Central African Republic

Rapport de situation
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L'équipe chirurgicale mixte congolaise et centrafricaine effectue sa première opération de la fistule à l'Hôpital de l'Amitié à Bangui. ©Fondation Mukwege, 2020.
L'équipe chirurgicale mixte congolaise et centrafricaine effectue sa première opération de la fistule à l'Hôpital de l'Amitié à Bangui. ©Fondation Mukwege, 2020.

Une prise en charge holistique des survivantes des violences sexuelles en Centrafrique

L'inauguration du projet Nengo à la veille de la première journée des «16 jours d'activisme pour mettre fin aux violences faites aux femmes» à Bangui n'aurait pu être mieux choisie. Nommé Nengo, «dignité» en langue locale sango, ce projet vise à restaurer la dignité des milliers de femmes et de filles, mais aussi de garçons et d'hommes qui ont survécu aux violences sexuelles et basées sur le genre.

L'un des plus sombres chapitres du pays

Chaque heure, un cas de violence basée sur le genre est signalé en République centrafricaine. Et la situation est certainement pire, puisque le système de gestion de l'information dédié (GBVIMS) soutenu par les humanitaires ne couvre que 42% du pays. L'insécurité généralisée en Centrafrique maintient un contexte propice aux violences basées sur le genre, mais les inégalités entre les sexes profondément enracinées, les abus de pouvoir et les normes néfastes contribuent également à cet environnement nocif. La pandémie de COVID-19 a davantage aggravé les vulnérabilités existantes, en particulier au cours de ses premiers mois. Alors que le quotidien s’est réduit à l’espace familial en raison des mesures de confinement introduites par le gouvernement, une augmentation alarmante de la violence contre les femmes et les filles a été signalée en Centrafrique. Elles se trouvaient contraintes à rester à la maison avec leurs agresseurs – souvent des conjoints, des partenaires ou des membres de la famille – ce qui a augmenté les cas de violence d'au moins 10%, tout en limitant les possibilités pour les victimes de demander la protection et l’assistance.

Le projet Nengo crée un centre de prise en charge holistique des survivantes au sein d'un hôpital public à Bangui, l’Hôpital de l’Amitié, et de l’Association des femmes juristes de Centrafrique, deux lieux déjà reconnus pour le référencement de survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre. Après des mois de préparation, les équipes du service de gynécologie-obstétrique et de la maternité de l'Hôpital de l'Amitié et de l'Association des femmes juristes, avec le soutien de partenaires internationaux, ont lancé le programme de prise en charge holistique des survivantes.

Un «guichet unique» pour reconstruire des vies

Le centre permettra aux survivantes des violences sexuelles et basées sur le genre d’accéder à des soins holistiques de qualité, selon un parcours coordonné, accompagné et complet, grâce à la mise en place d’un «guichet unique». Ce modèle de soins holistiques a été développé par le Dr Denis Mukwege, lauréat du prix Nobel de la paix 2018, et son équipe à l'Hôpital de Panzi à Bukavu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Il est structuré autour de quatre piliers qui répondent aux besoins essentiels de guérison de la survivante et son autonomisation:

La réponse comprend les soins médicaux et le traitement des blessures gynécologiques graves qui peuvent inclure la chirurgie. Les survivantes présentent souvent des signes de dépression, de peur, de troubles du comportement et de honte. Elles sont confrontées à l'exclusion sociale et ont du mal à rétablir la confiance et les relations interpersonnelles. Le deuxième pilier de la réponse est ainsi axé sur les soins psychosociaux, une partie intégrante du processus de guérison qui anticipe et complète le traitement physique. Les survivantes reçoivent également une assistance juridique pour réclamer justice, y compris des conseils judiciaires et un accompagnement tout au long du processus judiciaire. Et quatrièmement, les survivantes sont autonomisées sur le plan socio-économique, par exemple, grâce à des cours d'alphabétisation, à la gestion de petits commerce et à des programmes de microcrédit et de bourses d’études. La réinsertion économique et la reconstruction de moyens de subsistance autonomes sont particulièrement importantes pour les survivantes dont la subsistance dépendait de leur agresseur.

Le fait de réunir l’ensemble de ces services en une seule entité est pratique et facilite le référencement d'un service à l'autre. Il représente également un élément important de la protection des victimes comme le «guichet unique» évite que les survivantes aient à raconter leurs histoires à plusieurs reprises, ce qui leur ferait revivre les atrocités.

Le projet Nengo participera également à la prévention des violences sexuelles et basées sur le genre en Centrafrique à travers des actions de sensibilisation, le renforcement de l'état de droit et la réduction des causes structurelles des violences sexuelles et basées sur le genre en promouvant l'égalité des sexes.

Transfert de compétences Sud-Sud

Face à la situation en Centrafrique, un consortium de quatre institutions internationales réunissant la Fondation Pierre Fabre, la Fondation Panzi RDC, la Fondation Dr Denis Mukwege et l'Institut francophone pour la justice et la démocratie, avec l’appui financier de l’Agence française de développement, œuvrent à répliquer le modèle de prise en charge holistique du Dr Mukwege à Bangui.

Le modèle de «guichet unique» pour les survivantes des violences sexuelles et basées sur le genre est également répliqué dans d'autres pays, notamment en Guinée, en Colombie et en Ouganda. Le transfert de compétences entre les acteurs congolais et les acteurs centrafricains permettra en outre de renforcer les capacités d’un hôpital public ainsi que d’une association locale reconnue, au bénéfice des populations à long terme. L'amélioration de la qualité des soins dans le service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital bénéficiera en outre à l'ensemble de la population et pas seulement aux survivantes des violences.

Au-delà de la capitale

Au cours des quatre prochaines années, plus de 3 000 survivantes seront ainsi prises en charge dans le nouveau centre. Bien que situé dans la capitale, le centre sera également accessible aux survivantes des provinces grâce à un système de référencement entre le projet Nengo et des ONG, des prestataires de soins de santé et des organisations de la société civile implantées à travers le pays.

À la veille de l'inauguration du projet Nengo, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) est intervenu à l’atelier du comité d’organisation stratégique du projet pour présenter les mécanismes de prévention des abus et exploitations sexuelles au sein de la communauté humanitaire, et continuera de faire le lien entre le projet et les acteurs humanitaires qui œuvrent dans les domaines de la protection, de la santé et de l'autonomisation.

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