Tchad

Rapport de situation

Faits saillants (Il y a 35 jours)

  • La reprise des violences perturbe les moyens d'existence et fait payer un lourd tribut aux communautés locales dans la province du Lac.
  • Selon les résultats officiels du Cadre Harmonisé, près de 3,9 millions de personnes souffriront d'insécurité alimentaire et de malnutrition entre juin et août 2019.
  • L'épidémie de rougeole au Tchad, déclarée le 30 mai 2018, continue de se propager.
  • L'OIM, le HCR, le Gouvernement tchadien et la Croix-Rouge tchadienne ont mis en place un projet de suivi des migrations mixtes.
Personnes déplacées internes à Yakou
Crédit: OCHA/A. Zusanné. 20 décembre 2018, Yakou, Province du Lac. Personnes déplacées (principalement des femmes et des enfants) attendant le début d’une distribution d’articles ménagers essentiels (AME).

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Tchad

Rapport de situation

Chiffres clés

4,3M
Personnes dans le besoin
2M
Personnes ciblées
3,9M
Personnes en insécurité alimentaire
350k
Enfants souffrants de MAS
461k
Réfugiés
133k
Déplacés internes (évaluations en cours)
81k
Retournés
$140,9M
Financement requis pour le Lac
$20,8M
Financement reçu pour le Lac

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Tchad

Rapport de situation

Financement (2019)

$476.6M
Requis
$129.7M
Reçu
27%
Progrès
FTS

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Contacts

Naomi Frérotte

Chargée de l'Information Publique

Augustin Zusanné

Analyste à l'Information Publique

Emmanuelle Schneider

Desk Officer

Tchad

Rapport de situation
Analyse (Il y a 35 jours)
Personnes déplacées internes à Yakou
Crédit: OCHA/A. Zusanné. 20 décembre 2018, Yakou, Province du Lac. Personnes déplacées (principalement des femmes et des enfants) attendant le début d’une distribution d’articles ménagers essentiels (AME).

Augmentation de l'insécurité et des déplacements dans la province du Lac

La récente recrudescence des attaques armées et de l'insécurité dans le bassin du Lac Tchad a poussé des milliers de civils à chercher refuge dans la province occidentale du Lac Tchad. La reprise des violences perturbe également les moyens de subsistance et fait payer un lourd tribut aux communautés locales, en particulier autour de Ngouboua, Tchoukoutalia et dans les zones insulaires à la frontière avec le Nigeria. Depuis le début de l'année, près de 40 000 personnes se seraient déplacées dans la province, dont des réfugiés en provenance du Nigéria, des retournés du Niger et de nouveaux déplacements de communautés déjà déplacées à la recherche de sécurité et d'assistance.

Recrudescence des attaques violentes visant des civils

Depuis le début des opérations militaires conjointes au Nigéria, les incursions présumées de groupes armés sont récurrentes au Tchad, où plusieurs attaques attribuées à des groupes armés non étatiques ont entraîné des cas d’enlèvement, de meurtre et de vol. Le 22 mai, deux attaques distinctes perpétrées par des hommes armés ont été signalées, au nord-ouest de Diamerom et près de Tchoukoutalia, tuant six personnes et entraînant l'enlèvement de plus d'une cinquantaine d'autres, dont des femmes. Le 16 mai, un groupe armé a également attaqué le village de Selia, situé à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Bol, tuant 13 personnes, prenant des personnes en otage et incendiant plusieurs maisons, ce qui en fait la plus grande attaque contre des civils en 2019. Ces attaques, incursions et enlèvements de femmes ont accru le sentiment d'insécurité au sein de la population en général.

Les déplacements internes augmentent à cause des affrontements et de l'insécurité

