Chad

Rapport de situation
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Une famille retournée à Djako
Un ménage de 15 personnes sur le site des retournés de Djako. Le site comprend 245 ménages, soit 1109 individus (dont 908 femmes et enfants). La quasi-totalité des abris, fournis par l'OIM et le SECADEV entre 2014 et 2017 avec le financement du CERF, sont aujourd'hui dans un état de délabrement avancé. La plupart des familles sont exposées aux intempéries, et les groupes vulnérables tels que les personnes âgées, les femmes enceintes et les enfants sont particulièrement touchés. La surpopulation est également un problème majeur sur le site. 163 ménages de 3 à 15 membres vivent dans des abris de 4 m sur 3,5 m. Beaucoup d'entre eux sont obligés de construire des abris de fortune avec des branches d'arbres et des feuilles. Pour répondre à l'urgence des abris, ACTED mène un projet visant à reconstruire/réhabiliter les abris pour tous les ménages du site. ©OCHA/F.Gabellini

Etrangers à la maison : la lutte des retournés tchadiens

Suite à la dernière flambée de violence en République centrafricaine (RCA) en 2013, des milliers de Tchadiens vivant en RCA ont trouvé refuge au Tchad, principalement dans les provinces du sud du pays. Contrairement à leurs voisins centrafricains qui ont traversé la frontière pour fuir la violence dans leur pays et s'inscrivent dans le profil traditionnel des « réfugiés », les Tchadiens sont retournés dans leur pays d'origine. Ce sont des « retournés » : des ressortissants tchadiens qui ont vécu à l'étranger pendant des décennies et ont ensuite été forcés de rentrer « chez eux » en raison du conflit.

Environ 115 000 de ces retournés vivent actuellement au Tchad, dont 70 000 dans le Sud. Pour beaucoup d'entre eux, le Tchad est un endroit inconnu et peu familier. Ils font face à d'énormes défis, notamment le manque de documentation et l’incapacité à accéder aux services de base, la dépendance à l'aide humanitaire et le partage des maigres ressources avec les communautés d'accueil qui sont elles-mêmes frappées par la pauvreté. Leur attachement à un pays étranger et leur relative méconnaissance de leur pays d’origine entraînent des obstacles insurmontables à leur réintégration.

Ce reportage photo donne un aperçu des défis auxquels sont confrontés les retournés tchadiens vivant dans les sites de déplacés de Danamadja, Djako et Kobiteye dans les provinces du Logone Occidental et du Logone Oriental.

Abris en mauvais état

Le site des retournés de Djako comprend environ 1 100 personnes, dont plus de 900 femmes et enfants. La quasi-totalité des abris, fournis par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l'organisation non gouvernementale (ONG) SECADEV entre 2014 et 2017 avec un financement du Fonds central d'intervention d'urgence (CERF) des Nations Unies sont actuellement en mauvais état. La plupart des familles sont exposées aux intempéries et les groupes vulnérables tels que les personnes âgées, les femmes enceintes et les enfants sont particulièrement touchés.

Le surpeuplement est également un problème majeur sur le site. La plupart des ménages, qui comptent entre 3 et 15 membres, vivent dans des abris de 4 sur 3,5 mètres. Beaucoup d'entre eux ont été contraints de construire des abris de fortune à partir de branches et de feuilles d'arbres. Pour répondre à l'urgence des abris, l'ONG ACTED mène un projet qui vise à reconstruire les abris du site.

"Notre plus gros problème est l'accès à l’alimentation"

Ces mots sont de Hamadou Tidjani, président intérimaire du site de Kobiteye. En raison du sous-financement, les partenaires humanitaires ont été contraints de réduire leur contribution à l'aide alimentaire. En 2016, chaque retourné a reçu, chaque mois, 5 500 francs de la communauté fiancière africaine (CFA), soit environ 9 dollars américains. Aujourd'hui, cette aide est tombée à 3 000 CFA (environ 5 US $) par mois.

La malnutrition est l'une des principales causes de mortalité infantile au Tchad, où un enfant sur huit décède avant l'âge de 5 ans. C’est le deuxième taux de mortalité des moins de cinq ans le plus élevé au monde.

