Central African Republic

Rapport de situation
Réponse d'urgence
Des personnes totalement en détresse après avoir fui à Ippy
Le personnel de l'hôpital d'Ippy reçoit des médicaments des partenaires humanitaires après que l'afflux massif de personnes déplacées ait entraîné une pénurie importante. ©OCHA/A.Cadonau, Ippy, préfecture de Ouaka, RCA.

Des personnes totalement en détresse après avoir fui à Ippy

La situation de la population d’Ippy, une sous-préfecture située au centre de la République centrafricaine (RCA) longtemps réputée pour son insécurité, s'est à nouveau considérablement détériorée ces derniers mois.

Les affrontements armés cycliques ont provoqué le déplacement de plus de 4 800 personnes des zones environnantes vers la ville d'Ippy depuis début janvier, en plus des 12 000 personnes déplacées internes (PDI) qui y sont arrivées bien avant. Chaque jour, de nouvelles personnes arrivent, apeurées et désespérées avec comme seuls bagages, les vêtements qu’elles portent. Une charge énorme pour une ville dont la population est estimée à 50 000 habitants et dont les infrastructures d'approvisionnement en eau, d’éducation et de soins de santé ne peuvent subvenir aux besoins d'une partie de la population, même avant cette crise actuelle.

Les huttes en paille pour servir d’abri à ces DPI poussent comme des champignons à Ippy. De simples constructions de branches recouvertes de paille ramassée dans les environs protègent les personnes déplacées nouvellement arrivées du soleil et du froid la nuit et leur donnent le sentiment d'avoir un toit sur la tête, un peu de réconfort dans un monde qui s'effondre ; Pour beaucoup, ce n'est pas la première fois. Ils savent que ces huttes ne tiendront pas longtemps lorsque la saison des pluies arrivera dans quelques semaines.

Ceux qui ont fui ont été témoins d'affrontements armés, d'exactions, de pillages et de représailles - pris entre les parties en conflit. Des villages entiers ont été détruits, les droits de l'homme et le droit international humanitaire gravement violés. D'autres personnes ont fui préventivement, craignant pour leur vie.  

Aggravation d'une situation humanitaire déjà précaire

Les besoins de la population en détresse sont énormes. Les personnes déplacées ainsi que les familles d'accueil manquent de produits de première nécessité pour survivre : les gens n'ont plus accès aux champs à cause de l'insécurité, le marché est vide, les maladies sévissent, les soins de santé et l’école ne sont pas accessibles et les gens ont peur.

Les derniers cycles de violence interviennent dans un contexte déjà précaire : 40 000 personnes ont besoin d'assistance et de protection dans la sous-préfecture [lien HNO 2022], un nombre qui a fortement augmenté ces derniers mois. Ippy est l'une des 20 sous-préfectures (sur 72) les plus touchées par l'insécurité alimentaire classées en phase d'urgence de l'insécurité alimentaire (phase 4 du IPC). Une récente enquête nationale sur la sécurité alimentaire indique que plus de 80 % de la population ne mange pas à sa faim. Dans le même temps, le panier minimum de produits alimentaires et non alimentaires considérés comme nécessaires à la survie est de 87 000 FCFA (145 dollar américain), soit près de 50 % plus cher que la moyenne nationale, alors que plus de 94 % des ménages déclarent gagner moins de 50 000 FCFA (86 dollar américain) par mois. Le calcul de la survie ne tient pas la route.

La peur dans leurs yeux

On peut encore lire la peur dans les yeux de ceux qui ont récemment fui vers la ville d'Ippy. À l'hôpital d'Ippy, les souvenirs effrayants de ce que Tatiana et Guillaume ont vécu se mêlent à la peur pour leur fille. Les jeunes parents cherchent un traitement pour leur enfant d'un an qui souffre de paludisme et d'une anémie associée. Depuis qu'ils ont fui, à pied, leur village situé à 30 km, il y a quinze jours, ils dorment sur à-même-le-sol, nus sous une tente de paille avec leurs trois enfants et d'autres familles déplacées ; exposés aux moustiques et au froid de la nuit, et équipés seulement d'une couverture et d'une natte pour toute la famille. "Ce n'était qu'une question de temps avant que le premier enfant ne tombe malade. Et c'est la dernière chose dont nous avons besoin maintenant", dit le jeune père d'une voix qui démontre à quel point il doit être fatigué. Sans argent en poche, l'achat de matériel simple comme une poche de transfusion sanguine pour leur fille semble un problème incontournable, et la peur s’accentue. Le personnel de l'hôpital se rend compte de la gravité de la situation et couvre les frais. Mais combien de temps pourra-t-il le faire alors que des milliers de patients sont désespérés ? Guillaume se rend au laboratoire pour voir s'il peut sauver sa fille avec son sang. L'anémie sévère est répandue et des kits d'urgence pour les transfusions sanguines sont nécessaires de toute urgence, ainsi que du matériel pour les césariennes et des incubateurs pour les bébés prématurés.

