Chad

Rapport de situation
Article principal
Travailler avec le gouvernement
3 septembre 2021, Bararine, Ouaddaï. Les actions de développement ne peuvent prospérer qu’avec l’engagement du Gouvernement. Dr Hamadou Abba (au milieu) expliquant à la mission les différents volets d'activités. Crédit photo : OCHA/Augustin Zusanné.

La réponse humanitaire d’’urgence ne suffit plus, il faut qu’elle soit accompagnée d’actions de développement

À Kouchan, un village situé à environ 18 kms à l’ouest de Biltine dans le Wadi-Fira, la malnutrition aigüe fait rage, particulièrement pendant la période de soudure. Le PAM et l’Association pour la promotion du développement intégré et de la formation (APPRODIF) fournissent une assistance saisonnière pour trois mois pour sauver des enfants âgés de 6 à 23 mois.

Chaque année, le PAM apporte cette assistance à plusieurs localités à travers le Tchad, comme Kouchan, pour sauver les enfants dont les parents sont pour la plupart très pauvres.

Cette année, plus d’1,7 million de personnes sont en insécurité alimentaire sévère et le PAM ne peut en aider que 690 000, soit moins de la moitié, faute de financement. Les réfugiés soudanais, centrafricains et nigérians au Tchad ont même vu leurs vivres coupés en raison du sous-financement.

Attor Waddak, le chef du canton Mimi-Goz II, d’où est issu Kouchan, est conscient de la situation et ne veut pas d’une assistance humanitaire qui perdure, mais plutôt d’un appui à l’autonomie.

L’assistance est bien, mais produire sa propre nourriture est mieux, parce que le bienfaiteur pourrait se fatiguer de vous un jour”, déclare-t-il, avisé.

Le Représentant du PAM rebondit sur cette déclaration : “Ce qui ferait ma fierté, c’est de revenir ici deux ou trois ans après, non pas pour continuer à fournir l’assistance alimentaire, mais plutôt pour acheter de la nourriture pour les réfugiés qui en ont vraiment besoin”, espère Claude Jibidar.

Changer des vies, c’est d’ailleurs le but visé à travers les différents projets de résilience, d’autant que ces initiatives réduiront les vulnérabilités chroniques des communautés. Un des exemples de ce type de projet est mis en oeuvre à Amchoka où les villageois ont monté un grenier communautaire leur permettant de vendre des céréales à un bon prix pendant la période hivernale et de mettre leur village à l’abris des vulnérabilités chroniques grâce au produit de la vente.

En plus de cela, les paysans arrivent à transformer leurs produits de récoltes à travers les outils de séchage.

Les partenaires financiers de l’humanitaire commencent à comprendre l’importance du nexus humanitaire-développement-paix pour sortir les communautés des vulnérabilités.

Aujourd’hui, les bailleurs de fonds eux-mêmes savent que répondre aux besoins humanitaires seuls ne suffit plus, il faut y ajouter le développement. Pour cela, nous devons mutualiser nos moyens. Si nous sommes venus ensemble aujourd’hui, c’est aussi pour vous donner un message, celui de travailler ensemble, comme une communauté en appui au Gouvernement”, fait savoir M. Dieudonné Bamouni, Chef de bureau d’OCHA.

Travailler ensemble est un des piliers du nexus qui permet d’être efficace sur le terrain. C’est ce que pensent certains membres de l’équipe humanitaire du Tchad.

Aucune entité ou institution ne peut atteindre ses objectifs, seule ; il faut travailler ensemble et délivrer comme une seule entité, sur le terrain”, conseille M. Sennen Hountong, Représentant de l’UNFPA au Tchad.

Il n’y a pas que les acteurs humanitaires qui doivent travailler ensemble pour mutualiser les efforts. Les communautés ont aussi donné le ton à travers ces différents projets. Plusieurs villages travaillent côte à côte pour apprendre, comme c’est le cas au site de Bagarine, situé à une encablure d’Abéché. Là-bas, le PAM a mis en place un centre d’apprentissage communautaire pour former les membres de six coopératives sur les techniques agricoles innovantes.

Travailler ensemble permet également d’éviter les conflits intercommunautaires, devenus récurrents autour des ressources naturelles ces dernières années. On peut ici ajouter la composante paix du nexus pour booster le développement local.

L’autre aspect très intéressant du projet d’apprentissage des communautés à Bagarine est l’implication directe de l’Etat, à travers la délégation provinciale de l’Agriculture du Ouaddaï comme partenaire de mise en œuvre du PAM, avec la participation de l’Université Adam Barka d’Abéché. La collaboration de l’Etat est certes appréciée, mais il serait encore plus utile que les autorités nationales s’approprient ces approches pour inscrire leur impact dans la durée.

URL:

Téléchargé le: