Central African Republic

Rapport de situation
Contexte
Distribution des vivres pour des personnes déplacées à Bocaranga. ©AFRBD. Bocaranga, Préfecture de l’Ouham Pendé, RCA, 2020.
Distribution des vivres pour des personnes déplacées à Bocaranga. ©AFRBD. Bocaranga, Préfecture de l’Ouham Pendé, RCA, 2020.

L’instabilité de l’ouest a des graves conséquences pour la population prise au piège du conflit

La détérioration de la situation sécuritaire dans l’ouest de la République centrafricaine, notamment dans les Préfectures de la Nana-Mambéré et de l’Ouham Pendé, zone frontalière avec le Cameroun, se poursuit depuis juin dernier. En septembre, les activités humanitaires ont de nouveau dû être suspendues temporairement sur plusieurs axes, notamment Bossemptélé-Yaloké, Bohong-Bocaranga, Bouar-Niem-Yéléwa, Mbartoua-Besson et Makounziwali-Koui suite à une récurrence inquiétante d’attaques attribuées aux groupes armés.

Suite aux affrontements entre un groupe armé et les Forces Armées Centrafricaines faisant quatre blessés et un véhicule incendié, 2 500 personnes ont fui les villages de Makounziwali et Santoine vers la brousse et les villages environnants. Une ambulance du district sanitaire a essuyé des tirs imputés aux éléments d’un groupe armé et une embuscade des assaillants armés contre un convoi de véhicules commerciaux entre Bossemptélé et Yaloké a fait un mort, un blessé et deux véhicules incendiés. Tout cela s’est passé pendant trois jours au début septembre. Une attaque d’un groupe armé sur la ville de Bohong, située entre Bouar et Bocaranga, à la mi-septembre a occasionné le déplacement de la population entière estimée à 5 000 personnes vers les villages voisins.

La suspension des activités humanitaires suite à cette insécurité a eu des conséquences directes pour 25 000 personnes vulnérables qui bénéficiaient d’une assistance dans la Nana-Mambéré et l’Ouham Pendé. Environ 2 450 personnes déplacées se trouvent encore autour de la ville de Bocaranga. Malgré des conditions difficiles dues à l’insécurité, les organisations humanitaires font des efforts pour venir à l’aide des personnes prises au piège du conflit. Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), par exemple, a distribué à la mi-septembre des vivres à 1 050 personnes déplacées. Plus de 8 000 personnes déplacées ont également été assistées en vivres et non vivres à Bocaranga et ses alentours par les ONG Action contre la faim (ACF) et l’Association des femmes rurales de Batangafo pour le développement (AFRBD) entre juillet et septembre.

L’ONG International Rescue Committee (IRC), qui appuie l’hôpital de Koui dans la fourniture de soins gratuits qui bénéficient à environ 3 000 personnes vulnérables, depuis fin mai, n’a pas pu livrer des médicaments ni faire le suivi des activités à cause de l’insécurité qui l’a forcée à suspendre ses activités à l’hôpital. La situation est la même pour la formation sanitaire de Sanglerime, située à 20 km de Koui, dont le nombre de bénéficiaires est estimé à 1 400 personnes vulnérables. Les habitants de la région sont obligés d’acheter des médicaments pour se faire soigner, mais pour la plupart d’entre eux, ils restent inabordables tandis qu’à l’absence d’assistance humanitaire, les malades ne pourront pas accéder aux soins.

Avant les heurts, les ONG comme IRC, Mentor, l’Association des femmes pour la promotion de l’entreprenariat, la Convention pour la promotion de droits de l’enfant, Cordaid et AFRBD assurent des services médicaux pour la population locale, approvisionnent des enfants malnutris avec des intrants thérapeutiques, distribuent des vivres d’urgence et des articles ménagers pour les personnes en besoin et améliorent l’accès à l’eau potable et les conditions d’hygiène. Ces acteurs jouent un rôle majeur dans une région où la présence de l’Etat est minimale et les services de bases sont inexistants à quelques exceptions près.

Depuis la deuxième moitié de septembre, la situation sécuritaire se normalisait progressivement grâce aux patrouilles des casques bleus et un retour progressif de la population a commencé. Plus de 3 000 familles représentant 16 000 personnes ont entamé un retour dans les villages Bohong, Mbotoga, Bode et Santoine. Malgré ce retour, une évaluation multisectorielle effectuée par l’ONG ACF montre l’ampleur des besoins humanitaires qui demeurent. Les besoins principaux sont l’approvisionnement en médicaments pour l’hôpital de Koui et les trois formations sanitaires de la région, ainsi que des vivres pour les personnes retournées les plus vulnérables.

Toutefois, les risques sécuritaires sur la moitié des axes de cette région demeurent élevés pour la population et les humanitaires, ce qui ne permet pas à ces derniers de se déplacer sans restriction.

Comme si la situation n'était pas suffisamment difficile, la capacité pour les acteurs humanitaires d’atteindre les personnes en besoin s’affaiblit davantage avec l’actuelle saison pluvieuse qui rend l’accès physique à certaines zones quasiment impossible, suite aux détériorations des routes et des ponts. Un des axes impraticables, sur lequel habitent environ 7 000 personnes, mène de Koui à Yéléwa. L’état de la route empêche les partenaires humanitaires comme Mentor, qui appuie deux formations sanitaires dans la zone, et l’AFRBD, qui devrait distribuer des vivres à 1 500 personnes, à atteindre la population en besoin.

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