Tchad

Rapport de situation

Faits saillants

  • Des milliers de personnes privées d'aide à cause du déficit de financement
  • Plus de 36 000 personnes sont touchées par les inondations en raison de l'évolution des régimes pluviométriques
  • Les femmes humanitaires font la différence
Graphique sur le financement
Tendance de financement humanitaire pour le Tchad sur les cinq dernières années (Source : FTS)

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Tchad

Rapport de situation

Chiffres clés

4,3M
Personnes dans le besoin
2M
Personnes ciblées
3,9M
Personnes en insécurité alimentaire
350k
Enfants souffrants de MAS
461k
Réfugiés
133k
Déplacés internes (évaluations en cours)
81k
Retournés
$140,9M
Financement requis pour le Lac
$20,8M
Financement reçu pour le Lac

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Financement

$476.6M
Requis
$205.6M
Reçu
43%
Progrès
FTS

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Contacts

Federica GABELLINI

Chargée du Reporting et du Plaidoyer

Augustin ZUSANNE

Analyste à l'Information Publique

Emmanuelle SCHNEIDER

Desk Officer

Tchad

Rapport de situation
Analyse
Graphique sur le financement
Tendance de financement humanitaire pour le Tchad sur les cinq dernières années (Source : FTS)

Des milliers de personnes privées d’aide à cause du déficit de financement

A seulement trois mois de la fin de l’année, la réponse humanitaire au Tchad n’est financée qu’à hauteur de 40 pour cent. Des 476,6 millions de dollars américains de fonds requis pour assister les  2 millions de personnes ciblées pour l’assistance en 2019, la communauté humanitaire n’a reçu au 15 septembre que quelque 185 millions de dollars.

Cette situation s’inscrit dans une dynamique de sous-financement chronique et régionale. Les plans de réponse humanitaire du Tchad sont systématiquement sous-financés depuis des années. Entre 2008 et 2018, la moyenne des financements reçus a été de 56,3 pour cent. En 2018, les fonds reçus au Tchad se sont inscrits légèrement en dessous de cette moyenne et de la moyenne mondiale de 60 pour cent, avec seulement  53 pour cent des 544 millions de dollars requis par la communauté humanitaire afin de venir en aide aux 2,1 millions de personnes les plus vulnérables.

Ce sous-financement persistant a des conséquences humaines directes. Sans les fonds nécessaires, des centaines de milliers de personnes risquent de se retrouver en situation d’insécurité alimentaire sévère, ce qui entraînera une augmentation des taux de malnutrition et des stratégies de survie négatives. Un million de personnes n'auront pas accès à des soins de santé adéquats. Les communautés déplacées seront confrontées à une précarité accrue. En effet, l’insécurité alimentaire et la malnutrition, les déplacements forcés de populations et les urgences sanitaires entraînent plus de 7 millions de personnes dans une vulnérabilité aigüe ou chronique, dont plus de 4 millions de personnes ayant besoin d’assistance et de soutien pour renforcer leurs moyens d’existence.

De janvier à juillet 2019, la situation humanitaire s’est nettement détériorée dans le pays. Une recrudescence des attaques armées et de l’insécurité dans le bassin du Lac Tchad a poussé des milliers de civils à quitter leurs domiciles pour chercher refuge ailleurs. Le premier semestre 2019 a également enregistré une augmentation de plus de 37 pour cent des cas d’admission d’enfants souffrant de malnutrition aigüe sévère, par rapport à la même période en 2018. Plus de 600 000 personnes souffrant d’insécurité alimentaire sévère ont été enregistrées, soit une augmentation de 230 000 comparé à la situation de novembre 2018 où on les estimait à 410 000 . De plus, l’épidémie de rougeole, déclarée fin mai 2018 continue de se propager, avec 38 districts sanitaires touchés et plus de 20 000 cas suspects enregistrés fin juillet. L’épidémie de choléra qui sévit dans le sud-ouest du pays, déclarée fin juillet, est venue aggraver la situation.