Une série de mouvements de population a été signalée au cours des derniers mois, en particulier de personnes fuyant les îles et cherchant refuge sur la terre ferme. Des affrontements récents, fin mai, entre des membres présumés d'un groupe armé non étatique et l’armée nationale ont également entraîné le déplacement de centaines de personnes qui auraient trouvé refuge à Magar, sur la route vers Baga Sola. On estime qu'environ 2 000 personnes ont fui l'île de Fitiné après une attaque les 4 et 5 mai et ont trouvé refuge à Kaya, Yakoua et Koudouboul, situés à environ 12 km au sud du Bol. Alors qu'une mission d'évaluation multisectorielle était prévue sur ces sites le 16 mai pour confirmer et évaluer les besoins des communautés nouvellement déplacées, le nouveau gouverneur de la province du Lac a demandé l'annulation de la mission. Selon les autorités locales, ces personnes nouvellement déplacées doivent rentrer chez elles dès que possible car des mesures sont prises pour renforcer la sécurité autour de Fitiné et pour protéger les populations. Toutefois, pour que les communautés déplacées puissent rentrer chez elles, de façon volontaire et dans la sécurité et la dignité, elles ont besoin d'informations précises et objectives sur lesquelles fonder leurs décisions. Les autorités doivent s’assurer que ces informations sont disponibles dans le cadre de leur responsabilité d'établir les conditions permettant un retour sûr et volontaire. La situation en matière de sécurité dans les zones insulaires demeure préoccupante car le contexte reste instable et précaire. Selon les équipes qui ont visité les sites de Kaya et de Yakoua les 8 et 11 mai, une réponse rapide est nécessaire compte tenu de la situation à laquelle sont confrontés les déplacés : les enfants ne sont pas scolarisés, les gens consomment l'eau du lac avec le risque de contracter des maladies hydriques et leur accès à l’alimentation est limité étant donné qu'ils sont actuellement accueillis par d'anciennes communautés déplacées.

Début mars, quelque 700 personnes ont également été enregistrées près de Baga Sola, pour la plupart des femmes et des enfants qui ont fui d'autres sites de déplacement. Une attaque à Bourboura en février avait également conduit 1 300 personnes à fuir les îles au sud du Bol pour trouver refuge à Baboul2.

Augmentation du nombre de personnes fuyant les pays limitrophes

Les attaques armées et les mouvements de population continuent à travers le Bassin du Lac Tchad, provoquant des mouvements transfrontaliers. Suite aux attaques contre Baga Kawa au Nigeria, 4 048 personnes sont arrivées à Ngouboua et ont été enregistrées dans le camp de réfugiés de Dar es Salam début janvier. A leur arrivée, le PAM leur a distribué des biscuits à haute valeur énergétique et leur a remis des bons alimentaires. Ils ont depuis bénéficié de l'assistance multisectorielle du HCR. En mars, 300 autres personnes sont arrivées à Kegua en provenance du Niger. Déjà en janvier, 4 000 personnes sont arrivées à Diamerom et ont dit avoir fui le Niger, bien que les autorités n’aient pas encore clarifié leur statut.

La protection des civils demeure une priorité

Dans le contexte des opérations militaires en cours et du nombre croissant d'attaques signalées, la communauté humanitaire est préoccupée par la protection des civils qui doit rester au centre des interventions. Selon le système de suivi de la protection dans la province du Lac, 153 cas de violence basée sur le genre ont été répertoriés en avril ainsi que 57 incidents de protection - une sous-estimation probable du nombre total de cas étant donné la difficulté pour les agents de suivi de la protection à accéder aux communautés affectées, en raison des conditions de sécurité et des contraintes géographiques. La prise en charge holistique des victimes est également un défi constant. Le manque de prise en charge légale, lié à l’insuffisance des structures judiciaires dans la province, à la méconnaissance des procédures par les victimes, et à la peur de représailles et de stigmatisation, pousse les victimes à décliner l’assistance juridique.

L’assistance se poursuit malgré les difficultés d'accès

Depuis mars, l'insécurité qui règne dans la province a également conduit plusieurs organisations humanitaires à suspendre temporairement leurs activités et à restreindre leurs déplacements dans les zones autour de Kaiga Kindjiria, Diamerom et Boma, ce qui a affecté des programmes d’aide humanitaire ciblant quelque 40 000 bénéficiaires enregistrés. Malgré les difficultés d'accès dans ces zones, les acteurs humanitaires continuent d'opérer dans la province du Lac au mieux de leurs capacités, pour assurer une réponse aux besoins vitaux des personnes affectées.

L'insécurité alimentaire est de nouveau à la hausse en début de période de soudure

Malgré la réponse humanitaire en cours, les populations sont toujours sérieusement touchées par la crise alimentaire et nutritionnelle parce qu'elles n'ont pas pu reprendre leurs activités agricoles permettant de couvrir leurs besoins. En outre, la période de soudure, de juin à août, exige d'anticiper et d'apporter un soutien aux populations déplacées ainsi qu'à leurs communautés d'accueil dans la province du Lac, où 133 338* personnes déplacées et 15 915 réfugiés dépendent de l'aide humanitaire pour survivre et risquent de faire face à des niveaux croissants d'insécurité alimentaire. La fermeture des frontières avec le Nigeria et le Niger, ainsi que l'insécurité persistante, continuent de limiter l'accès des populations de la province du Lac aux marchés alimentaires et au commerce, en dépit de la baisse des prix des denrées alimentaires observée sur la plupart des marchés à travers le pays.  

