Chad

Rapport de situation
Analyse
Situation comparative de la production céréalière et du nombre de personnes en insécurité alimentaire sur les 3 dernières années
Sources : Cadre Harmonisé (Nov.18, Nov.19 et Nov.20)

Résultats des analyses du Cadre Harmonisé

Le Gouvernement du Tchad et ses partenaires, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), ont publié en décembre 2020 les résultats des analyses du Cadre Harmonisé sur l’état de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le pays.

Selon ces résultats, plus de 5 600 personnes sont en « phase urgence » (phase 4 sur 5) pour la période octobre-décembre 2020 ; ce chiffre serait multiplié par dix jusqu'à atteindre près de 55 000 personnes au cours de la prochaine période de soudure de juin à août 2021. Ces personnes nécessitent une assistance humanitaire, y compris une aide alimentaire gratuite, ainsi que d’autres activités de relèvement et de renforcement de la nutrition, de la santé, des moyens d’existence et des capacités de résilience.

Aucun département n'a été déclaré en « phase crise » (phase 3 sur 5), même si près de 600 000 personnes ont été identifiées comme étant dans cette phase pendant la période d'octobre-décembre 2020. Quant à la phase 2, « sous pression », 28 départements et 2,1 millions de personnes sont concernés. La situation devrait s'aggraver au cours de la période de soudure (juin-août 2021), avec 14 départements et plus de 1,1 million de personnes en phase « crise » ou « urgence » (phases 3 et 4), nécessitant une intervention humanitaire, de relèvement et de renforcement de la nutrition, de la santé et des moyens de subsistance. Dix autres départements (portant le total à 38) devraient être « sous pression » entre juin et août 2021, affectant plus de 2,8 millions de personnes.

Les provinces les plus touchées sont, entre autres, le Wadi-Fira, le Logone Oriental, le Lac, le Logone Occidental et le Kanem. Les provinces des deux Logones sont sérieusement affectées, avec plus de 112 000 personnes touchées (octobre-décembre) et 175 000 personnes en période de soudure. Cependant, si l’on considère la proportion, par province, des personnes en insécurité alimentaire, on se rend compte qu’une partie importante de la bande sahélienne ainsi que le nord-ouest du Tchad sont les zones les plus affectées.

Le changement climatique et les inondations exceptionnelles de 2020 ont également eu un impact sur l'insécurité alimentaire : des centaines de milliers d’hectares de terre cultivées ont été détruits, des milliers de têtes de bétail ont été emportées par les eaux, et les stocks des commerçants des marchés inondés ont été sérieusement affectés. Près de 400 000 personnes ont été touchées, d'une manière ou d'une autre, par les récentes inondations.

Dans l’ensemble, la bonne nouvelle est que ces prévisions sont meilleures que ce qui avait été prévu en juin lors de la révision du plan de réponse humanitaire (HRP), lorsque l'impact de la COVID-19 avait été analysé comme plus important. À ce moment-là, dans le contexte de la COVID-19, le Tchad avait pris, en mars 2020, des mesures restrictives essentielles qui ont perturbé le bon fonctionnement des marchés et limité les opportunités de sources de revenus pour la plupart des ménages. Ces mesures sont notamment la fermeture des frontières, la limitation des déplacements et la fermeture des boutiques à l’exception de celles vendant les produits agroalimentaires.

Une disponibilité alimentaire décroissante au fil du temps

La production céréalière prévisionnelle de la campagne agricole 2020-2021 est quasi-identique à celle de l’année dernière. Elle est estimée à 2 901 683 tonnes, soit une légère baisse de 0,8 % par rapport à 2019-2020 (2 925 293 tonnes). Cependant, l’analyse rétrospective basée sur les résultats des Cadres Harmonisés annuels permet de voir que la production céréalière n’a cessé de baisser depuis ces trois dernières années. Cela a une incidence sur le nombre de personnes en insécurité alimentaire dans le pays, comme le montre le tableau ci-dessous.

