Central African Republic

Rapport de situation
Analyse
Une survivante des violences basées sur le genre participe à un groupe de discussion à Zémio, Préfecture du Haut-Mbomou. ©OCHA/Virginie Bero
Une survivante des violences basées sur le genre participe à un groupe de discussion à Zémio, Préfecture du Haut-Mbomou. ©OCHA/Virginie Bero

Les violences basées sur le genre : un fléau aux effets dévastateurs

Les violences basées sur le genre (VBG) ont récemment pris une ampleur inquiétante en République centrafricaine (RCA), notamment suite à la crise que traverse le pays depuis plusieurs années. Cette situation est également renforcée par des normes socioculturelles défavorables aux femmes et aux filles, et ce malgré l’existence de politiques et de textes normatifs en la matière[1]. Depuis la fin décembre 2020, des nouvelles dynamiques du conflit ont exacerbé la situation humanitaire et l’environnement protecteur, notamment en entrainant le plus grand nombre de personnes déplacées jamais enregistré depuis 2015 : 722 000 personnes au 30 octobre 2021. En plus, le pays n’a jamais enregistré autant de personnes en besoin d’assistance humanitaire et de protection : 3,1 million de personnes, dont 2,1 avec des besoins si sévères que leur bien-être physique et mental est constamment en danger. Si les déplacés et réfugiés sont souvent les faces les plus visibles de la crise en RCA, les VBG, en particulier les violences sexuelles ont récemment pris une ampleur inquiétante.

Une augmentation du phénomène

Selon les statistiques du système de gestion de l’information sur les VBG (GBVIMS) dont les 8 membres ne collectent les données qu’au niveau de leurs services opérationnels dans 29 des 73 sous-préfectures du pays, 6 336 cas de VBG ont été enregistrés entre janvier et juillet, soit une augmentation de 58% par rapport à la même période en 2020. Un quart de ces VBG étaient des violences sexuelles.  Et la tendance demeure inquiétante pour ce type de VBG avec des victimes de plus en plus jeunes. 43% des 360 nouveaux survivants des violences sexuelles traités en octobre dernier par trois structures sanitaires de Bangui étaient des enfants âgés entre 4 et 14 ans, très majoritairement des filles. La moitié de ces survivants provenaient des localités hors de Bangui, notamment dû à l’absence des structures adéquates à l’intérieur du pays. Déjà, les violences sexuelles enregistrées au premier trimestre 2021 avaient été multipliées par cinq comparé au dernier trimestre 2020, tandis que la proportion de celles présumément commises par des hommes armés était passée de 7 à 23%. L’intensification du conflit à la fin de l’année 2020 a fortement fragilisé la protection des civils, tandis que l’environnement sécuritaire connait des nouvelles dynamiques, augmentant et changeant dans une certaine mesure la nature des menaces pour les civils. Les violences sexuelles sont considérées comme le principal risque pour la sécurité des femmes et des filles, en particulier pour les déplacés.  Entre janvier et août 2021, le groupe de travail sur les arrangements de suivi, d'analyse et de communication de l'information sur les violences sexuelles liées au conflit (MARA) a documenté 336 cas de violences sexuelles liées au conflit, dont une grande majorité de viols.

Survivre à des multiples peines

Les VBG, en particulier les violences sexuelles, engendrent des souffrances multiples pour les survivants qui demeurent dans leur très grande majorité des femmes et des filles. En plus du dommage leur causé par l’acte lui-même, les survivantes doivent faire face à la stigmatisation souvent renforcée par des normes socioculturelles défavorables, le sentiment de culpabilité/honte et ses conséquences notamment sur les moyens de subsistance. Plusieurs des victimes des violences sexuelles ont soit peur soit honte de revenir travailler au champ ou vaquer à d’autres activités qui leur permettaient de vivre ou de faire vivre la famille, ce qui les plonge dans la pauvreté. L’accès à la justice souffre également d’une part du choix pour les victimes d’affronter la stigmatisation, et d’autre part de ne pas voir la procédure aboutir faute de confiance dans le pouvoir judiciaire, sa faiblesse en ressources et expertise nécessaires, ou sa faible présence en particulier à l’intérieur du pays.

Renforcer la réponse holistique

En même temps que les survivantes des VBG, particulièrement des violences sexuelles ont des violences physiques à soigner, la souffrance qu’engendre socialement et mentalement ce fléau nécessite plusieurs aspects de la réponse notamment psychosocial, socioéconomique et juridique. Si des structures mises en place par les humanitaires à Bangui comportent l’ensemble de ces aspects, ce n’est pas encore le cas à l’intérieur du pays. Dans ce contexte, et en ligne avec les priorités identifiées au sein du Groupe Stratégique sur les VBG, la Coordonnatrice Humanitaire pour la RCA a alloué en août une enveloppe spéciale de 4 millions de dollars américains du Fonds Humanitaire, en vue de répondre aux besoins humanitaires non couverts et de mettre à l’échelle une réponse dans les zones les plus affectées par les VBG. Outre les activités de sensibilisation et de mise en place des services médicaux, psychosociaux et socioéconomiques habituels de prise en charge des survivantes des VBG, cette enveloppe spéciale comprend exceptionnellement l’appui juridique. Entre janvier et septembre 2021, les acteurs humanitaires ont soutenu près de 1 700 survivantes de VBG avec des activités génératrices de revenus, 6 300 survivants avec des services de soutien psychosocial, 1 450 en assistance juridique, 1 570 en assistance médicale et 1 320 en hébergement. Plus de 1,15 million de personnes ont besoin d’assistance suite aux VBG qu’elles ont subies.

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[1] Plan d’action opérationnel de la stratégie nationale de lutte contre les VBG, 2019 assorti de sa Stratégie nationale de lutte contre les VBG, le mariage d’enfants et les MGF en RCA (2019-2023). Politique nationale de promotion de l’égalité et de l’équité du genre (2ème génération), 2020.

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