La réponse humanitaire continue d'être gravement sous-financée

Il est essentiel que les bailleurs octroient un financement accru au Tchad afin de soutenir et étendre les opérations humanitaires et sauver des vies. Sur les 476 millions de dollars américains requis pour l'ensemble du pays, seuls 23 % ont été reçus à ce jour [31 mai]. 140,9 millions de dollars sont nécessaires pour répondre aux besoins les plus urgents de plus de 340 000 personnes dans la province du Lac, dont 133 000 déplacés internes, des communautés d'accueil, des retournés et plus de 15 000 réfugiés. Depuis le début de l'année, seulement 20,8 millions de dollars du financement nécessaire pour assister les familles et les communautés touchées dans la province du Lac ont été versés (15 %). En outre, les organisations humanitaires ont déjà utilisé une grande partie du stock de contingence limité du Tchad pour répondre aux besoins des personnes nouvellement déplacées.

*Source : Displacement Tracking Matrix, Round 8, mai 2019 (dans l’attente des résultats d’évaluations en cours et de l’inclusion des données concernant les nouveaux déplacements)

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Contexte (Il y a 35 jours)
Les femmes déplacées internes arrosent leur jardin
Crédit: OCHA/E. Sabbagh. 27 février 2018, Brim, province du Lac, Tchad: Des femmes déplacées internes arrosent leurs champs dans le cadre d’un projet conjoint de maraîchage regroupant des personnes déplacées et leurs familles d’accueil dans le village de Brim.

L’insécurité alimentaire pourrait atteindre près de 3,9 millions de personnes au Tchad pendant la période de soudure

Le rapport officiel du Cadre Harmonisé souligne qu'en dépit des bonnes récoltes de la campagne agricole 2018/2019, près de 3,4 millions de personnes souffriront d'insécurité alimentaire et de malnutrition pendant la prochaine période de soudure (juin-août 2019). La production céréalière a augmenté de 11,2% par rapport à l'année dernière et de 12,6% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Sur les 3,4 millions de personnes touchées par l'insécurité alimentaire, 640 874 souffriront d’insécurité alimentaire sévère (en situation de crise et d'urgence). Il faut également ajouter 461 716 réfugiés et 81 300 retournés tchadiens, ce qui porte le total à près de 3,9 millions de personnes confrontées à l'insécurité alimentaire. Les provinces du sud ont quant à elles enregistré une baisse de 4 % de leur production céréalière par rapport à l'année dernière et de 5 % par rapport à la moyenne quinquennale, en particulier la production de riz.

Selon le cluster sécurité alimentaire, il est important d'anticiper et d'étendre l’assistance aux zones qui sont actuellement en phase 3 à 5 et à celles qui le seront pendant la période de soudure. La planification est en cours pour fournir les ressources là où elles sont le plus nécessaires. L'aide alimentaire est également recommandée pour toutes les personnes affectées pendant la période de soudure et les interventions contre la malnutrition doivent se poursuivre. En particulier, le rapport du cadre harmonisé indique que la prévalence de la malnutrition aigüe globale (MAG) a atteint 17,8% dans la province du Borkou, et 11,6% dans le Kanem, tous deux au-dessus du seuil d'alerte de 10% de l'OMS. Sept provinces devraient également connaître des taux élevés de malnutrition au cours de la prochaine période de soudure, en particulier dans les bandes sahélienne et saharienne du Tchad. Compte tenu de la disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés, à l'exception de la partie nord du pays - où la fermeture de la frontière avec la Libye a réduit la disponibilité des denrées alimentaires et entraîné une hausse des prix -, le cluster recommande d'utiliser une approche basée sur le transfert monétaire pour soutenir les moyens de subsistance et les communautés, en plus des distributions alimentaires pour toutes les personnes affectées. (Sources : Rapport officiel du Cadre Harmonisé de mars 2019, Cluster Sécurité Alimentaire)

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Tchad

Rapport de situation
Contexte (Il y a 35 jours)
Vue du Lac
Crédit: OCHA/A. Zusanné. 19 décembre 2018, Bol, Province du Lac. Une vue des ressources en eau vitale pour les pêcheurs, les éleveurs et les agriculteurs.

