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Rapport de situation
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Discussion sur les problèmes de femmes
1er septembre 2021, Bregue-Birguit, province du Batha. La Coordonnatrice du sous-cluster VBG discute des problèmes liés au genre avec les femmes. Crédit photo : OCHA/Augustin Zusanné.

Et le genre dans tout cela ?

Au Tchad, les femmes ont plus difficilement accès au pouvoir de décision, compte tenu des normes socio-culturelles. Malgré cela, dans tous les projets de renforcement de la résilience visités à l’occasion de cette mission (forêt communautaire, seuil d’épandage, agroforesterie, mare communautaire, grenier communautaire ou centre d’apprentissage), les femmes sont omniprésentes, et leur travail est très apprécié.

“L’apport des femmes est plus important que celui des hommes. Nous avons essayé de travailler la mentalité des hommes, il y a un changement. C’est la base de tout projet viable”, renforce Serge Badigué, directeur de PEDC, à Oum-Hadjer.

Ces femmes travaillent plus que les hommes dans l’agriculture et l’agroforesterie, mais aussi croupissent sous le poids d’accouchements multiples, rapprochés, sans présence de sages-femmes ; ce qui entraîne des décès de mères et de nouveau-nés, des malnutritions sévères, un taux de dépendance très élevé et une grosse perte de productivité ;

Les normes sociales et culturelles sont telles que la femme a la plus grande charge de travail que l’homme dans ces activités communautaires, mais la répartition des gains issus des programmes est égale. Le gain des femmes est utilisé pour la survie des ménages tandis les hommes ont de marge de manœuvre pour leurs besoins individuels.

La femme est l’actrice principale dans la production, en plus de son rôle de dispensatrice de soins de la famille, mais n’a aucun contrôle sur la gestion des ressources, encore moins le sien. En plus, la majorité de ces femmes sont des cheffes de ménages car, souvent leurs maris ont émigré vers les sites d’orpaillage ou vers les villes.

La coordonnatrice du sous-cluster violences basées sur le genre (VBG) relève cette problématique récurrente qui mine le travail communautaire. “Les mutilations génitales féminines, les mariages précoces, les viols et violences physiques reviennent toujours dans les discussions avec les femmes. Les gens sont informés mais le problème continue. Les femmes sont intimidées”, déplore Adeline Binon Diombo.

Si la maîtrise de l’eau est la colonne vertébrale du développement, l’intégration de la sécurité contraceptive à la sécurité alimentaire d’une part et l’intégration de la prévention des violences faites aux femmes y compris les pratiques néfastes permettent d’avoir une adéquation entre la croissance démographique, et la croissance économique et réduction de la pauvreté.

La prise en compte du genre est un travail de longue haleine, surtout quand il y a des VBG. “Sur les VBG, il faut un travail de fond, et cela prend du temps. Avant, les femmes n’étaient même pas autorisées à prendre la parole en public et à mener leurs propres activités. Maintenant, tout cela a changé, mais beaucoup reste quand même à faire”, informe Abdoulaye Baine, directeur de Moustagbal.

La mutualisation des actions que souhaite voir M. Sennen Hounton, Représentant de l’UNFPA, prend justement en compte l’aspect genre et la santé de la reproduction. La réalisation d’un projet conjoint est attendu, intégrant le renforcement de la résilience, la lutte contre la malnutrition et l’insécurité alimentaire, la sécurité contraceptive, la prise en compte de l’aspect genre dont la lutte contre les violences à l’égard des femmes

En guise de conclusion à la mission, le PAM, les agences membres de la délégation ainsi que les autres acteurs humanitaires partagent entièrement le point de vue du chef de canton de Mimi-Goz II qui souhaite voir sa population voler de ses propres ailes au lieu d’être perpétuellement dépendante de l’aide humanitaire.

Cet encouragement du chef du PAM à l’endroit des acteurs humanitaires est sans équivoque : “Vous avez tous fait un travail extraordinaire en sauvant des vies. Mais il y a une chose pour laquelle nous avons failli et nous devons en être honnête : avoir des gens qui ont été dans l’urgence pendant 14 ans. Aujourd’hui, il faut non seulement sauver des vies mais changer des vies”, invite Claude Jibidar.

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