Central African Republic

Rapport de situation
Analyse
Plisson attend son tour pour s'approvisionner en eau auprès d'un fournisseur privé. © Maxime Nama, 4ème Arrondissement, Bangui, RCA, 2022.
Plisson attend son tour pour s'approvisionner en eau auprès d'un fournisseur privé. © Maxime Nama, 4ème Arrondissement, Bangui, RCA, 2022.

A la recherche de la denrée rare

De minuit à 2h, voire 3h du matin, ce sont les heures creuses auxquelles Plisson, 30 ans et mère de trois enfants se réveille souvent pour puiser de l’eau, quand il y en a. « Vous pouvez me voir la journée bien apprêtée mais vous n’aurez aucune idée de ce que j’endure la nuit », explique-t-elle. C’est ce qui arrive souvent dans certains quartiers de Bangui la capitale de la République centrafricaine (RCA), notamment dans le quatrième arrondissement où habite Plisson, son mari et leurs trois enfants. Et lorsque l’eau ne coule pas du tout de leur robinet, c’est 200 francs CFA (300 centimes de dollars américains) que la famille doit débourser par jour pour puiser 100 litres d’eau auprès de fournisseurs privés. Cette famille fait partie des 60% de centrafricains qui n’ont pas accès à l’eau et aux installations sanitaires adéquates en 2022 selon l’Aperçu des besoins humanitaires publié en octobre 2021. La RCA est située dans la région où la disponibilité des ressources en eau par personne est la plus élevée du continent, mais seulement 37 % de la population dispose de services d'eau potable de base.

Des besoins en augmentation

Agée de 21 ans, mère de trois enfants et habitant le village Ouifrane à 7km de Ndele dans le nord du pays, Alida n’a d’autre choix que d’utiliser l’eau d’une source non aménagée pour tous ses besoins quotidiens, y compris boire et cuisiner car elle ne dispose pas de robinet où s’approvisionner. « Je sais que l’eau de cette source n’est pas potable et qu’elle peut me rendre malade, mais il n’y a pas d’autres alternatives proches de notre village », confie Alida. La RCA est le deuxième pays avec le taux de mortalité le plus élevé lié à l’utilisation de l’eau insalubre en Afrique. Ce faible accès à l’eau, dont les causes principales sont structurelles, est exacerbé par le conflit qui déchire le pays depuis plus d’une décennie et est d’autant plus problématique pendant la saison sèche qui court de novembre à mai.

En 2021, les besoins en eau, hygiène et assainissement (EHA) ont augmenté de 13%, et 300 000 personnes supplémentaires nécessitaient ainsi une assistance pour accéder à de l'eau potable et à des installations sanitaires. Au total, plus de la moitié de la population (2,8 millions de personnes) ont besoin d’une assistance en EHA. La Sous-Préfecture de Ndele dans le nord où habite Alida est celle présentant les besoins les plus sévères dans le pays. Cette détérioration est entre autres due à l’abandon des points d’eau qui ne sont plus entretenus lorsque les populations fuient l’insécurité, et à la contamination des puits. A cela s’ajoute la perte des récipients pour la collecte et le stockage de l’eau lors des déplacements et le vandalisme commis par les hommes en armes quand ils attaquent les villages.

L’eau c’est la vie

Avec un gilet kaki et tamponné du logo rouge de son organisation, difficile de rater Médard à son passage dans les rues de Adoumindou, village situé dans le nord du pays, dans la Préfecture de Bamingui-Bangoran. Médard est animateur EHA et sensibilise les habitants aux meilleures pratiques, notamment le traitement, la manipulation et la conservation hygiénique de l’eau de boisson, le lavage des mains au savon et l’accès à un assainissement sain. « Mon travail au sein de la communauté permet aux habitants d’éviter des maladies comme le choléra et la diarrhée qui sont une cause de mortalité, en particulier pour les enfants », explique fièrement Médard qui travaille avec l’ONG Première Urgence Internationale (PUI). En 2021 dans la Préfecture de la Bamingui-Bangoran, l’ONG a notamment construit huit forages d’eau, améliorant ainsi l’accès à l’eau potable pour 4 000 personnes. Grâce à la mobilisation de la communauté humanitaire, les sous-préfectures de Nangha-Boguila, Kémbé, Satema, de Bangassou, Bira et Gambo ont vu leurs besoins en EHA significativement baisser.

Un long chemin à parcourir

En 2021, les humanitaires avaient requis 38 millions de dollars américains pour assister 1,4 millions de personnes mais n’ont reçu que 25% de ce montant qui a bénéficié à 494 700 personnes vulnérables soit 35 % de la cible planifiée. En 2022, ils cherchent à mobiliser 34,5 millions de dollars américains pour améliorer l’accès à l’EHA de 1,5 millions de personnes.

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