L’accès aux ressources : enjeu central des conflits à travers le Tchad

Dans un contexte de désertification croissante, d'insécurité et de perte de pâturages en raison de l'expansion de l’agriculture et des zones habitées ; la migration, vers le sud, des éleveurs tchadiens provoque des tensions avec les agriculteurs locaux, autour de l’accès à la terre et aux points d’eau.

Les éleveurs nomades et les communautés agricoles se disputent l’accès à la terre dans les régions de l'est et du sud

Le Tchad est confronté à la résurgence de conflits intercommunautaires meurtriers entre les éleveurs arabes nomades et les agriculteurs locaux. Les droits d'utilisation des terres et l'accès à l'eau sont les principales causes de ces affrontements intercommunautaires, en particulier pendant la saison aride et sèche, où les sources d'eau et les pâturages deviennent très rares. Les agriculteurs qui n’acceptent pas que le bétail traverse leurs terres sont attaqués par certains éleveurs qui détruisent leurs champs et leurs maisons. La sécheresse et la désertification dégradent les pâturages, asséchant de nombreuses sources d'eau naturelles et contraignant un grand nombre d'éleveurs à migrer vers le sud à la recherche de pâturages et d'eau pour leurs troupeaux. Ces conflits s'intensifient rapidement et aggravent les relations entre les communautés. Le 19 mai, un conflit inter-communautaire entre éleveurs arabes et agriculteurs locaux a été signalé près du village d'Abdi, dans la province de Sila, dans l'est du Tchad, faisant 31 morts. Selon des sources locales, plusieurs maisons ont été incendiées et la situation dans la région d'Abdi reste tendue, avec des affrontements sporadiques à Biyere, un village situé à 38 km d'Abdi. Le Gouverneur du Sila et diverses autorités administratives et de sécurité ont été déployés dans la zone. A la suite de ces attaques, un nombre indéterminé de personnes a été arrêté et plusieurs armes ont été saisies. Les affrontements auraient éclaté après que des agriculteurs locaux aient refusé de laisser les éleveurs utiliser leurs terres comme pâturage, ce qui aurait conduit les éleveurs à mettre le feu aux cultures. Le 16 mai, la même situation a entraîné un conflit à Marfa, dans la province du Ouaddai, qui a fait 12 morts et plusieurs blessés.

Comme dans l'est du Tchad, le sud du pays connaît également une recrudescence des conflits inter-communautaires entre agriculteurs et éleveurs. Le 21 mai, à la suite de la destruction d'un champ d'arachides dans le village de Nala, situé à 25 km de Doba, un conflit entre agriculteurs et éleveurs a fait trois morts. Le même jour, une personne a été tuée à Donia, à 60 km de Goré, à la suite d'un autre affrontement entre agriculteurs et éleveurs. Les auteurs auraient été arrêtés. Les conflits entre les communautés d'éleveurs et d'agriculteurs sont une cause récurrente de décès dans la région. Dans tout le sud du Tchad, 12 conflits ont été signalés en 2017, faisant quatre morts et neuf blessés, tandis que 17 conflits ont été signalés en 2018, faisant 12 morts et plus de 18 blessés ainsi que plusieurs hectares de plantations détruites et des animaux tués. Fin avril 2019, quatre incidents avaient déjà été enregistrés, faisant cinq morts et six blessés. Ces incidents ont été enregistrés dans des zones où des acteurs humanitaires sont présents et où l'accès à ces informations est possible. Ils n'offrent pas une vue d'ensemble complète de ces conflits dans la région.

L'eau et les polders au centre des tensions inter-communautaires dans la province du Lac

Au centre de la bande sahélienne, le Lac Tchad est une ressource en eau vitale pour les pêcheurs, les éleveurs et les agriculteurs. Autrefois l'un des plus grands lacs du monde, son volume a été réduit à un dixième de ce qu'il était dans les années 1960. Les niveaux d'eau du lac ont pourtant toujours fluctué, comme l'ont démontré de précédentes études. En conséquence, les populations riveraines ont développé une importante capacité d'adaptation, alternant entre la pêche et diverses cultures grâce à l'utilisation de techniques d'irrigation sophistiquées. L'utilisation de polders - des barrages traditionnels construits grâce aux bras étroits du lac formés par le littoral - permet la production agricole et l'accès à l'eau. Une ressource vitale pour les communautés riveraines, les polders sont l'un des seuls moyens durables par lesquels elles peuvent produire de la nourriture et maintenir leurs moyens de subsistance. Ils permettent notamment la production de maïs, de riz et de haricots niébé, ainsi que la fourniture d'eau et de pâturages pour le bétail.

