Central African Republic

Rapport de situation
Contexte
Jacqueline est l’une des bénéficiaires du projet. Avec l’appui financier, elle fait la restauration en partenariat avec d’autres femmes membres du groupement Anissa. ©OCHA/Virginie Bero, Zémio, Préfecture du Haut-Mbomou, RCA, 2020.
Jacqueline est l’une des bénéficiaires du projet. Avec l’appui financier, elle fait la restauration en partenariat avec d’autres femmes membres du groupement Anissa. ©OCHA/Virginie Bero, Zémio, Préfecture du Haut-Mbomou, RCA, 2020.

Redonner une vie meilleure aux femmes à Zémio

Malgré une accalmie dans la Préfecture du Haut-Mbomou depuis le début de l’année 2020, la situation sécuritaire reste précaire avec des conséquences graves pour la population. Rien que pour les mois de juillet, août et septembre, 175 incidents de protection contre les civils ont été enregistrés dans deux villes de cette préfecture (Obo et Mboki), notamment des violences basées sur le genre et des restrictions à la liberté de mouvement. La population ne pouvant pas aller au-delà de 5 km pour vaquer à ses activités, de peur de se faire agresser par des éléments armés, se retrouve dans un état de vulnérabilité accentuée, malgré l’intervention des acteurs humanitaires présents dans cette localité.

Avec l’appui du Fonds humanitaire pour la République centrafricaine, les ONG International Rescue Committee (IRC) et l’Association des femmes pour la promotion de l'entreprenariat (AFPE) appuient les mécanismes de prévention de la violence et de la protection en faveur des personnes vulnérables, et renforcent leurs moyens d'assurer leurs besoins fondamentaux dans la Sous-préfecture de Zémio.

Rétablir la dignité

Doudou est arrivée sur un site d’accueil des personnes déplacées en 2019, avec ses enfants et son mari, fuyant les combats à Bambari. Ils ont tout perdu sur leur parcours. Un appui financier de 20 000 FCFA (40 dollars américains) de IRC leur a permis de retrouver à nouveau l’espoir. Avec cet argent, la femme âgée d’une trentaine d’années a lancé un petit commerce. Elle vend du café et des beignets, et fabrique du savon artisanal. « Avant, mon mari et moi sillonnions la ville de Zémio en quête de travail qui nous rapportait 500 FCFA (90 centimes américains) par jour. C’est avec cet argent que ma famille de sept personnes survivait. Aujourd’hui, je peux dire avec assurance que ma vie a changé grâce à l’appui que nous avons reçu. Je peux gagner l’argent pour nourrir ma famille et envoyer mes enfants à l’école », se réjouit Doudou.

L’ONG a également appuyé les femmes déplacées pour s’organiser en groupements et créer des associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC). Deux groupements ont ainsi été mis en place. Au sein de chaque groupement, 30 femmes s’entraident à travers des tontines. Pour lancer les associations, elles ont reçu une assistance financière de 330 000 FCFA soit 660 dollars américains.

Les femmes participent à des médiations et thérapies de couple qui visent à réduire les violences domestiques. Des femmes victimes de maltraitance de la part de leurs maris ont témoigné avoir observé des changements de comportement de leurs conjoints.

Femme autonome, femme protégée

D’une voix sanglotant, Nadine Mbolini*, mère célibataire de quatre enfants, témoigne avoir été reçue au centre d’écoute de l’AFPE à la suite des blessures que lui avait causées son ex-conjoint. « J’avais l’oreille gauche qui saignait, je ne pouvais pas entendre avec mon oreille droite à la suite du coup que j’avais reçu », a-t-elle expliqué. Une fois au centre d’écoute, Nadine a été référencée pour une prise en charge médicale à l’hôpital de Zémio appuyée par l’ONG ALIMA. En plus d’un appui sanitaire, elle a reçu des fonds pour commencer un petit commerce. Aujourd’hui, elle vend de la bouillie et des beignets.

De janvier à juillet 2020, le centre d’écoute de l’AFPE a reçu et pris en charge 333 survivantes de violences basées sur le genre. La plupart ont subi des violences physiques: 159 survivantes ont été référencées pour la prise en charge médicale. Parmi elles, 50 survivantes ont été retenues et organisées en groupements où elles ont bénéficié d’une formation et un appui en matériel pour générer des revenus et assurer une subsistance indépendante. Certaines ont ensuite ouvert des petits restaurants, d’autres font le petit commerce en vendant du savon qu’elles ont fabriqué artisanalement, ainsi que le petit élevage.

Même si les bénéficiaires ont témoigné leur satisfaction à la suite des différentes assistances reçues, des difficultés demeurent. L’insécurité reste la préoccupation majeure. L’acheminement des produits de première nécessité dans cette zone isolée au sud-est de la Centrafrique est très difficile et risquant, ce qui entraine la hausse des prix sur le marché local. En outre, la dégradation des routes rend difficile l’acheminement de l’aide humanitaires aux personnes affectées dans les villages autour de Zémio.

L’appui des ONG IRC et AFPE qui a débouché sur la mise en place des groupements de femmes a eu un impact positif sur la vie socioéconomique des personnes affectées à Zémio. Des femmes déplacées qui ont tout perdu ont retrouvé l’espoir d’une vie meilleure en contribuant à la survie de leurs ménages. Ces bénéficiaires ont retrouvé leur autonomie financière et renforcent leurs activités génératrices de revenus à travers des contributions financières au sein des groupements qu’elles versent chaque semaine.

*Nom d’emprunt pour la protection des victimes

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