Central African Republic

Rapport de situation
Analyse
Cérémonie de rentrée de la rentrée scolaire 2020-2021
Des élèves participent à la cérémonie de rentrée scolaire, ©UNICEF/Valérie Sonlo, Bouar, Préfecture de la Nana-Mambéré, RCA, 2020

Une rentrée scolaire pas comme les autres

Après presque sept mois, les élèves ont retrouvé le chemin de l’école le 19 octobre sur toute l'étendue de la République centrafricaine (RCA) pour le début de l’année scolaire 2020-2021. Les écoles ont été fermées au niveau national depuis le 27 mars afin de contenir la propagation de la COVID-19. Seuls les cours pour les classes d’examens – trois sur 12 classes se sont poursuivis en juillet, août et septembre, tandis que les élèves des autres classes sont restés à la maison jusqu’en octobre.

Reprendre une certaine normalité

Pour la plupart d’enfants, le 19 octobre était le jour qu'ils attendaient depuis longtemps. La routine scolaire a ramené un peu de normalité dans la vie de ces enfants qui, déjà affectés par des années de conflit armé dans le pays, doivent faire face à une autre crise avec l'arrivée de la pandémie de COVID-19.

Si le bilan du Ministère de l’Enseignement Primaire et Secondaire (MEPS) pour la capitale Bangui a été positif, cette rentrée scolaire a été timide dans d'autres régions, notamment dans la préfecture de la Vakaga à l'extrême nord, dans le Haut-Mbomou au sud-est et une partie de l'Ouham et de l'Ouham Pendé à l'ouest. L'insécurité qui règne dans ces régions a entraîné le déplacement de nombreux enseignants, la destruction des infrastructures scolaires et, par peur, les enfants n'osent plus quitter la maison.

L’école comme moyen de protection

Selon le Cluster Education, un cadre de coordination sectorielle animé par la communauté humanitaire, on estime que près de 1,4 million d'enfants centrafricains, tous cycles confondus, ont été touchés par la fermeture des écoles liées à la COVID-19. Il est à craindre que certains d'entre eux n’y retourneront jamais, dans un pays où seulement 49% d’enfants achèvent le cycle primaire. Les enfants se sont vus privés de leur accès à l’éducation dans un contexte où le système éducatif présente peu d’opportunités, voir aucune, d’éducation à distance de qualité pour assurer la continuité de l’apprentissage dans le contexte de la COVID-19. Seulement 4% de la population a accès à internet. Les écoles constituent également un moyen de protection pour les enfants et jeunes centrafricains, en particulier dans un pays ravagé par les conflits et la violence. La fermeture des écoles a aggravé l’exposition de ces derniers à diverses formes d’abus, dont l’exploitation économique des enfants dans les ménages, ainsi que le recrutement et l’utilisation dans les forces et groupes armés. Les filles quant à elles ont davantage été victimes de violences sexuelles, selon les différents rapports des partenaires sur le terrain.

Il reste encore du chemin à parcourir

Au niveau national, 9% des enfants inscrits au début de l'année scolaire 2019-2020 l’ont abandonnée en cours d'année, selon l’Etude nationale multisectorielle des besoins 2020, réalisée par REACH Initiative. Les raisons sont multiples et incluent notamment la perte de revenus familiaux due au déplacement forcé. En conséquence, les parents ne sont plus en mesure de payer les frais de scolarité et les fournitures scolaires. Parmi les autres facteurs à l'origine du taux d'abandon scolaire on compte le manque d'enseignants qualifiés, le mauvais état des infrastructures scolaires, l'insécurité dans une grande partie du pays, ainsi que le manque de toilettes à l'école – particulièrement important pour les adolescentes. L'estimation du taux d'abandon scolaire de 9% est basée sur la situation avant la pandémie de COVID-19. Au cours de la pandémie, de plus en plus d’enfants et des jeunes se sont tournés vers des activités génératrices de revenus, par exemple, comme vendeurs ambulants, ou aides domestiques. Le risque est grand que la plupart de ces enfants ne retourneront pas à l'école, en particulier ceux des familles où même la plus petite contribution au revenu est nécessaire pour la survie. Les mois à venir montreront combien d'enfants auront abandonné l'école à la suite de la pandémie de COVID-19.