En raison de leur caractère indispensable, les polders deviennent parfois le centre de conflits entre les communautés de la province du Lac, où l'utilisation des terres et des ressources est une source récurrente de tensions, entraînant parfois des pertes en vies humaines. 

En janvier, un conflit intercommunautaire lié à l'accès aux ressources s’est ravivé et a causé un décès dans le village de Walawa, situé à environ 25 km au sud de Bol. En effet, depuis plusieurs années, deux communautés se disputent l'utilisation d'un polder. En raison de la persistance du conflit intercommunautaire, les autorités avaient précédemment suspendu le droit aux deux communautés d'utiliser ce polder, y compris pour leur bétail. Le 22 janvier, les tensions ont repris et des affrontements avec les forces de sécurité ont éclaté lorsqu'une communauté a amené son bétail dans le polder.

En 2018, les conflits liés à l'accès aux ressources dans la province du Lac ont fait au total huit morts et 137 blessés. On estime que plus de 30 polders sont actuellement détenus par les autorités judiciaires pour éviter les affrontements. Ces restrictions d'accès aux terres cultivables ont des effets négatifs sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance.

Accès à la justice et règlement des différends

Dans le cas du conflit de Marfa, dans la province du Ouaddai, un grand nombre d'assaillants et leurs complices auraient été arrêtés et la situation est désormais sous contrôle.

Toutefois, dans de nombreux cas, les communautés recourent aux pratiques coutumières de gestion et de règlement des conflits, en particulier dans les zones où les institutions judiciaires sont largement absentes. Le ministre de l'Administration territoriale a toutefois mis en garde les autorités provinciales, traditionnelles et coutumières contre les risques liés à la "dia" et a formellement interdit sa pratique. La "dia" est une pratique religieuse coutumière qui permet aux communautés de régler les différends qui ont entraîné des pertes en vies humaines à travers le paiement d’une somme d'argent importante ou en attribuant du bétail à la communauté victime, parfois sans aucune autre forme de poursuite pénale. Ces règlements mènent parfois à la vengeance et à d'autres conflits.

L'insécurité motrice de ces tensions

La fermeture de la frontière entre le Tchad et la République Centrafricaine a limité la transhumance transfrontalière et entraîné une concentration accrue des troupeaux le long des frontières et dans le sud du pays en général.

Dans le bassin du Lac Tchad, la fermeture des frontières et les restrictions à la circulation ont également affecté l'agriculture, l'élevage et la pêche, et limité le commerce entre le Tchad et les pays voisins. Avant la fermeture de la frontière, Baga, au Nigeria, était un important point de commerce pour les éleveurs, qui sont maintenant concentrés au Tchad.

Pour l'instant, malgré les récents affrontements dans l'est du Tchad, aucune tension transfrontalière n'est perceptible. Toutefois, en raison de l'imprévisibilité de la situation au Soudan et en Libye, une surveillance étroite est nécessaire.

Le renforcement de la sécurité et l'accès réglementé à la terre sont nécessaires

Pour éviter l'escalade dans la crise, les autorités nationales devraient renforcer la sécurité des éleveurs et des agriculteurs, mettre en œuvre des mécanismes de résolution des conflits, promouvoir la cohésion sociale et garantir l'accès des éleveurs et des cultivateurs à la terre ainsi que l'autosuffisance alimentaire.

Le non-respect des couloirs de transhumance, tant par les agriculteurs que par les éleveurs, et la non-application des textes régissant les couloirs de transhumance par les autorités locales sont également des facteurs préoccupants.

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Rapport de situation
Tendances (Il y a 35 jours)
Graphique rougeole

Un an après, l'épidémie de rougeole continue de persister

Selon le Comité Technique National de Lutte contre les Epidémies (CTNLE), le nombre de cas de rougeole est en constante augmentation au Tchad depuis le début de l'année. Avec plus de 1 000 cas rapportés en janvier et près de 3 000 cas en février, la situation a continué de se détériorer en mars (4 994 cas) pour atteindre un pic de 5 197 cas en avril. Alors que le nombre de cas signalés est descendu à environ 4 396 en mai, les acteurs de la santé sont préoccupés car la situation n'est pas encore sous contrôle. Les épidémies de rougeole débutent généralement en pleine saison sèche et diminuent au début de la saison des pluies, cependant l'épidémie de 2018 persiste. Au 31 mai, un total de 18 682 cas et 191 décès ont été enregistrés depuis le début de l'année 2019.