Dans le bâtiment adjacent de l'hôpital d’Ippy, Arsène est assis sur un lit d'hôpital nu, des perles de sueur sur le front à côté du grand bandage qui couvre l'endroit où il a été frappé par une machette. "L'attaque m'a surpris alors que je chassais dans la forêt. Je ne serais probablement pas ici aujourd'hui si quelqu'un ne m'avait pas emmené à vélo sur les 10 km qui me séparaient d'Ippy", dit le jeune homme en regardant pensivement le mur de béton.

L'hôpital d'Ippy est en pleine activité. Un jeune patient est transporté sur un brancard. La salle d'attente devant la clinique pédiatrique est bondée. Des bébés à peine nés souffrent déjà de diarrhée, leur vie ne tient qu'à un fil. Le personnel de l'hôpital travaille jour et nuit pour faire face à l'affluence massive que connaît le principal établissement de santé d'Ippy depuis des semaines.

À Yetouman, un campement spontané qui a vu le jour ces dernières semaines et qui abrite 700 familles des villages environnants, Marie Noëlla et ses six enfants comptent entièrement sur la solidarité des autres pour se nourrir. Les provisions à base de manioc qu’ils avaient pu emporter ont été rapidement consommés après leur arrivée à Ippy deux semaines plus tôt. Les personnes déplacées partagent le peu de nourriture qu'elles ont entre elles. Mais combien de temps cela sera-t-il possible, car les stocks s'épuisent lentement mais sûrement ?

Renforcer l'aide d'urgence

La Coordonnatrice humanitaire en RCA a tiré la sonnette d'alarme après une mission d'évaluation inter-agences à Ippy le 3 février 2022. Immédiatement, les organisations humanitaires ont activé la réponse d'urgence. Des intrants nutritionnels sont arrivés le 3 février pour soigner et prévenir la malnutrition des plus vulnérables - enfants et mères. Quelque 1,3 tonnes de médicaments ont été acheminés par hélicoptère le 9 février après qu'une pénurie majeure ait été signalée à l'hôpital. Des intrants basiques telles que les antibiotiques n'étaient plus disponibles en raison du nombre croissant de patients.

Des denrées alimentaires et d'autres produits de première nécessité sont arrivés à Ippy par la route le 9 février et leur distribution a commencé immédiatement. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a distribué de la nourriture à 15 000 personnes, notamment aux personnes déplacées nouvellement arrivées. L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a distribué des bâches, des nattes, des ustensiles de cuisine, du savon, des seaux et des lampes solaires à 400 familles. L'ONG ACTED va distribuer avec d'autres articles de secours aux familles nouvellement arrivées, qui n'ont encore rien reçu, alors qu'ACTED a déjà aidé 1 186 familles en fin janvier. ACTED a réhabilité deux forages et construit 24 latrines d'urgence, notamment sur le site de Yetouman ; la réhabilitation d'une source d’eau et l'aménagement d'un puits vont suivre.

Les enfants font l'objet d'une attention particulière de la part de l'ONG Espérance et de l'UNICEF. Ils apportent un soutien psychosocial à 508 enfants déplacés pour qu'ils surmontent ce qu'ils ont vécu, prennent en charge une dizaine d'enfants séparés de leur famille pendant la fuite, notamment en les plaçant dans des familles d'accueil et veillent à ce que les droits des enfants soient respectés et agissent, s'ils sont violés. Pour maintenir les enfants à l'école, l'UNICEF et ses partenaires mettent en place des classes d'urgence sous des tentes pour près de 1 000 enfants déplacés, mobilisent des enseignants parmi les déplacés et fournissent du matériel scolaire de base.

L'UNICEF et l'ONG COHEB soutiennent la thérapie nutritionnelle et les traitements médicaux à l'hôpital d’Ippy. Quelque 225 enfants souffrant de malnutrition sévère ont déjà été pris en charge entre début janvier et début février, sauvant ainsi des vies. Des cliniques mobiles s'occupent des petits enfants, des femmes enceintes, des jeunes mères et des urgences sur les sites de personnes déplacées. Le personnel médical de COHEB travaille aux côtés du personnel de santé gouvernemental à l'hôpital d'Ippy, apportant une expertise et une main-d'œuvre supplémentaires.

La mission de maintien de la paix (MINUSCA) renforce les patrouilles sur les principaux axes environnants et renforce les capacités des Forces Armées et de la Gendarmerie pour protéger les civils. En outre, les casques bleus réhabiliteront des forages en dehors de la ville.

Un engagement fort et continu

Le Plan de réponse humanitaire pour la RCA nécessite 461,3 millions de dollars en 2022 pour aider 2 millions de personnes dont la survie est menacée. Les donateurs de la RCA restent engagés auprès de la population centrafricaine. "Grâce au partenariat de longue date avec l'Union européenne et la Suisse, dont les représentants se sont rendus à Ippy avec moi pour constater de visu l'impact de la récente crise, et au financement flexible qu'ils fournissent, OCHA et les partenaires sont en mesure de faire tout ce qu'il faut pour aider les personnes les plus vulnérables", a déclaré la Coordinatrice humanitaire, Denise Brown. Grâce à la générosité des donateurs et à la forte mobilisation des acteurs humanitaires, 1,8 million de personnes vulnérables ont reçu une assistance multisectorielle vitale en 2021.

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