Chad

Rapport de situation

Faits saillants

  • Plus de 2,1 millions de personnes sont en insécurité alimentaire et nutritionnelle au Tchad
  • Baisse de la productivité agro-pastorale agissant sur le statut nutritionnel
  • Hausse des prix des denrées alimentaires de base affectant la diète
  • Mobiliser des ressources conséquentes pour mettre la réponse à l’échelle
  • Plus de 1,5 million de personnes les plus vulnérables risquent de ne pas recevoir d’assistance
Cadre harmonise 2022
Analyse Nationale du Cadre Harmonisé, situation alimentaire et nutritionnelle courante (mars – mai 2022) et projetée (juin – août 2022). Source : CNA / SISAAP, Mars 2022

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Chiffres clés

6,1M
Personne dans le besoin
3,9M
Personnes ciblées
523K
Refugiés
406K
PDI
109K
Retournés
361K
Personne dans les communautés hôtes

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Financement

$510.9M
Requis
$188.5M
Reçu
37%
Progrès
FTS

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Contacts

Dieudonné Bamouni

Chef de Bureau

Catherine Arseneau

Chargée du Reporting et du Plaidoyer

Augustin Zusanné

Analyste à l'Information Publique

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Rapport de situation
Analyse
CH juin-août2022
Source : Système d’information sur la sécurité alimentaire et d’alerte précoce (SISAAP)/Ministère du Développement Agricole ; mars 2022.

Plus de 2,1 millions de personnes sont en insécurité alimentaire et nutritionnelle au Tchad

Les résultats du Cadre Harmonisé de mars 2022 indiquent que 2,1 millions de personnes seront en insécurité alimentaire et nutritionnelle sévère (phase 3 et 4) pour la période de juin à août 2022 (période de soudure) (SISAAP, mars 2022). Sur les 2,1 millions de personnes actuellement en insécurité alimentaire, 100 000 sont en phase sévère et résident dans les départements de Bahr El Gazal (Nord, Ouest, Sud), Batha (Est, Ouest), Fitri, Fada, Mourtcha, Kanem, Wadi-Bissam, Mamdi, Assoungha, Djourouf Al Ahmar, Ouara, Aboudeia, Haraze Mangueigne, Abdi, Kimiti, Tibesti (Est, Ouest). Cette situation est due particulièrement aux aléas climatiques qui ont affecté successivement plusieurs campagnes agricoles.

Baisse de la productivité agro-pastorale agissant sur le statut nutritionnel

La production céréalière de la campagne agricole 2021-2022 est estimée à plus de 2,6 tonnes avec une baisse de 9% comparée à l’année précédente. La baisse est très significative dans les provinces du Sahel Ouest (Lac, Kanem, Hadjer Lamis et Barh-El-gazal) soit - 46% par rapport à 2020 et -21,7% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Le bilan céréalier révisé incluant les importations et les exportations dégage un déficit net de 308 960 tonnes pour subvenir aux besoins de la population avec une disponibilité apparente de 141 kg/pers/an par rapport à la norme de consommation officielle qui est de 159 kg/pers/an soit un déficit de 17,3kg/pers/an (SISAAP, mars 2022).

La situation pastorale, dans la bande sahélienne est marquée par la rareté des pâturages due à une mauvaise répartition dans l’espace et dans le temps des précipitations, en 2021, entraînant de longues périodes sèches à l’origine du tarissement précoce des mares et d’une soudure pastorale anticipée, longue et pénible. Les provinces les plus affectées par ces problèmes sont le Kanem, Bahr El Ghazel, Lac et Hadjer Lamis et les localités de Batha, Wadi Fira, Ennedi Est, Ennedi Ouest et du Ouaddaï. En zone soudanienne, la surcharge pastorale cause le déclin de la biomasse impactant le poids des animaux en deçà d’une année normale (SISAAP/GTP/FEWS NET/PAM, 2022).

