Chad

Rapport de situation
Analyse
Chiffres clés de la Province du Lac
Chiffres clés de la Province du Lac

Aperçu de la situation sécuritaire et humanitaire au Lac

Situation sécuritaire / accès

La situation sécuritaire reste volatile et préoccupante pour la période reportée, à cause de la récurrence des attaques armées, parfois suivies d’exactions et enlèvements de civils. Ces actions ont eu un impact sur l’accès humanitaire, essentiellement dans la partie ouest de la province, considérée comme une zone d’opérations militaires et qui est frontalière avec le Niger, le Nigeria et le Cameroun.

Les principaux facteurs limitant l’accès humanitaire liés à la sécurité ont été : la recrudescence des attaques des GANE, les mouvements de populations à titre préventif pour être à l’abri des attaques, et les incidents liés à la pose d’engins explosifs improvisés. Deux incidents liés à l’explosion des mines artisanales ont fait quatre blessés et deux morts. Ces incidents sécuritaires ont été enregistrés au niveau des sous-préfectures de Ngouboua, Kaiga Kindiria et au sud de Bol. Ces zones sont restées inaccessibles aux acteurs humanitaires qui n’ont pas pu apporter de l’aide aux milliers de personnes dans le besoin à cause de la situation sécuritaire qui y prévaut. Afin de pallier les problèmes d’insécurité et d’accès, les autorités du Département de Kaya envisagent de relocaliser la population de l’axe Ngouboua-Tchoukoutalia sur le site de Fourkoulom.

Des rumeurs d’infiltration de sites de déplacés se multiplient, de même que des attaques ciblées, notamment celle de la nuit du 31 juillet au 1er août à Tinana au nord-est de Diamerom. En outre, plusieurs cas d’incursion avec extorsion des biens, enlèvements (surtout des femmes) et tueries, attribués aux GANE, ont été rapportés.

Selon le résultat des activités de monitoring de protection, 146 incidents ont été enregistrés au mois d’août, contre 85 en juillet. Pour faire face aux attaques des GANE, les forces de défense et de sécurité ont procédé au renouvellement des éléments militaires restés dans la zone plus de deux ans, et à des réajustements stratégiques consistant à créer des secteurs militaires plus larges avec un effectif plus important dans les îles, et également plus proches des frontières pour contrer les incursions des GANE.

Par ailleurs, tout comme la région de l'extrême-Nord du Cameroun et dans les zones limitrophes du Tchad, à N’Djamena et à Kousserie, la province du Lac a été la cible de fortes menaces d’enlèvements des acteurs humanitaires à la fin du mois d’août. Ces menaces font suite à l’incident survenu sur un convoi de six travailleurs humanitaires et leur guide, tués au Niger début août.

En même temps, il faut signaler le dénouement heureux pour le personnel du district sanitaire de Baga Sola, en captivité aux mains d’un GANE depuis le 30 octobre 2019, et libérés le 28 août, 10 mois après leur enlèvement.

Situation humanitaire

La situation humanitaire dans la province du Lac a été marquée au cours du mois d’août par la hausse des alertes sur les mouvements de population dus à la poursuite des attaques des GANE dans la partie ouest ainsi qu’à la forte pluviométrie provoquant l’inondation des champs et les mouvements de populations sinistrées. Ces facteurs ont entraîné des conséquences multisectorielles (voir détails opérationnels des clusters dans la partie besoins et gaps ci-dessous) dans le train de vie des populations et a augmenté leur vulnérabilité en alimentation, abris, santé, en eau et assainissement, en protection et en éducation.

Cela augure des conséquences fâcheuses en termes de baisse de production et de disponibilité alimentaire, risquant d’aggraver la situation nutritionnelle déjà précaire (MAG : 12,3% et MAS : 2,3%). Ceci vient s’ajouter à un contexte de lutte contre la pandémie de COVID-19 qui a également affecté la province du Lac.

Poursuite de la réponse COVID-19 dans la province : Début septembre, la situation épidémiologique se présentait comme suit : cinq cas confirmés, un décès, et 792 personnes confinées. La dotation de la Province d’un appareil de diagnostic (Gen-Expert, appareil à PCR-Polymerase Chain Reaction) et des intrants permet désormais d’effectuer les tests COVID-19 sur place, réduisant ainsi la période d’attente des résultats qui provenaient de N’Djamena. Certes, la situation épidémiologique n’a pas évolué depuis le mois de mai, mais la communauté humanitaire continue d’appuyer les autorités provinciales dans le cadre de la lutte contre la COVID-19. La réponse est intégrée de manière transversale dans tous les secteurs en vue de renforcer la prévention. Plusieurs partenaires humanitaires contribuent aux séances de sensibilisation sur les mesures barrières dans l’ensemble de la province. Ces interventions se font dans un cadre de coordination à la réunion de communication COVID-19, au sein du sous cluster santé, ainsi que dans les cadres de concertation institués aux niveaux départemental et provincial.

