Central African Republic

Rapport de situation
Contexte
L’ONG Médecins d'Afrique forme des agents de santé communautaires sur la prise en charge des patients COVID-19. ©Médecins d'Afrique. Sibut, Préfecture de la Kémo, 2020.
L’ONG Médecins d'Afrique forme des agents de santé communautaires sur la prise en charge des patients COVID-19. ©Médecins d'Afrique. Sibut, Préfecture de la Kémo, 2020.

Faire face à la COVID-19 dans l'une des plus graves crises humanitaires

Premier cas : 14 mars 2020

Nombres de cas : 4 911 (au 18 novembre 2020)

Nombre de décès : 63

Régions concernées : Les sept régions sanitaires du pays ont enregistré des cas. L'épicentre de la pandémie est la capitale Bangui, où vit, selon les estimations, 17% de la population (948 000 personnes).

Transmission : Le Ministère de la santé et de la population indique que le virus se propage principalement par transmission communautaire. Seul un décès sur cinq survient dans les hôpitaux, les autres au sein de la communauté. Compte tenu des capacités limitées en matière de tests, depuis juillet 2020 la stratégie de diagnostic du gouvernement limite les tests aux cas suspects et aux personnes à risque. Ainsi, la baisse observée des nouveaux cas confirmés devrait être interprétée avec prudence. À titre d'exemple, 33 914 personnes ont été testées au 18 novembre 2020 soit un taux de cas positifs d'environ 14,5%, ce qui est relativement élevé par rapport à d’autres pays. Près des trois quarts des cas positifs sont des hommes.

Ecoles : Les écoles ont commencé à rouvrir progressivement à la mi-juillet après avoir été fermées le 27 mars. Les cours pour les classes terminales se sont poursuivis en juillet, août et début septembre, tandis que toutes les autres classes ont repris le 19 octobre à la rentrée scolaire 2020-2021. Selon le cluster éducation, on estime que 1,4 million d'élèves ont été touchés par la fermeture de l'école. Il est à craindre que certains d'entre eux n’y retourneront jamais, ajoutant des difficultés supplémentaires au secteur de l'éducation déjà affaibli notamment par le manque d'enseignants qualifiés et d'infrastructures scolaires. En outre, des analyses effectuées à Bangui montrent une augmentation des violences sexuelles contre les enfants pendant la fermeture des écoles.

Frontières : L'aéroport de Bangui a repris les vols commerciaux le 13 juillet après sa fermeture fin mars. Les staff des organisations internationales et non gouvernementales ainsi que les diplomates arrivant par vols internationaux sont soumis à une quarantaine de 14 jours. Les frontières terrestres sont ouvertes et l'approvisionnement en marchandises arrivant principalement du Cameroun voisin est assuré, malgré des délais signalés.

Mesures de confinement : Le gouvernement a imposé la fermeture des bars et des boîtes de nuit, limité le nombre de personnes pour des rassemblements et imposé le port obligatoire de masques dans les espaces publics. Cependant, le pays est confronté à d'importants défis pour renforcer ces mesures dans la capitale Bangui, ainsi que dans les préfectures. Les lieux de culte ont rouvert après une fermeture temporaire.

Situation

Depuis que le premier cas de COVID-19 a été détecté en République centrafricaine (RCA) à la mi-mars, le Ministère de la santé et de la population a confirmé 4 911 cas positifs dont 63 décès (au 18 novembre 2020). Les sept régions sanitaires du pays ont rapporté des cas, la capitale Bangui étant la plus touchée par la pandémie.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la RCA est l'un des pays les moins préparés pour faire face à la COVID-19, avec 2,3 millions de personnes ayant déjà besoin d'une assistance sanitaire et environ 70% des services de santé fournis par les organisations humanitaires. Le système de santé, marqué par un manque chronique d'équipements, de médicaments essentiels, de personnel qualifié et des chaînes d'approvisionnement perturbées par la dégradation avancée d’infrastructures routières, était soumis à un stress extrême avant la pandémie et a été mis à rude épreuve pour prévenir, contenir et traiter la COVID-19.

