandonnée et bordée d'arbres qui avait été une voie principale de trafic entre les capitales du Tchad et de la République centrafricaine (N'Djamena et Bangui). Les PDI peuvent y marcher mais tous les bâtiments sont abandonnés après avoir été détruits. ©OCHA/Anne Kennedy, Batangafo, Préfécture de l'Ouham, RCA, 2020.

"Ici, nous n'allons pas aux champs"

Un salaire qui peut vous être volé, un trajet avec la menace d'un viol, un lieu de travail sous une chaleur de 35 degrés. L'agriculture à Batangafo, au nord de la République centrafricaine, est une des occupations les plus difficiles au monde. Si Rosalie Fiobona* [48 ans] et Antoinette Ngaïnam* [25 ans] semblent à la fois incroyablement fatiguées et coriaces, on comprend pourquoi.

Les deux femmes, avec nombreuses autres femmes déplacées à Batangafo, ont toujours été des agricultrices. Toutes les deux ont hérité leurs champs de leurs pères, l'une sur une terre si plate vu sa proximité avec l'aérodrome, et l'autre sur un sol riche et humide près de la rivière Ouham. Mais aujourd’hui Antoinette confie :

« J’ai peur parce que nous allons dans les champs et à mon retour les hommes armés peuvent nous attaquer, nous violer… nous agresser »

Antoinette Ngaïnam, agricultrice

Ces femmes et 35 000 autres personnes déplacées ont été forcées de quitter leurs maisons à Batangafo, et une grande partie vit en famille sur seulement 1km². Dans ce petit espace, il y a des casques bleus de la MINUSCA qui essayant de créer une zone protégée et des humanitaires qui distribuent de la nourriture et des fournitures. Mais il n'y a que trois sentiers qui entourent ce lopin triangulaire à points d'entrée multiples. La violence n'est ni localisée ni continue ; ses saisons ne sont pas prévisibles. Des mois d’efforts peuvent être perdus lorsque des groupes armés apparaissent sur des terres travaillées se trouvant au-delà des limites du site des déplacés. Rosalie raconte :

« Au début, j'ai fait un effort pour aller planter, mais je n'avais pas le temps de récolter ... quand j'allais dans les champs, des hommes armés m'ont poursuivie et ont dit que les déplacés n'avaient pas le droit d'y aller »

Rosalie Fiobona, agricultrice

Même ceux qui tentent de venir à l’aide des personnes déplacées à Batangafo deviennent eux-mêmes des cibles. Batangafo est l'une des sous-préfectures les plus touchées par les incidents contre les travailleurs humanitaires dans un pays déjà répertorié comme l'un des plus dangereux au monde pour être humanitaire. À plusieurs reprises, les activités d'aide d'urgence ont dû être suspendues car les humanitaires ont été contraints de se retirer suite à l’insécurité. Chaque jour, en moyenne, au moins un acte de violence contre les humanitaires est enregistré en Centrafrique. Batangafo était la quatrième sous-préfecture la plus touchée avec 39 incidents contre le personnel humanitaire ou leurs biens en 2020. En janvier 2021, 66 incidents ont été enregistrés en RCA - plus du double de la moyenne mensuelle en 2020.

Ni Rosalie ni Antoinette n'ont de propriété dans le triangle entre les trois sentiers. Et même s'ils pouvaient en avoir, chaque mètre est occupé par un abri, propriété de quelqu'un ou à un objectif assigné. Pourtant, les propriétés des deux femmes sont à moins de 3 km. La plupart des personnes déplacées ont des maisons qui sont si proches à vous déchirer le cœur. Une petite marche de l’après-midi, une simple promenade de l'autre côté de la route, à quelques heures de route. Là-bas, il y a des maisons avec des toits brûlés et de l'herbe qui a abondamment poussé là où les cultures étaient plantées auparavant. La plupart visitent encore leurs maisons malgré le danger. Pas seulement pour la nourriture, mais aussi pour être, pendant une heure ou deux, chez soi. La nostalgie d'une époque où ils avaient le contrôle de leurs propres vies, où ils pouvaient travailler pour se nourrir, entourés de leurs voisins et de leurs familles, est si forte que même la menace de viol et de mort ne peut toujours pas la vaincre.

À la fin de la soirée, Rosalie et Antoinette retournent vers le centre du site des personnes déplacées, quand tout ce qu'elles veulent et pour lequel elles ont travaillé si dur : l'indépendance, le contrôle et la maison -se trouvent impossiblement dans la direction opposée.

* les noms ont été modifiés pour protéger les personnes interrogées

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