La situation nutritionnelle demeure préoccupante dans la plupart des provinces des zones sahélienne et saharienne. Les résultats de la dernière enquête SMART (DNTA/UNICEF/PAM, 2021) révèlent, sur le plan national, une prévalence de la Malnutrition Aiguë Globale (MAG) de 10,9% dont 2% sous la forme sévère (MAS). Selon la classification OMS, le seuil préoccupant de 10% est atteint et dépassé dans 16 provinces parnis lesquelles 7 ont franchi le seuil d’urgence de de15% : l’Ennedi Ouest (18,5%), Ennedi Est (17%), Bahr El Gazal (16,5%), Kanem (16,2%), Wadi-Fira (16,2%), Batha (16%) et du Salamat (15,5%). Les enfants de 6 à 23 mois sont les plus touchés avec une prévalence de la MAG de 15,1%, et 3,6% d’enfants souffrant de MAS. Seulement 11,4% des enfants de moins de 6 mois sont exclusivement allaités au sein au niveau national. Environ 1 enfant sur 10 (11,5%) des enfants de 6 à 23 mois a une pratique d’alimentation minimum acceptable.

L'analyse des données d’admission des cas de malnutris aigus sévères pour la période de janvier à avril 2022 montre un dépassement des cas attendus, avec une couverture de 119 % (93 562/78 349). Cependant, certaines provinces comme Barh El Gazal, le Guera, le Kanem, le Lac, N’Djamena, le Ouaddai, le Salamat, le Sila, et le Wadifira ont dépassé largement les cas attendus pour la même période.

La crise alimentaire et nutritionnelle a conduit à la révision des cas de malnutrition attendus. Ainsi, nombre de personnes dans le besoin de prise en charge de la malnutrition passe de 1.9 million à 2.1 million. Les cas sévères augment de prêt de 40.000 enfants de moins de 5 ans et les cas modérés de prêt de 100.000 enfants de moins de 5 ans.

Hausse des prix des denrées alimentaires de base affectant la diète

En février 2022, les prix des denrées alimentaires de base ont connu une hausse par rapport à ceux de 2021 à la même période et la moyenne des cinq dernières années dans la plupart des marchés. Ainsi, comparé à la moyenne des cinq dernières années, le mil est en hausse de 30% à Mao, 28% à Ati, 25% à Biltine. Le prix du sorgho est en hausse à Oum Hadjer (30%), Mandelia (17%), Mongo (43%), Sarh (47%) et Bongor (8%). Quant au maïs, les prix sont en forte hausse à Pala (47%) et à Bol (29%). Des analyses démontrent que la hausse des prix se maintiendrait sur l’ensemble des marchés céréaliers du pays à cause de l’épuisement précoce de stocks des ménages, la persistance de l’insécurité et des faibles volumes de flux transfrontaliers (SISAAP, mars 2022).

Enjeux dans le secteur de la sécurité alimentaire et moyens d’existence

Des hausses atypiques des prix des denrées alimentaires pourraient être observées dans la quasi-totalité des marchés du pays, surtout dans les provinces du Sahel Ouest (BEG, Lac, Hadjer-Lamis et Kanem), à cause de la baisse importante de production agricole enregistrée. La persistance de l’insécurité dans la province du Lac pourrait aggraver la hausse des prix, particulièrement à Bol. Au Tibesti et au Borkou, les prix des produits alimentaires importés seraient en hausse à cause des faibles volumes de flux transfrontaliers. Les contraintes d’approvisionnement en intrants agro-pastoraux du fait de leur coût vont affecter profondément la campagne agricole en cours. Les mauvaises conditions pastorales et la limitation des exportations du bétail sur pied, à cause des troubles sécuritaires au niveau des frontières vont assurément provoquer une augmentation de l’offre du bétail sur les marchés et par conséquent la baisses du prix des animaux. La conséquence directe est la perte du pouvoir d’achat des éleveurs.

Mobiliser des ressources conséquentes pour mettre la réponse à l’échelle Face à la crise alimentaire et nutritionnelle annoncée, le Gouvernement du Tchad a déclaré (décret n 1520/PCMT/PMT/2022) l'urgence alimentaire et nutritionnelle et adopté le Plan National de Réponses (PNR). A travers ce décret, le Gouvernement a lancé un appel à tous les acteurs nationaux et les partenaires internationaux à venir en aide aux populations identifiées en « phase crise » et celles en « phase urgence » par une assistance humanitaire d’urgence, particulièrement l’assistance alimentaire et les activités de relèvement précoce.