Les provinces de N'Djamena (4 869 cas), Chari Baguirmi (2 719), Mayo Kebbi Est (1 989), Salamat (1843), Logone Oriental (1 236) et Logone Occidental (1 205) sont parmi les plus touchées.

Afin d’éliminer la propagation de la rougeole, 95 % des enfants doivent être vaccinés. La situation actuelle est préoccupante, avec seulement un enfant de moins de cinq ans sur trois vaccinés contre la rougeole au Tchad (37%) et seulement un enfant sur quatre correctement vacciné contre les maladies infantiles courantes. Dans le nord du pays, seuls 10 % des enfants sont vaccinés contre la rougeole.

Afin d'apporter une réponse concertée, une Task Force Rougeole a été mise en place par les acteurs humanitaires et sanitaires dans le but d'assurer la vaccination à l'échelle nationale des six millions d'enfants âgés de 6 mois à 9 ans visés. Le coût de cette campagne est estimé à 9,3 millions de dollars américains.

La rougeole est une maladie virale hautement infectieuse qui peut entraîner de graves complications et demeure l'une des principales causes de décès chez les enfants, d'autant plus qu'elle peut aggraver la malnutrition et que les enfants souffrant de malnutrition courent un plus grand risque de développer de graves complications. Dans le contexte d'une crise de malnutrition à grande échelle, la rougeole devient une menace encore plus importante.

Les campagnes de vaccination de riposte en cours depuis le début de l'épidémie se poursuivent dans les zones touchées. Cependant, la conservation des vaccins reste un défi en raison de la faible disponibilité de la chaîne de froid dans les centres de santé éloignés où les pénuries répétées de vaccins affectent les campagnes de vaccination de routine. Seuls 46 % des centres de santé du pays sont équipés d'une chaîne de froid conforme aux normes internationales. L'accès limité aux services de santé à travers tout le pays ainsi que la faible fréquentation scolaire contribuent aussi grandement à la persistance de l'épidémie de rougeole. Il convient également de noter la nature atypique de cette épidémie, qui touche les personnes au-delà du groupe d’âge de 0 à 9 ans.

La gratuité des soins dans les centres de santé non assistés par les partenaires humanitaires demeure une préoccupation majeure pour le Ministère de la santé, qui a recommandé de cartographier les zones couvertes par les partenaires pour mieux identifier et combler cette lacune.

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Tendances (Il y a 35 jours)
Migration mixte par pays

Migrations mixtes au Tchad

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le gouvernement tchadien, en partenariat avec la Croix-Rouge tchadienne, ont mis en place un projet de suivi des migrations mixtes (lorsque les réfugiés et migrants empruntent des routes similaires) afin de mieux comprendre et aider les personnes ayant besoin de protection internationale.

La majorité des personnes interrogées dans le cadre du projet de migration mixte sont originaires du Tchad et n'ont pas le statut de réfugié ni de demandeur d'asile

En 2018, près de 200 relais ont été installés dans des endroits stratégiques au Tchad et ont interrogé au total 19 569 personnes (81% d'hommes, 17% de femmes, 2% d'enfants, 1% de personnes âgées). La plupart des personnes interrogées sont originaires du Tchad (47%), suivies de la République Centrafricaine (18%) et du Soudan (11%). Un plus petit groupe de personnes sont également originaires du Cameroun (9 %), du Nigéria (8 %), du Niger (5 %) et du Mali (1 %). Parmi toutes les personnes interrogées, 18 % sont des demandeurs d'asile, 5 % sont des réfugiés et 8 % ont l'intention de demander l'asile. La majorité, cependant, n'ont pas le statut de réfugié ou de demandeur d'asile (69%).

La plupart des migrants espèrent trouver un emploi en Libye ou au Tchad

Parmi les personnes interrogées, 36 % ont déclaré qu'ils avaient l'intention d'atteindre la Libye, alors que 25 % ont affirmé vouloir rester au Tchad et 13 % qu'ils espéraient atteindre l'Europe. Parmi ceux qui ont été identifiés comme ayant potentiellement besoin d'une protection internationale, 48 % disent avoir fui pour des raisons politiques, 6 % pour des raisons environnementales et 2 % pour cause de conflit.