Le Tchad accueille plus de 460 000 réfugiés dont plus de 340 000 Soudanais à l’est et 105 000 Centrafricains au sud qui ont fui leur pays à cause des violences. Des attaques de groupes armés non-étatiques et des opérations militaires dans la province du Lac ont contraint plus de 133 000 Tchadiens à quitter leur domicile . Il faut ajouter à ces bénéficiaires de l’assistance, les communautés hôtes (plus de 700 000 personnes) qui partagent leurs maigres ressources avec ces personnes déplacées.

Le Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies et Coordonnateur Humanitaire, M. Stephen Tull, déplore ce déficit de financement des activités humanitaires au Tchad, alors que les besoins humanitaires restent élevés. Pour lui, il n’y a pas de choix à faire entre la réponse d’urgence et celle au développement si l’on veut sortir le pays du cycle infernal des crises. « Il est impératif de répondre aux besoins urgents des personnes en situation de déplacement, en insécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi que celles souffrant des épidémies. En même temps, il est important de continuer à mettre en œuvre les activités de développement pour éviter que ces personnes vulnérables ne retombent dans la crise. Je demande aux fournisseurs publics d'aide et aux investisseurs privés au Tchad, dans la région et à l'échelle mondiale d’augmenter considérablement leurs engagements à répondre aux besoins humanitaires et de développement du Tchad. », a-t-il déclaré.

Le Tchad est un pays où les crises humanitaires se déroulent dans un contexte de faible développement, d'accès limité aux services sociaux de base tels que la santé, l'éducation ou l'eau potable, de dégradation de l'environnement et des effets du changement climatique. En outre, les interventions humanitaires ne suffisent plus et ne peuvent s'attaquer aux causes profondes des difficultés et des fragilités persistantes. Tous ces facteurs exposent les populations déjà vulnérables à des chocs récurrents, affectant leur capacité de résilience et rendant impérative une approche intégrée humanitaire et développement à plus grande échelle, et nécessitant des investissements urgents.

La mise en œuvre d'une réponse intégrée à plus grande échelle nécessite des investissements urgents d'un plus grand nombre de pays donateurs. En premier lieu, la communauté humanitaire remercie le soutien continu des Etats-Unis et de la Commission Européenne, sur qui reposent près de 60 pour cent de la réponse humanitaire des dix dernières années au Tchad. Les organisations humanitaires au Tchad insistent également sur le fait qu’assurer une réponse humanitaire à l’échelle des besoins identifiés est un prérequis essentiel pour l’adoption d’une approche intégrée humanitaire et développement. Alors que les opérations humanitaires ont un impact important, les partenaires ne peuvent répondre que partiellement aux besoins les plus urgents en raison des niveaux de financement. En effet, le financement actuel de la réponse humanitaire ne permet pas de maintenir les standards humanitaires minimums et d’assurer une transition vers des interventions à moyen et long termes.

Enfin, un renforcement du plaidoyer est urgent pour non seulement encourager l’émergence des bailleurs non-traditionnels mais aussi conforter la capacité du gouvernement à répondre aux crises dans le pays.

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Contexte
Les femmes déplacées internes arrosent leur jardin
Crédit: OCHA/E. Sabbagh. 27 février 2018, Brim, province du Lac, Tchad: Des femmes déplacées internes arrosent leurs champs dans le cadre d’un projet conjoint de maraîchage regroupant des personnes déplacées et leurs familles d’accueil dans le village de Brim.

Plus de 36 000 personnes sinistrées par les inondations en raison de l'évolution des régimes pluviométriques au Tchad

Au Tchad, la saison pluvieuse s’étend de mai à octobre. Si elle touche habituellement la majorité des 23 provinces que compte le pays, des inondations ne sont normalement rapportées que dans quelques provinces et zones du sud et sud-est. Cette année, certaines provinces habituellement non exposées aux pluies, comme le Tibesti, le Borkou et l’Ennedi Ouest figurent parmi les zones les plus touchées. Ce sont les conséquences du changement climatique.