Le plan vise à assister 2,1 millions de personnes en insécurité alimentaire sévère. L’Office national de sécurité alimentaire (ONASA) a annoncé une opération de vente subventionnée de 500 tonnes de céréales, par province, constituées de 300 tonnes de maïs et de 200 tonnes de riz. Le but est de permettre aux ménages de s’approvisionner en denrées alimentaires de consommation courante à des prix modérés. Le prix officiel pour le sac de maïs est de 10 000 Francs CFA tandis que celui du riz est à 12 500 Francs CFA contre 30 000 Francs CFA et 58 000 Francs CFA respectivement sur le marché. Cette subvention concerne 22 provinces du pays, excepté la capitale N’Djaména.

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Analyse
Assistance en vivres inondations2020
9 septembre 2020, Walia, N'Djamena, Tchad. Une assistance alimentaire et en moyen d'existence, dans les zones les plus affectées à travers le pays, est fondamentale maintenant. Plus tard, cela pourrait être trop tard. Photo : OCHA/Federica Gabellini.

Plus de 1,5 million de personnes les plus vulnérables risquent de ne pas recevoir d’assistance

Les acteurs humanitaires en coordination avec le gouvernement mettent en œuvre des activités d’urgence ciblant prioritairement les ménages les plus vulnérables dans un contexte marqué par un grave sous-financement.

Ces interventions s’alignent sur la priorité du cluster sécurité alimentaire visant à apporter une assistance alimentaire d’urgence aux personnes en situation d’insécurité alimentaire sévère (phase 3 et plus), en période de soudure, notamment au Sahel et dans certains départements touchés par la crise alimentaire et nutritionnelle. Des 2,1 millions de personnes ciblées, le programme alimentaire mondial (PAM) a prévu d’assister 1,06 million de personnes. Faute de ressources suffisantes, il va assister prioritairement 100 000 personnes en phase 4 dans les provinces de la bande sahélienne. Le PAM a besoin de ressources additionnelles en urgence pour couvrir les besoins alimentaires de 900 000 personnes en phase 3.

De plus, le PAM a inclus dans son plan opérationnel de couvrir les besoins alimentaires de 400 000 déplacés internes. Sur les 85 millions USD sollicités, le PAM n’a reçu que 14 millions USD. Ce qui permettra de couvrir environ 375 000 personnes en plus des 136 000 personnes additionnelles qui pourront être assistées grâce au fonds CERF/RR (5 millions de dollars). Ainsi, le nombre de personnes que le PAM pourrait assister est de 500 000. Les autres acteurs du cluster sécurité alimentaire n’ont pu mobiliser jusqu’à présent des ressources que pour assister 56 000 personnes en vivres. Il persiste donc un gap de 1,54 millions de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire.

En termes de reconstitution des moyens d’existence, la FAO a prévu d’assister 1,26 millions de personnes soit 60% des 2,1 millions en situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle, pour un montant de 123,4 millions de dollars dans l’optique de renforcer leur résilience. Malheureusement, la FAO n’a pu mobiliser que 18,7 millions, soit un gap de 104,7 millions à rechercher. Les autres acteurs du secteur ont pu mobiliser des capacités en appui aux moyens d’existence pour assister 23,000 personnes.

De façon générale à ce jour, le Plan de réponse humanitaire 2022 pour le Tchad n’a reçu que 111,6 millions sur les 510,9 millions dollars requis, soit 22% de financement. La sécurité alimentaire est parmi les secteurs les moins financés avec 3,3% de financement rapporté sur un besoin exprimé de 216,7 millions USD.

La situation de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Tchad appelle des mesures urgentes de mobilisation de financements suffisants afin de porter la réponse du secteur à l’échelle. Si aucune action n’est prise jusqu’en août 2022, il est à craindre que la situation se détériore davantage au sein des ménages affectés. Elle pourrait s’aggraver, notamment avec la cherté des produits alimentaires de base, accentuée, en partie, par les conséquences de la crise en Ukraine, l’accès difficile aux aliments et le déplacement massif des populations affectées. Différer l’assistance à ces personnes vulnérables entraînerait une conséquence directe sur la qualité de la vie des populations touchées ainsi que sur les acquis humanitaires conservés au fil des années.

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