Central African Republic

Rapport de situation
Réponse d'urgence
Une femme déplacée se fait donner un sac de nourriture lors d'une distribution de vivres du Programme alimentaire mondial sur le site de déplacés internes de Siwa. ©OCHA/Adrienne Surprenant, Bangassou, Préfecture du Mbomou, RCA, 2021.
Une femme déplacée se fait donner un sac de nourriture lors d'une distribution de vivres du Programme alimentaire mondial sur le site de déplacés internes de Siwa. ©OCHA/Adrienne Surprenant, Bangassou, Préfecture du Mbomou, RCA, 2021.

Une assistance multisectorielle malgré des multiples défis

La petite Rose est née 30 minutes seulement après l’ouverture du nouveau poste de santé au village Siwa. Elle est née d’une famille déplacée fuyant les affrontements au mois de janvier à 30 km de Bangassou au sud-est de la République centrafricaine. Comme Rose et ses parents, plus de 44 500 personnes ont fui vers les périphéries de Bangassou et la République démocratique du Congo en janvier et février, suite à la récente flambée de violence post-électorale. Certains vivent sur six sites de personnes déplacées internes proches de la ville de Bangassou, d’autres ont trouvé refuge avec des familles d’accueil. En dépit de l’insécurité dans cette région, les acteurs humanitaires apportent une assistance multisectorielle à ces déplacés.

Une assistance médicale d’urgence

Le site de Siwa, situé à 12 km de Bangassou, compte 5 676 personnes. Plusieurs accouchements sans assistance médicale entrainant des décès maternels et infantiles ont été signalés ces dernières semaines, avant l’ouverture du poste de santé. A son ouverture, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a remis du matériel, de l’équipement et des consommables de premiers soins nécessaires pour pratiquer l’accouchement et des médicaments essentiels pour une période d’un mois au poste de santé. En plus, l’ONG Médecins d’Afrique passe avec une clinique mobile sur le site une fois par semaine, ainsi que sur d’autres sites de personnes déplacées, pour le dépistage de la malnutrition et le référencement à l’hôpital de Bangassou, par exemple des survivantes des violences sexuelles et basées sur le genre pour une prise en charge. Cette ONG mène également une campagne de vaccination d’urgence sur les sites des déplacées à Bangassou et ses environs.

L’insécurité, des difficultés logistiques et le manque d’intrants nutritionnels limitent la capacité opérationnelle des acteurs de santé dans la réponse. A titre d’exemple, l’accès aux 147 familles déplacés se trouvant sur l’île Limbongo pose problème à cause de la traversée de la rivière Mbomou. Le niveau d’eau en baisse ne permet pas à l’OMS et ses partenaires d’utiliser la seule baleinière disponible dans cette région.

Assister en vivres...

« Nous n’avons rien pris sur nous lorsque nous fuyions notre village. Nous avons passé trois semaines dans la brousse, mangeant des taros et ignames sauvages. Nous sommes arrivés sur le site de Siwa et avons reçu l’aide du chef du village et des habitants », a témoigné Yangbo Rollande, une femme déplacée. En Centrafrique, une très large majorité des déplacés est hébergée généreusement par des familles d’accueil qui partagent le peu qu’elles ont. Mais à Siwa, le nombre de déplacés était trois fois plus élevé que celui des habitants, fragilisant davantage des moyens de subsistance locaux déjà précaires, principalement l’agriculture. En réponse, le Programme mondial alimentaire a distribué plus de 12 tonnes de vivres à 872 familles sur le site de Siwa mi-février. La ration alimentaire pour 15 jours était composée de biscuits énergétiques, du riz, de haricot, de l’huile, du sel et un mélange plus riche de farine de maïs et de soja. La planification pour la prochaine distribution de vivres est actuellement en cours.

... et en articles non alimentaires

A la mi-février, l’ONG ACTED a distribué des articles ménagères à 236 familles sur le site des déplacés de Bangui Ngoro. Chaque ménage a reçu un kit composé d’une bâche, une couverture, une moustiquaire, une natte, des savons et un sac. L’accès à l’eau potable reste l’un des besoins majeurs des déplacés. Afin d’y remédier, ACTED a distribué à chaque ménage 60 comprimés pour le traitement d’eau couvrant une période de 30 jours. En plus des personnes sur le site de Bangui Ngoro, les déplacées sur les sites de Nzakou Mbemba et Siwa – en total plus de 2 500 familles – ont également reçu des articles ménagers.

« Si nous devrions prioriser, je pense que les besoins les plus importants sont en eau, hygiène et assainissement, en article ménagères et en sécurité alimentaire. Même si on a déjà monté une réponse pour pallier les besoins les plus importants on n’a pas assez de ressources pour tout couvrir », a fait savoir Margot Charles, Coordinatrice de zone adjointe de l’ONG ACTED dans la Basse-Kotto et le Mbomou.

Des besoins non couverts demeurent

De janvier à février, plus de 16 000 personnes déplacées à Bangassou ont reçu une aide humanitaire multisectorielle. Même si les organisations humanitaires déploient des efforts pour une réponse en urgence, tant de besoins restent non couverts. Plus de 2 500 ménages déplacés vivant sur le site de Siwa n’ont pas accès à l’eau potable. Les deux sources qui desservent cette localité ne sont pas entretenues et peuvent entrainer des maladies hydriques. Il manque aussi des latrines et des douches sur les sites de Siwa, l’île Limbongo et Cesacoba. Après une évaluation menée le 4 mars, l’ONG Mercy Corps apportera une réponse d’urgence en construisant des latrines et en aménageant deux sources d’eau au profit de plus de 1,000 familles sur le site de Siwa.

L'accès aux personnes ayant besoin d'assistance humanitaire demeure difficile en raison de l'insécurité et de la présence des groupes armés dans la région de Bangassou. Pendant des semaines, les acteurs humanitaires n'ont pu se rendre qu'à 15 km de Bangassou. Fin février, les villages de Niakari et Loungougba, situés à environ 20 km de la ville, sont devenus accessibles suite au retrait des éléments armés. Une évaluation sanitaire réalisée par l'OMS, Médecins Sans Frontières et l'ONG COOPI les 26 et 27 février a révélé que l'accès aux soins de santé est devenu très difficile dans ces villages. Toutes les formations sanitaires ont été pillées et vandalisées par des éléments armés et le personnel de santé a fui. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et ses partenaires coordonnent l'intervention d'urgence et poursuivent l'évaluation des besoins humanitaires à d'autres endroits qui deviennent nouvellement accessibles autour de Bangassou.

La logistique entrave également les activités humanitaires. Sur certains itinéraires, par exemple, des ponts ont été détruits par des groupes armés, empêchant l'accès à des zones éloignées.

En dépit de toutes ces difficultés, les humanitaires font des efforts pour assister les personnes déplacées. Ils poursuivent également des négociations afin d’ouvrir de nouveaux couloirs humanitaires dans les zones sous contrôle des groupes armés.

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