Augmentation des mouvements de population : Les évaluations multisectorielles menées par l’inter-cluster et le RRM du 27 au 29 août sur 14 sites de déplacement (Département de Mamdi : Koudou-kolê, Darkani; Département de Kaya: Fourkoulom, Kousserie 2, Dar Al kheir 2 et Kollom; et Département de Fouli : Diamerom, Kadoulou, Walirom, Yakirom, Nima, Tchoukoukania, Tataverom et Djilkori) ont estimé à 96 967 le nombre de personnes évaluées et atteintes. Ce chiffre s’ajoute à 45 092 personnes déplacées dans neuf sites (Amma, Diamerom, Fourkoulom, Fourkoulom Nord, Doum doum, Kousserie Fourkoulom, Malmairie, Ngorerom et Ngourtoukoumboua) de janvier à juillet 2020 ; soit un total de 142 059 individus. Cela représente presque la moitié des chiffres de suivi de mouvements de population publiés par la Matrice de Suivi de Déplacement (DTM) pour le 12ème Round couvrant la période de juin-juillet 2020 qui estime le total des personnes déplacées au Lac à 363 807 personnes. Le site Daboua école, qui a accueilli de nouveaux déplacés, a également été couvert.

Les résultats préliminaires obtenus montrent que les deux principales causes de mouvements rapportés ont été les attaques des GANE et les inondations. Les populations affectées sont majoritairement constituées de femmes, d’enfants et quelques personnes âgées. Habitant dans des abris de fortune, elles sont exposées aux intempéries pendant cette période d’hivernage. Plusieurs enfants et certains adultes présentent des signes de paludisme, et d’infections respiratoires aiguës. Les besoins les plus urgents sont en nourriture, AME/Abris, WASH et santé. Les capacités de réponse existantes sont faibles pour fournir des réponses immédiates.

Le retour précoce des pluies en juin et la montée des eaux qui s’en est suivie a provoqué les inondations des champs et villages et a contribué à l’augmentation de l’insécurité. En dehors des 33 000 personnes affectées directement à la suite d’inondations, le service de l’ANADER a relevé que 14 000 hectares semés, appartenant à plus de 55 000 exploitants, ont été détruits et ne pourront par conséquent pas produire des vivres nécessaires pour la subsistance des familles de leurs propriétaires.

Activation du groupe de travail mouvements de population dans le Lac : L’harmonisation des données sur les personnes déplacées internes pose un problème dans la province du Lac. Les chiffres des populations en déplacement diffèrent d’un partenaire à un autre, de même que l’appellation d’un site ou village, les coordonnées des sites ne sont pas les mêmes, entre autres. Ces anomalies devront trouver une réponse à travers l’activation du groupe de travail (GT) sur les mouvements de population. Ce GT se réunira après les rounds DTM afin de nettoyer les données qui seront présentées à l’inter-cluster avant partage avec la communauté humanitaire.

Activation du mécanisme de réponse rapide (RRM) au Lac : Le RRM est un instrument important d’appui à la coordination de la réponse multisectorielle en vue de renforcer le mandat humanitaire et de sauver des vies. Il est financé essentiellement par ECHO avec des moyens souples de réaction rapide en cas de choc lié à un conflit armé ayant provoqué des mouvements de population dans un délai de moins de trois mois. Les secteurs clés d’intervention sont le WASH (lead ACF), la protection (lead INTERSOS). Les principaux acteurs sont l’UNICEF (leadership technique), le consortium ACF/INTERSOS (partenaires de mise en œuvre), le PAM (aspects liés à la sécurité alimentaire) et OCHA (coordination humanitaire du mécanisme). OCHA veille à la cohérence avec les autres acteurs et mécanismes existants. Les autorités ainsi que la communauté humanitaire du Lac plaident pour un mécanisme de plus grande ampleur et l’ajout de la santé dans les secteurs à couvrir vu l’importance des besoins en cette période d’augmentation des mouvements de populations vulnérables.

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