Central African Republic

Rapport de situation
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Inondations à Ngarba à la frontière avec le Tchad dans la Préfecture de la Bamingui-Bangoran. ©REACH/Ugo Semat. Ngarba, Préfecture de la Bamingui-Bangoran, RCA, 2020.
Inondations à Ngarba à la frontière avec le Tchad dans la Préfecture de la Bamingui-Bangoran. ©REACH/Ugo Semat. Ngarba, Préfecture de la Bamingui-Bangoran, RCA, 2020.

Des inondations menacent toujours la Centrafrique

La saison des pluies qui court d’avril à octobre est une source d’inquiétudes additionnelles en Centrafrique, pays déjà meurtri par plus d’une décennie de conflits. A cette période, les différents cours d’eau sortent de leurs lits suite à des fortes pluies diluviennes et causent d’importants dégâts face aux insuffisances en assainissement, la mauvaise gestion des déchets et le manque de planification urbaine. En 2019, environ 100 000 personnes ont vu leurs maisons inondées et détruites et leurs sources d’eau polluées, poussant la plupart au déplacement vers des sites temporaires ou en famille d’accueil. Ces dégâts interviennent dans un pays dont les indicateurs sociaux de base se trouvent déjà fortement dégradés. Si des inondations surviennent cette année dans les proportions de 2019, les vulnérabilités de la population vont davantage exacerber dans un contexte où les ressources disponibles font face aux besoins sans cesse croissants suite à la COVID-19. Au 19 novembre, seulement 63% des fonds requis pour la réponse humanitaire aux besoins critiques de 2020 ont été mobilisés.

Connaître davantage le problème pour le résoudre

Au début du mois de septembre, l’ONG REACH a produit une étude de susceptibilité face aux inondations dans des zones habitées, afin d’améliorer la préparation des décideurs à la réponse. Pour développer un score de risque d’inondations, les résultats de cette étude financée par le Fonds humanitaire pour la République centrafricaine (RCA) ont été par la suite croisés avec ceux des évaluations multisectorielles des besoins conduites en 2019. Les données de cette étude, également partagées avec les autorités, ont par exemple révélé que les Préfectures de l’Ouham et de la Kémo affichent les risques les plus élevés face aux inondations (plus de 203 000 personnes à haut risque), tandis que celles de la Nana-Mambéré et du Ouham Pendé affichent des scores de risque faibles. Cette étude a également montré que la plupart d’agglomérations centrafricaines se trouvent à côté des cours d’eau et de leurs bassins versants, autour desquels se développent des moyens de subsistance des habitants. Les berges de ces cours d'eau ont tendance à déborder face à la quantité croissante des précipitations collectées dans ces bassins versants. Ainsi, si aucune adaptation des infrastructures et une planification de contingence ne sont envisagées, les interventions en aval ne suffiront pas pour des populations déjà meurtries par plus d’une décennie de conflits et plusieurs autres chocs.

Afin d’assurer une préparation optimale face au risque d’inondation, un Comité technique opérationnel a été mis en place sous l’égide du Ministère de l’action humanitaire et de la réconciliation nationale avec la participation du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), la Direction générale de la protection civile de la Centrafrique (DGPC), la Croix rouge centrafricaine (CRCA), la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) et la Mairie de Bangui. Cette nouvelle structure a permis de coordonner deux visites de terrain les 21 et 28 septembre à Bangui afin d’identifier les zones à risque et les mesures de préparation prioritaires à Bangui. Enfin, un survol aérien est planifié en coordination avec la MINUSCA pour évaluer le niveau du fleuve Oubangui en amont à la mi-octobre.

En ce qui concerne les travaux lourds de curage des canaux, nettoyage des marchés, sécurisation des canaux de drainage, la MINUSCA apporte un soutien technique en étroite coordination avec la Mairie de Bangui et OCHA.

Des sinistrés en besoin d’assistance

Les inondations enregistrées jusqu'ici ont affecté près de 22 000 personnes sur l'ensemble du territoire. Une première réponse humanitaire a été nécessaire pour venir en aide aux déplacés suite aux inondations observées à la fin du mois de septembre à la frontière entre le Tchad et la RCA. Des pluies diluviennes ont également endommagé deux sites de déplacés le 11 octobre à Birao dans le nord-est, en particulier les abris et ouvrages d’eau, hygiène et assainissement (EHA). Par ailleurs, certains besoins hérités des inondations de 2019 persistent, tandis que d’autres, nouveaux, se déclarent.

Alors que la plupart de personnes déplacées suite aux inondations d’octobre 2019 sont retournées chez elles, plus de 6 000 personnes sont toujours installées sur l’ensemble des sites de Bangui. Suite aux menaces permanentes des inondations sur les localités d’origine de certains sinistrés, le gouvernement envisage la relocalisation de certains d’entre eux. Par ailleurs, la plupart des 1 100 familles vivant le long de la rivière Bahr Aouk à Ngarba-Bord et à Am Ndjamena dans le nord de la RCA, Préfecture de la Bamingui-Bangoran à la frontière avec le Tchad, se sont déplacés en août et septembre vers les villages voisins suite aux inondations. La rivière est sortie de son lit suite aux pluies torrentielles qui se sont abattues sur la région, détruisant plusieurs habitations, infrastructures de base et cultures de la population. Plusieurs autres habitants de la région frontalière se seraient déplacés le long de l’axe Ngarba-Akoursoubak dans des conditions difficiles. Les besoins les plus criants sont en vivres, eau potable, soins, ainsi qu’en abris et en articles ménagères. Aussi, la sécurité est très précaire dans cette zone longtemps restée sans présence de l’Etat. On compterait parmi ces sinistrés des réfugiés tchadiens, des déplacés et rapatriés centrafricains.

Suite au premier vol de reconnaissance fait par OCHA, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies et l’ONG REACH le 23 septembre, les humanitaires identifient les moyens les plus efficaces pour assister les personnes affectées et acheminer une aide d’urgence supplémentaire dans cette région difficilement accessible, en considérant notamment les contraintes sécuritaires et logistiques. Une première distribution d’articles de première nécessité a été effectuée entre le 28 septembre et le 1er Octobre par les ONG Solidarités International et Première urgence internationale.

54 latrines, 40 abris et plus de 20 douches ont été endommagés sur les sites Yata et Aérodrome à Birao suite aux pluies diluviennes du 11 octobre. Le site Yata qui abrite plus de 1 400 déplacés est le plus affecté, notamment avec 52 latrines qui ne peuvent plus être utilisées. Le Cluster EHA conduit actuellement des consultations avec ses partenaires pour une réponse urgente, afin d’éviter notamment un déclenchement des maladies.

Des signes présagent des inondations à redouter en octobre

Des évaluations initiées en août et septembre par différents acteurs notamment le Ministère de l’action humanitaire et de la réconciliation nationale, la Direction générale de protection civile et des humanitaires ont constaté une montée significative des eaux des fleuves M’Poko et Oubangui à Bangui et Bimbo, commune voisine de la capitale. Ces eaux ont débordé sur les maisons aux alentours à une hauteur de 50 cm, obligeant les habitants à se déplacer vers des familles proches. Les canaux de drainage qui normalement évacuent les eaux vers le fleuve sont bouchés et ne sont pas entretenus à ce jour. En 2019, 3% de personnes déplacées l’étaient suite aux catastrophes naturelles.

Par ailleurs, les résultats du Forum de prévision climatique saisonnière en Afrique Centrale (PRESAC, 28-29 septembre 2020) sont alarmant quant aux prévisions pluviométriques dans le sud du Tchad et sur l’ensemble du territoire centrafricain.

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