Faible accès aux soins de santé

Depuis la fermeture du centre de santé de Kobiteye en 2016, toutes les urgences, y compris les accouchements, ont été renvoyées au centre de santé de Danamadja ou à l'hôpital de Goré. Le centre de santé est, cependant, géré par une seule personne et manque même des médicaments les plus élémentaires. De nombreuses personnes n'ont pas les moyens financiers de payer des soins adéquats à l'hôpital de Goré et sont obligées de recourir à la médecine traditionnelle.

« La plupart de nos femmes accouchent à domicile, assistées par une sage-femme formée en 2016-2017 par l'International Rescue Committee (IRC). Lorsqu'elles sont malades, la plupart des retournées se soignent avec des écorces, des plantes ou des médicaments bon marché disponibles dans la rue. "

Opportunités d'emploi rares

De nombreux retournés n'ont pas de documents d’identité ou civil de base. Les processus de demande de tels documents prennent souvent des années, ce qui les empêche de revendiquer une gamme de droits et de services.

" Parmi les retournés, nombreux sont ceux qui sont nés en RCA et qui y ont passé environ 30 à 40 ans. En RCA, nous mangions bien et nous avions la possibilité de travailler et de gagner un peu d'argent", explique Hamadou Tidjani, le Président intérimaire du site de Kobiteye.

"Ici au Tchad, nous n'avons aucune activité, nous sommes confrontés à des restrictions de mouvement et nous vivons dans une dépendance totale à l'aide humanitaire."

Les activités cash for work (petit commerce, jardinage, couture, etc.) menées par ACTED visent à renforcer la résilience de la communauté et à fournir aux personnes des revenus à moyen terme pour soutenir leurs moyens de subsistance.

Un avenir sombre pour les étudiants

"Je suis arrivé sur le site de Kobiteye le 8 août 2014. Cinq ans plus tard, j'ai un sentiment de frustration et d'abandon", explique Nana Idrissa, 29 ans. Il a obtenu son baccalauréat en 2013 et est l'un des dix enfants dans sa famille. " Notre situation précaire nous empêche, nous les jeunes, d'aspirer à un avenir meilleur et de contribuer au développement de notre pays", a déclaré Nana. "Si l'État pouvait mettre en place un programme de bourses d’étude pour quelques jeunes diplômés par an, il pourrait progressivement nous aider à nous intégrer dans la société en nous donnant la possibilité de poursuivre les études, car nos parents n'ont pas les moyens de payer nos frais de scolarité. Sur le site de Kobiteye, nous sommes actuellement une trentaine à être titulaires du baccalauréat mais sans la possibilité de continuer nos études. Nous restons à la maison avec nos familles. Certaines filles n'ont d'autre choix que de se marier pour être prises en charge par leurs maris. Les lycéens se sentent découragés parce qu’ils savent d'avance que leurs études s'arrêteront au baccalauréat, sans aucune perspective à l'horizon. "

Situation toujours précaire, six ans plus tard

Pour Hamadou Tidjani, président intérimaire du site de Kobiteye, le calvaire des retournés dure depuis trop longtemps. « Lorsque nous sommes arrivés au Tchad, aidés par notre gouvernement après le conflit en RCA, nous pensions que nous serions pleinement réintégrés dans la société après un ou deux ans et ferions bon usage de nos compétences. Malheureusement, six ans se sont écoulés et nous sommes toujours dans cette situation précaire, sans travail et obligés d’attendre, les bras croisés, le jour de la distribution de l'aide humanitaire. " Malgré les généreuses contributions des bailleurs, le plan de réponse humanitaire 2019 pour le Tchad est resté gravement sous-financé. Le plan - qui aide à garantir que l’assistance vitale atteigne les communautés les plus vulnérables, y compris les retournés tchadiens de la RCA - a reçu un peu plus de la moitié des 477 millions de dollars requis par les partenaires humanitaires.

Pour soutenir directement la fourniture de l'aide aux personnes en crise dans des pays comme le Tchad, vous pouvez faire un don ici.

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