Central African Republic

Rapport de situation
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Un casque bleu analyse un lieu où des engins explosifs ont été trouvés en Avril sur la route Bocaranga-Bouar dans l'ouest. ©MINUSCA, Centrafrique, 2021
Un casque bleu analyse un lieu où des engins explosifs ont été trouvés en Avril sur la route Bocaranga-Bouar dans l'ouest. ©MINUSCA, Centrafrique, 2021

La menace croissante des engins explosifs

Les accidents impliquant des munitions explosives ont pris des proportions croissantes depuis la mi-avril 2021, en particulier dans l'ouest de la République centrafricaine, une région où le conflit s'est intensifié.

Une accumulation alarmante

Le 22 juin, quatre personnes ont été tuées par la détonation d'un engin explosif entre les villages de Garba et Bakari, à 115 km de Bouar dans la préfecture de la Nana-Mambéré. Le 20 juin, un éleveur et plusieurs de ses bétails ont été tués par la détonation d'un engin à l'ouest d'Amada-Gaza dans la préfecture de la Mambéré-Kadéï, et le 12 juin, trois personnes auraient été tuées dans la région frontalière avec le Tchad dans la préfecture de l’Ouham Pendé.

Craignant pour leur sécurité, les habitants de Nguia au sud-ouest de Bouar dans la Nana-Mambéré, estimés à un millier de personnes, ont fui vers le Cameroun après l'explosion d'un engin dans leur village le 28 mai. Depuis cet incident, le village est inaccessible par la route en raison de la menace présumée d'autres engins explosifs. La veille, le 27 mai, cinq membres d'une équipe conjointe des Forces de sécurité intérieure, de l'armée nationale et des forces bilatérales ont été tués et cinq autres blessés lorsque leurs véhicules ont heurté un engin explosif en bord de route près de Bondiba à une centaine de kilomètres de Bouar sur l'axe Abba - Baboua. Et le 26 mai, deux soldats de la paix des Nations Unies ont été légèrement blessés mais leur véhicule blindé a été lourdement endommagé en heurtant un engin explosif lors d'une patrouille dans le village de Kiamoni, près de la frontière camerounaise dans la préfecture de la Mambéré-Kadéï.

Entre le 20 avril et le 16 mai 2021, des engins explosifs ont tué au moins 11 personnes, dont huit civils, et en ont blessé quatre dans cinq accidents, seulement dans la préfecture de la Nana-Mambéré.

Sans distinction

Les victimes sont diverses : une famille, des marchands, des éléments armés, des soldats de la paix des Nations Unies et un prêtre. Les engins explosifs qui explosent en raison de la présence, de la proximité ou du contact d'une personne ne peuvent pas faire la distinction entre les civils et les combattants, ce qui soulève d'importantes préoccupations concernant les principes de distinction et de proportionnalité en vertu du droit international humanitaire.

Des incidents impliquant des engins explosifs ont également été signalés dans d'autres régions de la République centrafricaine. Toutefois, le principal foyer de la récente accumulation reste l'ouest, notamment la Nana-Mambéré, la Mambéré-Kadéï et l’Ouham Pendé à la frontière avec le Cameroun.

En juillet 2020, l'utilisation présumée de mines antichars a été signalée pour la première fois dans le pays depuis la création de la mission de maintien de la paix, la MINUSCA, en 2014. L'un des dispositifs suspectés a endommagé un char de la MINUSCA près de la frontière avec le Cameroun. Depuis, après un calme relatif entre juillet 2020 et avril 2021, le problème a pris des dimensions dangereuses avec de graves conséquences pour les civils.

Restriction de l’accès humanitaire et des activités socio-économiques

La présence présumée d'engins explosifs limite gravement l'accès humanitaire aux personnes vulnérables dans un contexte déjà marqué par des restrictions d'accès en raison de conflits armés et de contraintes physiques. Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) estime que plus de 50 000 personnes dans la Nana-Mambéré ont un besoin criant d'eau, d'assainissement et d'abris, plus de 1 500 enfants malnutris attendent de recevoir des compléments alimentaires et 5 800 autres ont besoin de vaccination mais ne peuvent être atteints en raison de la menace que représentent des engins explosifs présumés. Plusieurs axes dans les préfectures de la Nana-Mambéré, la Mambéré-Kadéï et l’Ouham Pendé ont été considérés comme à haut risque en raison de la présence présumée d'engins explosifs et restent pratiquement impraticables pour les humanitaires et les civils, notamment entre Bouar et Ngaounday, Abba et Baboua et dans la zone d'Amada-Gaza.

Les villes et villages situés dans les zones où l'on soupçonne la présence d'engins explosifs risquent d'être coupés de la nourriture et des autres fournitures, du commerce, des patrouilles de sécurité et de l'assistance humanitaire. Les engins explosifs limitent également l'accès des populations aux champs en cette période de plantation, aux lieux de travail et de revenus, ainsi qu’aux services essentiels tels que les soins de santé et l'éducation.

Assistance d'urgence par voie aérienne

Contournant les restrictions d'accès, OCHA et les partenaires humanitaires ont livré à la mi-juin une assistance d’urgence par hélicoptère à Nguia-Bouar. Environ 1,5 tonne de médicaments, de suppléments nutritionnels, de produits d'hygiène et de nourriture sont parvenus à 1 000 villageois, dont près de 400 personnes déplacées, pour satisfaire les besoins les plus urgents et réapprovisionner le centre de santé. Comme si la menace de munitions explosives présumées ne suffisait pas, Nguia a été encore plus isolé par des affrontements entre groupes armés et forces militaires. Des missions héliportées similaires sont planifiées dans la région dans les semaines à venir.

Protéger les civils et les travailleurs humanitaires

En mai, des équipes de neutralisation des explosifs et munitions de la MINUSCA ont surveillé et déblayé l'axe Baboua – Bondiba – Nguia-Bouar parallèle à la frontière camerounaise et d'autres zones suspectées d'être dangereuses le long de l'axe entre Bouar et Bocaranga – un processus lent et dangereux. Le Service de l'action antimine des Nations Unies (UNMAS) a formé aux risques des munitions explosives près de 500 membres du personnel des Nations Unies et des ONG à Bouar, Paoua et Bangui. L'UNMAS et la MINUSCA renforcent leurs capacités au cours des prochains mois pour mieux répondre à la menace.

Des fonds supplémentaires sont maintenant nécessaires de toute urgence pour reprendre l'éducation aux risques pour les femmes, les hommes et les enfants dans les régions touchées. Le Cluster Protection plaide pour la reprise de l'éducation au risque des mines pour la population; une activité que des ONG ont menée entre 2014 et 2018 en Centrafrique.

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