Les filles seront probablement touchées de manière disproportionnée par les abandons scolaires liés à la COVID-19. Ceci était déjà le cas avant la pandémie. Alors que 75% des garçons passent du primaire au collège, cela ne concerne que 65% des filles. Plusieurs facteurs sont responsables de cette disparité entre les sexes, notamment les rôles traditionnels qui voient les filles dans le ménage plutôt qu'à l'école, l'ignorance des lois favorisant l'égalité de l'accès à l'éducation, le manque d'enseignantes qui servent de modèles, la violence à l'école ou sur le chemin de l'école, et les mariages et grossesses précoces.

Soutenir la rentrée

Le Cluster Education en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) prend plusieurs mesures pour aider le gouvernement à faciliter la rentrée et à motiver les élèves à retourner en classe. Le Cluster Education compte introduire un transfert monétaire en éducation dans les prochains mois en faveur des enfants les plus vulnérables et exposés au risque d’abandon scolaire. Un soutien financier incitera les familles à maintenir leurs enfants à l'école et couvrira une partie des dépenses.

Dans le cadre de l’allocation du Fonds humanitaire de la RCA (FH RCA), le Cluster Education compte prioriser la réouverture des écoles non fonctionnelles à travers la mise en œuvre d’un paquet minimum d’activités dont la construction des espaces temporaires d’apprentissage et de protection de l’enfance, l’identification, la formation et la motivation des maîtres-parents ainsi que les distributions des fournitures scolaires et pédagogiques aux élèves et à leurs enseignants.

Grâce au FH RCA, l’ONG Intersos a pu appuyer 250 enfants finalistes du primaire à passer les examens dans la Vakaga, ce qui leur permet de commencer le collège. L'insécurité croissante dans cette préfecture à l'extrême nord a provoqué le départ d’autant d'enseignants que même les classes d’examens ne pouvaient pas être tenues – comme ailleurs dans le pays – sans l’appui de la communauté humanitaire.

Rentrer en respectant les mesures sanitaires

Face à la menace que continue de présenter la COVID-19, la communauté humanitaire a également soutenu le MEPS à préparer une rentrée en toute sécurité. Avec le financement du Partenariat mondial pour l’éducation géré par l’UNICEF, des dispositifs de lavage des mains, des savons et d’autres matériels similaires ont été achetés et remis au MEPS pour les acheminer et distribuer dans les écoles à travers le pays. Les humanitaires ont également appuyé le secteur avec des distributions de masques aux élèves et aux enseignants. Les Clusters Education et Eau, hygiène et assainissement ont aidé le MEPS à développer un protocole définissant les standards d'hygiène à respecter dans les écoles pour contenir la pandémie de COVID-19.

Toutefois, malgré ces efforts considérables, les écoles en RCA ne sont malheureusement pas en mesure de répondre efficacement aux exigences de la pandémie. Dans le contexte actuel, où de nombreuses écoles sont délabrées et où le ratio élève-maitre est de 1:113, le respect de la distanciation physique pendant les cours est pour le moins difficile. Le respect des gestes barrières impliquerait la construction de centaines de nouvelles salles de classe, le recrutement et la formation de milliers d'enseignants.

Les moins chanceux

Les élèves qui ont le moins de chance sont ceux dont l'école a fermé pour d'autres raisons que la COVID-19. Les données du MEPS révèlent que près de 300 des 3 500 écoles dans le pays sont actuellement fermées en raison des déplacements forcés de population, du manque d'enseignants, des attaques, l'occupation d'écoles ou la présence de points de contrôle des groupes armés qui entravent l'accès aux écoles. Il est peu probable que ces élèves retourneront à l'école dans un avenir proche.

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