Rapatriement volontaire pour les réfugiés

Neuf personnes ont été rapatriées volontairement en Ethiopie et 24 cas ont été référés à l'OIM. Sept réfugiés soudanais qui se trouvaient au Niger ont reçu une assistance pour retourner au Tchad, leur premier pays d'asile, où ils ont été réadmis en tant que réfugiés et ont reçu un kit de réinsertion et bénéficieront d'un programme d’appui aux moyens de subsistance. Onze autres réfugiés soudanais qui s'étaient rendus au Niger, en Tunisie et en Libye recevront également une assistance et seront réadmis en tant que réfugiés au Tchad et bénéficieront des mêmes mesures de réadmission.

La frontière avec la Libye est officiellement fermée depuis mars 2019 pour des raisons de sécurité. Cela pourrait avoir un impact négatif sur les approvisionnements des marchés car le nord du Tchad dépend fortement du sud de la Libye pour les denrées alimentaires et les produits de base. Environ 410 000 personnes vivent dans les provinces du nord (Borkou, Ennedi Ouest et Est, Tibesti), soit 2,6 % de la population tchadienne totale.

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Rapport de situation
Tendances (Il y a 35 jours)

Rapatriement volontaire des réfugiés soudanais et retour des réfugiés tchadiens du Soudan

Depuis avril 2018, près de 4 000 réfugiés soudanais dans l'est du Tchad sont retournés volontairement dans leur pays d'origine. Au 23 avril 2019, un total de 3 824 réfugiés ont été rapatriés, dont la moitié étaient nés au Tchad. Ces réfugiés font partie des quelque 20 000 réfugiés qui ont accepté de retourner dans leur pays d'origine. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et la Commission Nationale d'Accueil et de Réinsertion des Réfugiés et des Rapatriés (CNARR) facilitent le rapatriement volontaire des réfugiés soudanais du Tchad vers le Soudan depuis avril 2018. Les gouvernements du Tchad, du Soudan et le HCR ont signé un accord tripartite en mai 2017 pour permettre le rapatriement volontaire des réfugiés soudanais vivant dans l'est du Tchad. Le Tchad accueille plus de 342 000 réfugiés soudanais, soit près de 74 % de la population réfugiée totale dans le pays.

En parallèle, le rapatriement volontaire des réfugiés tchadiens du Darfour (Soudan) s'est poursuivi. Au 30 avril 2019, un cumul de 5 093 réfugiés tchadiens ont été réintégrés dans la province du Sila selon le HCR. Les réfugiés tchadiens au Soudan sont estimés à environ 40 000 personnes selon le HCR au Soudan.

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Article principal (Il y a 35 jours)
Site de préparation des plantules de Zobo, province du Batha
Crédit: OCHA/I. Moussa Saleh. Zobo, Province du Batha. Préparation de plantules pour la création d'une forêt communautaire et l'aménagement d'espaces de services publics.

La résilience des communautés de la bande sahélienne repose sur l'autosuffisance

Dans toute la région du Sahel, les communautés les plus vulnérables sont confrontées à d'importants défis pendant la période de soudure. Afin d'aider les communautés à gagner en autonomie tout en réduisant leur dépendance à l'aide humanitaire, en particulier l'aide alimentaire, le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé un programme intégré de convergence en octobre 2018 dans les provinces du centre et de l’est du Tchad.

Ce programme comporte trois volets : résilience, nutrition et éducation, l'accent étant mis sur les cantines scolaires. Les activités se déroulent sur trois sites : Chawir (province de Guéra) Zobo et Brégué-Birguite (Batha) au profit de dix villages. Le PAM exécute ce programme avec ses partenaires locaux, le Projet évangélique de développement à base communautaire (PEDC) dans la province du Batha et Moustagbal dans la province du Guéra. Le 17 mars 2019, après près de six mois de mise en œuvre, le PAM, accompagné du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), est allé constater l'état d'avancement des activités.

Renforcer la résilience des ménages et maintenir les enfants à l'école

A Chawir, dans la province du Guéra, un projet de jardinage est mis en œuvre par l'ONG nationale Moustagbal. Quatre hectares de terres ont été mis à disposition pour la culture maraîchère et la production de mil. Sur place, 246 ménages travaillent et sont rémunérés à travers un programme d'aide alimentaire pour la création d'actifs. Les produits sont consommés par les ménages et les élèves bénéficient des cantines scolaires, tout en garantissant leur accès à l'école. Dès que les activités maraîchères prennent fin au début de la saison des pluies, l'espace est utilisé pour les cultures scolaires. Cette année, ce dernier a produit environ 7 800 kg de céréales (78 sacs). Chawir bénéficie également d'un projet de forêt communautaire. Comme à Zobo, 400 000 arbres ont été plantés. Au niveau du site de Brégué-Birguite, le projet a soutenu 157 cultivateurs en 2018. Grâce au PAM, ils ont pu utiliser un terrain de 250 hectares pour produire 173,35 tonnes de beré-béré, une variété de sorgho. Cette opération repose sur un système de rétention d'eau par la construction de barrages et de demi-lunes. Compte tenu de son succès, 873 hectares supplémentaires seront récoltés cette année pendant la saison des pluies. Des barrages sont en construction et trois déversoirs sont prévus pour prévenir les pertes d'eau.

