Chad

Rapport de situation
Analyse
Nord du Tchad
Province du Tibesti. Selon les données de la base nationale (IMSMA), 90% des zones polluées par mines au Tchad se trouvent dans les provinces du Nord et de l’Est : le Borkou, l'Ennedi et le Tibesti. Crédit photo : OCHA/Philippe Rambure

Un Tchad sans mines à l‘horizon 2025 ?

Le nord du Tchad continue d'être ravagé par les mines et restes explosifs de guerre

Depuis les années 1990, le monde s’élève contre l’utilisation des mines antipersonnel, ce qui a abouti à l’adoption de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines de 1997. Aujourd’hui, même si de nombreux pays se sont entièrement débarrassés des mines, certains font encore face à cette terrible menace.

Le Tchad fait partie des pays qui souffrent toujours des menaces que représentent les mines et Restes Explosifs de Guerre (REG). Le conflit avec la Lybie, dans les années 70, a laissé aux habitants du nord du pays de nombreuses zones contaminées par des mines, des REG et des bombes à sous-munitions. Depuis, ces dangers imposent aux habitants et aux éleveurs des temps de trajet extrêmement longs pour éviter les routes minées. Selon les données de la base nationale (IMSMA), 90% des zones polluées par mines au Tchad se trouvent dans les provinces du Nord et de l’Est, communément appelées B.E.T pour les provinces du Borkou, Ennedi et Tibesti.

C’est aussi au Tchad que se trouve le champ de mines de Ouadi Doum (province de l’Ennedi), qui est probablement l’un des champs de mines parmi les plus denses au monde, selon les ONG spécialisées Mines Advisory Group (MAG) et Humanité & Inclusion (H&I). La surface contaminée est telle que son déminage nécessiterait plusieurs années de travail. En effet, la ville a été occupée par les forces libyennes durant le conflit tchado-libyen et garde de cette période une très importante contamination en termes de mines antichar, mines anti personnel et REG. Pour rappel, une mine terrestre est une charge explosive conçue et placée de façon à être déclenchée, par l'action involontaire de l'ennemi, au passage de personnes (mine antipersonnel) ou de véhicules (mine antichar).

De plus, la zone a été bombardée en 1986 par l’armée française[1], dans le but d'endommager la piste d'atterrissage construite par les Libyens.  Bien que déjà isolée du fait de sa situation géographique, la population de Ouadi Doum souffre depuis plus de 30 ans d’un isolement accru en raison de cette pollution par les mines et REG.

L’axe poids lourd – qui passait auparavant par Ouadi Doum – permettait de réaliser des échanges entre le Nord (Libye), le Centre (Faya Largeau) et le Sud (N’Djamena) qui profitaient aux populations locales qui pouvaient alors bénéficier d’un approvisionnement régulier de produits de première nécessité. Désormais, la présence du champ de mines restreint les échanges. Au niveau régional, les mouvements humains, de marchandises et de capitaux sont limités et réduisent le potentiel de développement de la région alors qu’au niveau national, le Tchad se voit privé d’un axe d’échanges avec l’extérieur. Par ailleurs, l’élevage, qui constitue la principale source de revenus pour les populations locales, est sévèrement affecté, à la fois par un approvisionnement plus difficile et par les dangers encourus par le bétail.

Depuis 2012, le Tchad a comptabilisé 3 157 victimes de mines et de REG, principalement dans les régions nord du pays. Malgré la forte contamination et les nombreux accidents, il n’existe que deux centres de ré-appareillage et rééducation au Tchad, gérés par le Secours Catholique pour le Développement (SECADEV), situés dans le sud du pays. Outre les pertes en vies humaines, les pertes en bétail sont importantes : dromadaires, zébus, chèvres, se retrouvent souvent à errer dans les champs de mines. La perte de ces animaux ne peut être sous-estimée car le bétail est un important indicateur de richesse au Tchad. Le dromadaire est inestimable pour le transport, le lait et la subsistance. Leur errement augmente grandement le risque d’accidents, car les nomades, en cherchant à récupérer leurs animaux, peuvent être amenés à s’aventurer sur les champs de mines. Environ 3 millions de dromadaires sur un total de plus de 19 millions d’animaux (caprins, ovins, équidés) circulent au Tchad[2], plus principalement dans la région nord du pays.

Enfin, avec la multiplication des routes migratoires vers la Lybie, le nord du Tchad est un point de passage pour les migrants sub-sahariens, souvent mal renseignés, qui sont donc plus à risque de se retrouver sur un champ de mines ou en présence de REG. Selon l’OIM, le total des flux enregistrés au cours de l’année 2020 est supérieur de 66 % au total des flux observés l’année précédente dans les villes de Zouarké (Tibesti), Ounianga Kebir (Ennedi Ouest) et Faya (Borkou). Ces villes n’étant pas les destinations finales voulues des migrants, on peut craindre que ceux-ci, cherchant désespérément à rejoindre l’Europe, ne se retrouvent confrontés au danger des mines et des REG, notamment à Ouadi Doum.

Ainsi, la contamination à Ouadi Doum par des mines antipersonnel, des mines antichar et des REG, tout en constituant un frein majeur au développement socio-économique de la région, menace directement la sécurité physique des habitants des villages environnants et des nomades. Cet important champ de mines doit être éliminé afin d’améliorer la vie des habitants de l’Ennedi et de rapprocher le Tchad de son objectif « un Tchad sans mines d’ici 2025 ».

[1] https://www.pilote-chasse-11ec.com/lattaque-de-ouadi-doum-1-ere-partie/

[2] Atlas du Tchad, Programme du Système d’information pour le développement rural et l’aménagement du territoire (P-SIDRAT), réalisé avec l’appui de l’Union Européenne, 2013

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