Relevons cependant que la production céréalière de la campagne agricole 2020-2021 est partielle puisqu’elle ne prend en compte que les récoltes issues des cultures pluviales. Il faudra attendre février ou mars 2021 pour avoir les données totales de la production céréalière de la campagne en cours.

En outre, l'analyse du Cadre Harmonisé a révélé que les marchés sont bien approvisionnés en céréales et autres produits agricoles à partir des récoltes pluviales de la campagne 2020-2021. Cette disponibilité est renforcée par les stocks des commerçants et les importations du Cameroun et du Soudan qui compensent donc la diminution de production tchadienne constante depuis ces trois dernières années. Toutefois, les prix des céréales sont généralement en hausse par rapport à la moyenne des cinq dernières années dans la zone sahélienne et stables dans la zone soudanaise. Cette hausse est due à l'augmentation du coût du transport, aux mesures prises par le Gouvernement contre la COVID-19 ainsi qu’aux fortes inondations qui ont perturbé les flux.

La situation nutritionnelle demeure préoccupante

Dans la plupart des départements au Tchad, la situation nutritionnelle est préoccupante selon les analyses basées sur les résultats de l’enquête nationale de sécurité alimentaire et de nutrition (ENSAN) d’octobre 2020. D’après ces résultats, 12 départements issus de sept provinces (Chari-Baguirmi, Guéra, Hadjer-Lamis, Kanem, Lac, Logone Occidental, Logone Oriental et Mandoul) connaissent une situation nutritionnelle de malnutrition aigüe globale (MAG) comprise entre 5 % et 10 %. Si les personnes en insécurité alimentaire ne reçoivent pas d’aide alimentaire adéquate, elles peuvent vite basculer dans la malnutrition.

Si l’on considère la médiane des résultats de l’enquête nutritionnelle SMART des cinq dernières années (2015-2019), la situation présente des taux de MAG supérieurs au seuil d’urgence de l’OMS (15 %) dans huit provinces (Barh-El-Ghazal, Batha, Borkou, Ennedi-Est, Ennedi Ouest, Kanem, Sila et Salamat). Ces taux sont supérieurs au seuil d’alerte de 10 % dans sept provinces (Ouaddaï, Guéra, Hadjer-Lamis, Lac, Sila, Chari-Baguirmi et Wadi-Fira).

Actions à prendre pour maîtriser la situation

Globalement, les analystes du Cadre Harmonisé recommandent d'aider les populations dans les phases 3 à 5, soit plus de 600 000 personnes entre octobre et décembre 2020, et plus d’un million en période de soudure 2021, par des programmes de transferts monétaires, des ventes de céréales à prix modérés et une aide alimentaire gratuite. Il est aussi recommandé d'assurer la prévention et la gestion de la malnutrition. D’autres recommandations visent la prise des actions de résilience en faveur de 2 113 378 personnes en phase « sous pression » et 12 476 881 en phase « minimale » pour protéger leurs moyens d’existence. Il faut également assurer le suivi rapproché de la situation alimentaire, nutritionnelle et pastorale dans les zones à risque. Cependant, les financements reçus à ce jour ne permettront pas aux acteurs humanitaires d’aider le gouvernement à répondre à tous ces besoins. Au 06 janvier 2021, la sécurité alimentaire a été financée à 47 % et le secteur de la nutrition a reçu près de 34 % des financements requis. Si davantage de financements ne sont pas reçus, la situation des personnes en insécurité alimentaire et nutritionnelle risque de s’aggraver avant la prochaine période de soudure.

Ce Cadre Harmonisé permettra au Plan de réponse humanitaire de 2021 d’être aussi complet que celui de 2020 puisque les chiffres de ces analyses seront reflétés dans le calcul des personnes dans le besoin d’aide humanitaire au Tchad. Les résultats de l'enquête nutritionnelle SMART seront également intégrés à ces prévisions.

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