Central African Republic

Rapport de situation
Analyse
Des femmes et des enfants font des achats dans un marché local à Bambari. La situation de la sécurité alimentaire des populations de Bambari et du reste de la préfecture de Ouaka est préoccupante et considérée en phase de crise, voire d'urgence.   ©OCHA/Siegfried Modola, Bambari, Préfecture de la Ouaka, RCA.
Des femmes et des enfants font des achats dans un marché local à Bambari. La situation de la sécurité alimentaire des populations de Bambari et du reste de la préfecture de la Ouaka est préoccupante et considérée en phase de crise, voire d'urgence. ©OCHA/Siegfried Modola, Bambari, Préfecture de la Ouaka, RCA.

RCA : Une insécurité alimentaire aux dimensions catastrophiques

La République centrafricaine (RCA) est un pays fertile. Il pleut abondamment, le sol est riche et une variété de cultures, de fruits et de légumes poussent presque toute l'année. Malgré cette apparente abondance, une personne sur deux ne mange pas à sa faim. La raison en est le conflit qui s'est à nouveau intensifié depuis le début de l'année. Le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays n'a jamais été aussi élevé depuis 2014, atteignant désormais 658 000 personnes, et largement plus au cours des mois précédents. Les populations vivent dans la peur des attaques et des exactions des groupes armés, ce qui limite leur mobilité et leur accès aux champs et aux forêts pour cultiver, cueillir et chasser. Cet environnement dangereux limite l’accès des organisations humanitaires aux personnes dans le besoin. L'une des conséquences est la détérioration continue de la sécurité alimentaire depuis l'année dernière.

Un tableau sombre

Les indicateurs relatifs à la nutrition et à la sécurité alimentaire pour la période de soudure qui court d'avril à août seront certainement sombres. Le faible accès aux intrants agricoles et l'impact des conflits sur les moyens de subsistance ont réduit les surfaces cultivées et affecté le stock alimentaire des ménages. En avril, la RCA a signalé l’une des plus grandes proportions de population en situation d'insécurité alimentaire critique dans le monde, aux côtés du Yémen, du Sud Soudan et de l’Afghanistan : près de 50% de la population (2,2 millions de personnes) n’a pas assez à manger et ne sait pas d’où viendrait son prochain repas. La situation est particulièrement préoccupante dans les sous-préfectures de Bakouma, Koui, Ngaoundaye, Obo et Zémio où la proportion de personnes affectées se situe entre 65 et 75%. En Afrique de l'Ouest et du Centre, la RCA est le deuxième pays avec le plus grand nombre de personnes en situation d'urgence après le Nigeria, soit 638 000 personnes au bord de la famine selon les récents résultats du Cadre intégré de classification de l'insécurité alimentaire (IPC).

Les perturbations récentes de la chaîne d’approvisionnement impulsées par la pandémie de COVID-19 ont contribué à une augmentation des prix des denrées alimentaires qui étaient déjà élevés en Centrafrique. En plus, des nouvelles dynamiques issues du conflit en Ukraine exacerbent progressivement la situation en termes de perturbation de la chaîne d’approvisionnement, entraînant des hausses de prix des denrées de première nécessité, mais augmentant également les coûts du panier alimentaire par personne assistée et ceux liés aux activités de production agricole. D’ici août, les prix de certaines denrées principalement consommées en RCA devraient augmenter de 30 à plus de 70%. Pourtant en 2020, 71% de centrafricains vivaient déjà sous le seuil de pauvreté (1,9$ américains par jour) et dépendent actuellement des marchés locaux qui sont déjà sous pression. La pénurie actuelle en carburant dans le pays constitue un poids supplémentaire sur les ménages et perturbe significativement les opérations humanitaires. Dans certaines régions, les organisations humanitaires ont été obligées de réduire à l’essentiel leurs mouvements.

Un appel urgent

Les différentes perturbations de la chaine d’approvisionnement ont provoqué la hausse de 19% du budget planifié par le Cluster Sécurité alimentaire qui réunit les acteurs humanitaires travaillant dans ce secteur. Au début de cette année, le Cluster planifiait d’assister environ 2 millions de personnes les plus sévèrement affectées par l’insécurité alimentaire pour un budget total de 163,4 millions de dollars américains. Actuellement, c’est 31,4 millions de dollars supplémentaires qu’ils devront mobiliser, soit un total de près de 195 millions de dollars.

La Coordonnatrice humanitaire avait alloué 8 millions de dollars américains du Fonds Humanitaire en février 2022 pour couvrir les besoins les plus urgents de 261 000 personnes dans 10 sous-préfectures les plus sévèrement affectées à la fois par l’insécurité alimentaire et le conflit. Mais cet appui n’est toujours pas suffisant au regard de l’ampleur de la situation. Si la réponse humanitaire ne s'intensifie pas immédiatement, plus de 2 millions de personnes verront leur situation alimentaire se dégrader profondément ; parmi elles, 638 000 personnes sont déjà en phase d'urgence, dernier pallier avant la famine.

La fin du conflit n'étant pas en vue, la grande majorité de personnes touchées par la crise continueront à dépendre de l'aide humanitaire dans les mois à venir. Seulement 38% du Plan de réponse humanitaire 2022 du pays est actuellement financé. Le manque de ressources face à l'explosion des besoins de la population, couplé aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement a déjà contraint le Programme alimentaire mondial (PAM) et les partenaires à réduire de moitié la ration alimentaire mensuelle qu’elle distribue.

La malnutrition des enfants et l’insécurité alimentaire

En février, 214 000 enfants de moins de 5 ans étaient à risque de malnutrition aiguë, dans un pays où le taux de mortalité pour cette tranche d’âge est le troisième le plus élevé au monde. Le risque est particulièrement élevé pour les enfants déplacés et ceux qui se trouvent dans les zones touchées par le conflit, où l'accès à la nourriture, à l'eau potable, aux soins de santé et aux services de nutrition a été sévèrement restreint et où les prix des aliments ont explosé. A travers le pays, 395 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, 40% de tous les enfants de cette tranche d'âge – un taux considérablement supérieur au seuil d'urgence de 30%. Une nutrition inadéquate sur une longue période perturbe leur croissance. La malnutrition aiguë représente un problème majeur de santé publique et constitue l'une des principales causes de morbidité et de mortalité chez les jeunes enfants.

L’assistance fournie

Au cours du premier trimestre 2022, 277 750 personnes ont reçu une assistance alimentaire et nutritionnelle vitale de la part des partenaires humanitaires. Mais l'accès humanitaire reste très restreint, voire impossible, dans plusieurs localités des préfectures de Ouham-Pendé, du Haut-Mbomou, de la Basse-Kotto et de la Ouaka.

En juin 2021, la Banque mondiale a approuvé pour trois ans une subvention de 50 millions de dollars US pour stimuler la production alimentaire et renforcer la résilience des éleveurs et d’autres ménages en situation d'insécurité alimentaire. Ce financement apportera un soutien indispensable à plus de 465 000 personnes en situation d'insécurité alimentaire par le biais d'activités de travail contre rémunération, tout en réhabilitant les infrastructures agricoles à petite échelle dans six préfectures de l'ouest, du centre du pays et dans la capitale Bangui.

Investir dans des solutions durables

Les partenaires humanitaires investissent également dans des solutions durables pour la prévention et la gestion de la malnutrition, notamment la promotion d'aliments nutritifs, de bonnes pratiques alimentaires pour les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes et allaitantes, et une réponse multisectorielle liée à la fourniture de services sociaux de base de qualité, notamment l'eau, l'assainissement et l'hygiène, les soins de santé et la protection.

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