Les pluies diluviennes qui sont tombées au Tchad en août ont causé des inondations dans plusieurs provinces telles que le Tibesti, le Borkou, l’Ennedi Ouest, le Batha, le Sila, le Chari Baguirmi, le Mayo-Kebbi Ouest et le Salamat. Plus de 7 300 ménages (environ 36 700 personnes) sont sinistrés, principalement à Fada, Kalaït (province de l’Ennedi Ouest), Faya (Borkou) et dans la sous-préfecture de Mouraye (Sila). Ces inondations ont causé la mort de 13 personnes et de plus de 2 300 animaux, détruit plus de 3 700 habitations et touché des infrastructures publiques tel que l’hôpital de Fada qui est sous les eaux.

Au-delà de ces dégâts, il faut ajouter plus de 12 000 hectares de champs détruits dans les provinces du Moyen Chari, des deux Logone (Oriental et Occidental), de la Tandjilé et des deux Mayo Kebbi (Est et Ouest). Cela pourrait fortement affecter les prochaines récoltes dans cette partie du pays qui alimente les autres régions en vivres. L’évaluation de la campagne agricole donnera une idée plus claire de l’impact des inondations sur les récoltes.

La saison des pluies, ainsi que l’enclavement et les inondations qui en découlent, limitent l’accès humanitaire et posent des risques en termes de sécurité alimentaire (destruction des cultures, manque d’accès à l’assistance et à des stocks alimentaires), de nutrition, et d’accès aux services de base, notamment les soins de santé. En effet, la destruction des maisons, des points d’eau et des champs peut faire craindre une baisse significative de l’état sanitaire des populations (résurgence du choléra et augmentation des cas de malaria, difficultés d’accès aux soins), des pénuries alimentaires et des carences en abris et bien non-alimentaires. Cela pourrait affecter les moyens d’existence des populations qui se partagent les maigres ressources naturelles disponibles.

Ces conséquences contribueront à accroître ainsi la vulnérabilité des communautés locales dans un contexte marqué par une forte insécurité alimentaire (plus de 650 000 personnes en insécurité alimentaire sévère à travers le pays) et des taux de malnutrition au-dessus des seuils d’urgence dans certaines provinces. Ces vulnérabilités sont exacerbées par la faiblesse des services sociaux de base et le manque d’investissement dans des programmes de développement.

Le Ministre de la Santé puis le Ministre d’État ont tenu deux réunions d’urgence le 26 août et le 2 septembre avec les partenaires, et un comité de gestion des inondations a été mis en place. Une mission conjointe s’est également rendue du 9 au 14 septembre à Kalaït et Fada (PAM, OCHA, OMS, UNICEF, FAO, GIZ, ECHO MEDICAL) pour évaluer la situation. Le ministère de la santé ainsi que les partenaires (dont OMS et UNICEF) ont envoyé des médicaments, des kits anti-malaria, anti-choléra et d’accouchement ainsi que d’autres fournitures de secours et d’urgence dans les zones affectées. Selon le ministre de la Solidarité Nationale, pour répondre à cette urgence, le Tchad a besoin de 1,5 milliards de francs CFA, dont 75 millions de francs CFA de fond d’aide d’urgence.

Dans ce contexte, l'équipe humanitaire pays se prépare à répondre aux urgences. Le Gouvernement devrait mettre à jour les plans de contingence, et s'assurer de la disponibilité des financements dans des délais permettant le pré-positionnement de stocks (médicaments, nourriture, kits scolaires…) afin de remédier à l’enclavement physique en saison pluvieuse. Il est également essentiel de renforcer les capacités des structures locales. En effet, les provinces du Ouaddai, du Sila et du Salamat sont fréquemment exposées aux inondations.

Par ailleurs, plus de 50% des écoles sont situées en milieu rural, et la plupart sont régulièrement détruites ou endommagées lors de la saison pluvieuse, occasionnant l’interruption de la scolarité des enfants et la destruction des matériels pédagogiques et des fournitures scolaires. Compte tenu de l’enclavement des zones inondées, il serait également nécessaire de renforcer la surveillance épidémiologique par la mise en place d’une composante de surveillance à base communautaire en plus de celle de routine des structures de santé.