Lutte contre la déforestation, la malnutrition et le chômage

Le site de Zobo se focalise sur la lutte contre la déforestation dans la province du Batha. Sur les 400 000 plantules attendues, 129 000 ont déjà germé grâce à la mise en place d'un réseau d'eau de 18 m3. Ces semis seront prêts en juillet pendant la saison des pluies et serviront ensuite à créer une forêt communautaire et à aménager des espaces de services publics tels que la mairie, les installations sanitaires et les écoles. Il ne s'agit pas de plantes ordinaires, mais d'une espèce de plantes aux fonctions multiples. Elles ont des valeurs nutritionnelles et de protection des sols et peuvent contribuer à améliorer la sécurité alimentaire. En outre, le projet crée des emplois pour 200 personnes, dont 157 femmes. Enfin, trois jardins scolaires sur cinq ont déjà été créés pour la production de céréales et de produits maraîchers dans la région.

Opportunités d'emploi pour les hommes et prévention de l'exode

Avant ce projet, les hommes quittaient les villages à la recherche de travail, laissant derrière eux leurs femmes avec des enfants à charge. Pour les femmes, ce projet de résilience a non seulement encouragé les hommes à rester à la maison, mais il a aussi permis à leur ménage de réaliser de petites économies. Ces ressources leur permettront de créer de petits commerces. Les hommes sentent maintenant qu'ils peuvent assumer leurs responsabilités en tant que chefs de famille et les tentatives de migration vers le nord du pays pour travailler dans les mines d'or sont réduites. Grâce à ce projet, ils peuvent couvrir les soins de santé de leur famille et assurer l'accès de leurs enfants à l'école.

Un processus d'apprentissage communautaire

La participation est un élément essentiel de l'appropriation et de la continuité de ces projets. A Zobo, deux villages ont fourni 9 749 m2 de terrain pour le projet. A Brégué-Birguite aussi, les 873 hectares proviennent de la communauté. Les autochtones collaborent et se sentent impliqués dans le développement de leur communauté.

Les deux sites proposent également des formations sur les techniques liées à la plantation d'arbres, la production de compost, la rétention d'eau et l'utilisation de pots biologiques pour protéger l'environnement. Cet apprentissage communautaire est essentiel à la durabilité des projets. Au jardin de l'école de Chawir dans le Guéra, les élèves et les parents pratiquent et apprennent à jardiner et à cultiver des céréales de contre-saison. "Cela prend au moins trois ans et dépend de ressources prévisibles pour éviter de gaspiller ce qui a été réalisé", a déclaré Alemu Mekonnen Gebre, responsable du Programme de résilience du PAM. Dans un contexte où les provinces de l'est du Tchad sont confrontées à une crise prolongée, les programmes de résilience représentent l'une des meilleures approches pour aider les populations à échapper à la dépendance humanitaire.

Pour une résilience plus durable

Lors des groupes de discussion organisés par OCHA, les communautés de Zobo et de Bregué-Birguite ont exprimé leurs besoins. Pour les hommes, un soutien est nécessaire pour l'acquisition de petits ruminants. Les femmes, pour leur part, réclament la construction de magasins pour stocker leurs produits à vendre, ainsi que des moulins et un soutien financier pour développer leurs petites entreprises et leur artisanat (tissage). Cependant, d'autres initiatives devraient être mises en place pour combler les lacunes du projet, notamment en termes de soutien logistique (par exemple, leur apprendre à économiser et à stocker leurs produits). Cela permettra aux populations de vraiment se prendre en charge à la fin du projet.

Le PAM a recensé 240 villages susceptibles d'intégrer des activités liées à la sécurité alimentaire, à la nutrition et à l'éducation, dans le but de renforcer la résilience de 188 336 personnes. Cela contribuera à réduire leur dépendance à l'aide alimentaire d'urgence lorsque la saison de soudure frappera à nouveau.

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