Les stocks d'équipements de protection individuelle pour le personnel de santé couvrent moins d'un tiers des besoins estimés pour les prochains mois. Un stock très limité est disponible dans les districts éloignés de la capitale où l'accès est difficile. Seuls deux ventilateurs sont actuellement disponibles en RCA. Il n'y a que quatre centres de traitement COVID-19 à Bangui et sept centres pour traiter les cas légers et modérés, et pour assurer une quarantaine en dehors de la capitale. Cette situation est à la base de difficultés extrêmes pour le gouvernement et les organisations humanitaires dans la réponse à la pandémie et le maintien des services essentiels.

Les 641 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) sont parmi les plus menacées. Les risques de transmission sont particulièrement élevés dans les sites surpeuplés comme à Bria dans la préfecture de Haute-Kotto, où vivent 50 000 personnes.

Les facteurs aggravants sont l'accès limité à l'eau dans un pays où seul un habitant sur trois a accès à l’eau potable, le manque d'installations et d'infrastructures sanitaires et la présence faible et limitée des autorités nationales pour faire appliquer les mesures de confinement. La COVID-19 a également des impacts directs et indirects sur la sécurité alimentaire et la nutrition en RCA. Selon la dernière alerte du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), plus de la moitié de la population centrafricaine (2,36 millions) est en situation d'insécurité alimentaire aiguë (phase 3+). Certaines familles ont perdu leurs revenus alors qu'elles doivent faire face à une augmentation du coût de la vie liée à la pandémie. Les mesures barrières ont également des effets négatifs indirects, en limitant l'accès aux lieux où des ménages pauvres tirent généralement un revenu de leur travail quotidien ou en augmentant les coûts de transport. Les prix des produits alimentaires et non alimentaires ont de nouveau augmenté en juillet, atteignant leur niveau le plus élevé depuis le début de l'année. Une augmentation de 5% par rapport à juin a été enregistrée lors de la dernière analyse de marché.

Réponse

Les partenaires humanitaires, de développement et le gouvernement ont uni leurs efforts pour prévenir et répondre à la pandémie. Ils appuient notamment la décentralisation des activités de riposte au niveau des districts sanitaires. Le dépistage est désormais possible dans certaines régions grâce à la mise à disposition par le Fonds mondial de cartouches GeneXpert adaptées aux tests virologiques COVID-19 à Bouar (Nana-Mambéré), Berberati (Mambéré-Kadéï), Bambari (Ouaka) et Bangassou (Mbomou). Les formations des laborantins ont eu lieu dans ces localités avec l’appui de l’OMS et de l'Institut Pasteur de Bangui.

Avec le soutien de la communauté humanitaire et de la MINUSCA, deux centres de prise en charge de COVID-19 sont fonctionnels dans la ville de Bangui et sept centres d'isolement et de traitement des patients COVID-19 sont fonctionnels dans les régions de Bambari, Bria (Haute-Kotto), Bouar, Paoua (Ouham Pendé), Bimbo (Ombella M'Poko), Berberati et Bossangoa (Ouham), toutes des localités initialement priorisées pour la décentralisation. La réponse humanitaire est également en cours dans des districts sanitaires non inclus dans la liste des priorités initiales suite à l'évolution de la pandémie, tels que Bangassou, Ngaoundaye (Ouham Pendé), Bocaranga-Koui (Ouham Pendé), Bégoua (Ombella M'Poko), Baboua-Abba (Nana-Mambere), Gamboula (Mamberé-Kadéi), Kembé (Basse-Kotto), Kouango-Grimari (Ouaka) et Batangafo (Ouham). Dans le district sanitaire de Bégoua, l'ONG Médecins du Monde a construit des espaces d'isolement et de triage dans cinq centres de santé et collabore avec l’ONG Humanité et Inclusion pour former des agents de santé en soutien psychologique et santé mentale. Le consortium Première urgence internationale (PUI)-Action contre la faim (ACF)-Croix-rouge française (CRF) a également aménagé des espaces d’isolement des cas suspects de COVID-19 dans 14 formations sanitaires de la ville de Bangui. Par ailleurs, l’OMS a doté le Ministère de la santé et de la population de 26 concentrateurs d’oxygène, 7 700 kits de diagnostic PCR COVID-19 et d’équipements de protection individuelle acquis avec l’appui du Fonds central pour les interventions d’urgence des Nations Unies (CERF).