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Les femmes du panel
Crédit: OCHA/N. Frérotte. 19 août 2019, N'Djamena. Les membres du panel après l'échange avec le public lors de la Journée Mondiale de l'Aide Humanitaire.

Les femmes humanitaires font la différence

La Journée Mondiale de l'aide humanitaire a été célébrée le 19 août à travers le monde. L'édition de 2019 a été consacrée aux travailleuses humanitaires à qui le monde entier a rendu un vibrant hommage, du fait de leur contributions particulières dans l’action humanitaire. Au Tchad, c'est la Bibliothèque Nationale à N'Djamena qui a accueilli les festivités marquées par les discours des officiels, un panel de discussion sur "l'engagement des femmes face aux crises humanitaires" et une exposition de photos des héroïnes humanitaires.

Les femmes ont un rôle particulier dans la réponse aux besoins des personnes affectées. C’est l’opinion de certaines travailleuses humanitaires, basée sur le fait que la plupart des personnes affectées sont des femmes. "Je pense qu'il faut plus de femmes dans l'action humanitaire parce que tant de femmes sont touchées de façon disproportionnée par les crises et que la façon de les traiter avec dignité exige d'avoir des femmes humanitaires ", plaide Kirsten Mildren, une cheffe de section d’OCHA à New York.

OCHA a recueilli des dizaines de témoignages de femmes aux profils aussi riches que diversifiés et qui travaillent dans des endroits reculés ou en capitale. Le trait d’union de ces témoignages, c’est le bonheur de savoir que l’assistance que l’on a donnée fait la différence au sein de la population affectée. "Lorsqu’une personne a marché pendant plusieurs jours et qu’elle te dit merci, qu’elle vient te voir avec un sourire et que tu sens que l’aide que tu lui donnes fait toute la différence, c’est gratifiant" - Valerie Tremblay .

Ces témoignages illustrent la qualité sans prix de l'assistance humanitaire, qu'elle soit fournie par les organisations humanitaires ou des membres des communautés affectées. C'est le cas avec Ramatou Mamadou, retournée de la République Centrafricaine (RCA) dans le site de Kobiteye, qui était secourue par une autre retournée, sage-femme. « Quand j’ai accouché c’était en pleine nuit. Sadatou est venue à pied, la nuit, avec sa lampe-torche, dès qu’on l’a appelée. Heureusement qu’il y avait le réseau, on avait pu se parler au téléphone. », raconte Ramatou.

Pour continuer à lire les témoignages poignants de ces femmes humanitaires, rendez-vous sur Smugmug. Vous pouvez également regarder la vidéo des témoignages sur Viméo.

Un chanteur tchadien, Issa Ndem Bass, touché par l’apport humanitaire des femmes, a décidé de composer une chanson pour leur rendre hommage. Il a accepté de l’interpréter, guitare à la main, sur la scène de la Journée Mondiale de l’aide Humanitaire.

Les équipes humanitaires de terrain (Abéché, Goré et Baga Sola) ont également organisé les célébrations avec les autorités et la communauté humanitaire. Au Lac, les collègues de Baga Sola ont réalisé un documentaire sur le travail des femmes humanitaires dans cette province. Dans le Ouaddaï, un film a également été projeté sur le travail des femmes dans l’action humanitaire. Quelques femmes (dont des réfugiées) ont également partagé leurs témoignages avec le public. A l’instar de N’Djamena, la communauté humanitaire a organisé une exposition-photo avec les témoignages des femmes humanitaires. Dans le Logone Oriental, les humanitaires ont organisé une marche dans la ville de Goré ainsi qu’un match de football avec les femmes de la communauté locale.

Une campagne a été faite sur les réseaux sociaux autour du hashtag #WomenHumanitarians. La campagne en ligne a pu toucher plus de 35 000 personnes sur Twitter, avec plus de 900 engagements (retweets, likes, clics sur liens, photos, vidéos, etc.) au 25 septembre, à travers la plateforme en ligne du bureau OCHA.

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