Le CERF à travers l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a également alloué en juillet 5 millions de dollars américains aux ONG International Rescue Committee (IRC), International Medical Corps (IMC), Alliance for International Medical Action (ALIMA) et Médecins d'Afrique (MDA) pour intensifier la réponse à la COVID-19 dans le Centre, l'Est et le Nord de la République centrafricaine, où les ONG sélectionnées mettent en œuvre des programmes de réponse d’urgence depuis plusieurs années. Ce financement permet de fournir progressivement une assistance à 220 000 personnes vulnérables, dont 87 000 personnes déplacées vivant dans des conditions sanitaires déplorables propices à la propagation du virus. Les fonds permettront la construction, la réhabilitation et l'équipement de 19 centres d'isolement et de traitement pour les patients COVID-19, tout en améliorant les mécanismes de surveillance épidémiologique. Le personnel médical sera recruté et les médicaments et fournitures seront acquis. En outre, des agents psychosociaux veilleront à ce que la santé mentale des patients et de leurs familles soit également prise en charge.

Les acteurs humanitaires mettent en places des dispositifs de lavage des mains sur les sites des personnes déplacées et dans les communautés d'accueil, forment des agents de santé et des relais communautaires, distribuent des kits d'hygiène et des équipements de protection pour répondre aux besoins des centres de santé. Des milliers de personnes ont été touchées par des campagnes de sensibilisation visant à prévenir les transmissions grâce aux organisations humanitaires.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé son soutien aux personnes vulnérables touchées par la COVID-19 à Bangui et dans ses environs, en apportant une aide en espèces d'une valeur de 532 000 dollars américains à 51 000 bénéficiaires. En outre, le PAM a apporté son soutien à 350 patients dans les hôpitaux en juillet.

Des partenariats innovants ont vu le jour pour assurer une réponse multisectorielle inclusive qui protège les personnes les plus vulnérables à la pandémie. Fin juillet, Médecins sans frontières (MSF) et le PAM ont ainsi signé un partenariat pour assister en vivres 1 245 personnes vivants avec le VIH/SIDA et leurs familles à Paoua. A Bouar et Baboua, le PAM et World Vision ont également modifié leurs critères de ciblage pour fournir un appui alimentaire aux personnes impactées par la COVID-19 ou des pathologies chroniques.

Dans la stratégie de décentralisation de la réponse COVID-19, le Ministère de la santé et de la population a introduit des mécanismes de surveillance à base communautaire. Un projet pilote de surveillance à base communautaire est mis en œuvre dans un arrondissement de Bangui à partir de juillet 2020 en partenariat avec la Croix-Rouge centrafricaine et la Direction générale de la protection civile. Les équipes de surveillance à base communautaire sont formées à travailler sur la sensibilisation aux mesures de prévention à la COVID-19, détecter et notifier des cas suspects et les décès au sein des communautés, suivre des cas simples et modérés, référer des cas graves et suivre des contacts des personnes infectées. La mise en place de la surveillance à base communautaire dans le reste du pays se base sur le système administratif et sanitaire existant. Les partenaires humanitaires sont impliqués dans la mise en place de cette stratégie à travers les réseaux des relais communautaires qu’ils soutiennent.

En juillet 2020, les Nations Unies et ses partenaires ont mis à jour le plan de réponse humanitaire, un appel de 152,8 millions de dollars américains pour répondre aux besoins sanitaires et non sanitaires les plus immédiats et critiques des millions de Centrafricains touchés par les conséquences de la COVID-19. Ainsi pour cette année, un total de 553,6 millions de dollars américains demeure requis pour la Centrafrique, dont 347,6 millions sont déjà mobilisés, soit près de 63%.

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