Mali

Rapport de situation

Faits saillants

  • Trois incidents de protection sur quatre sont enregistrés dans le centre du pays
  • L'assistance humanitaire se poursuit en dépit des contraintes d'accès
  • Le Mali compte maintenant plus de 250 000 personnes déplacées internes
  • 1885 cas de COVID-19 dont 106 décès étaient notifiés au 16 juin
  ©OCHA/Katy Thiam
La situation de la protection s'est beaucoup détériorée dans la région de Mopti. On note une augmentation constante des incidents portant atteinte à la protection des civils. Crédit: Katy Thiam/OCHA

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Rapport de situation

Chiffres clés

1.5M
Pers. en insécurité alimentaire sévère
5M
Personnes en insécurité alimentaire
250K
Pers. déplacées internes (DTM avril 2020)

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Rapport de situation

Financement

$393.2M
Requis
$143.3M
Reçu
36%
Progrès
FTS

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Contacts

Soraya Adouane

Chef de Bureau p.i

Katy Thiam

Chef de l'Unité Information Publique et Plaidoyer

Ibrahima Kone

Chargé de l'Information Publique

Mali

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Visuels

Les incidents affectant la protection des civils de plus en plus préoccupants surtout dans le centre du pays

Protection

La dernière semaine du mois de mai a été particulièrement meurtrière dans la région de Mopti. Elle a été marquée par une recrudescence des incidents sécuritaires dans les cercles de Koro, Bandiagara, Bankass et Douentza.

Selon les informations recueillies auprès des partenaires au moins 68 personnes civiles seraient tuées au cours d’attaques ayant conduit à de graves violations des droits de l’homme durant cette semaine. A cela s’ajoute un accident causé par un engin explosif survenu dans le cercle de Douentza et ayant fait huit morts civils et une trentaine de blessés dont cinq graves.

Au niveau national, 367 incidents constituant des violations des droits humains -dont des atteintes au droit à la propriété, au droit à l’intégrité physique, au droit à la vie, à la liberté et à la sécurité des personnes, à l’accès aux services sociaux de base ainsi que des déplacements forcés de populations- ont été enregistrés en mai 2020. Ceci représente une détérioration de la situation de protection comparativement aux mois de février, mars et avril où 144 incidents, 351 incidents et 332 incidents ont été respectivement documentés.

Plus de 75 pour cent des incidents rapportés en mai (soit 282 incidents) ont eu lieu dans les régions de Mopti (175 cas) et de Ségou (107 cas), au centre du pays. Les autres incidents se sont déroulés dans le nord du pays dans les régions de Gao (47 cas), Tombouctou (30 cas) et Ménaka (8 cas).

On note une hausse des incidents affectant la protection des civils. Pour la première fois depuis le début de l’année, les atteintes à l’intégrité physique et/ou psychique sont le type de violation le plus fréquent. Les atteintes au droit à la vie sont en constante augmentation depuis janvier et les atteintes au droit à la propriété restent élevées avec 105 cas documentés.

Les hommes restent les personnes les plus touchées par la violence. Cependant, les femmes et les enfants font désormais également partie des victimes. En mai, 33 garçons et 25 filles ont été touchés par des violations et cela est dû à l'augmentation des attaques de nature indiscriminée.

Les partenaires humanitaires s’inquiètent face à la recrudescence des actes portant atteinte à la protection des civils et appellent au strict respect des droits humains y compris pour les populations vivant dans les zones de conflits.

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Analyse
partenaires par région

Les partenaires arrivent à surmonter les difficultés liées à l’accès humanitaire pour fournir l’assistance

Bien que parfois compromis par endroits, l’accès humanitaire reste largement possible au Mali. Les interventions humanitaires se poursuivent dans toutes les localités du pays où elles sont nécessaires. Elles peuvent être temporairement limitées ou retardées par l'insécurité sans pour autant aboutir à une cessation complète.

Toutefois, il convient de noter que le niveau de déploiement des acteurs humanitaires varie d’une région à une autre. La présence des organisations est plus importante en nombre dans les régions touchées par les conflits notamment dans le nord et le centre du pays que dans le sud (cf. graphique). Cette situation pourrait s’expliquer, entre autres, par l’ampleur des besoins humanitaires, les fonds disponibles et les capacités d’adaptation aux conditions d’accès.  

Les contraintes d’accès sont principalement causées par les activités des acteurs armés, les tensions inter communautaires, l’utilisation des engins explosifs improvisés et l’absence des autorités politico-administratives et des forces de défense et de sécurité dans certaines localités.

Au total, 180 incidents criminels ont touché des organisations humanitaires en 2019 comparativement à 58 incidents sécuritaires durant le premier trimestre de 2020. Des incidents, tels que les contrôles irréguliers, les détentions arbitraires de personnels humanitaires, les introductions par effraction dans les locaux des organisations humanitaires notamment à Ménaka, les menaces d’enlèvement et les vols de véhicules, continuent d’être rapportés dans le nord et le centre du pays.

La menace relative aux engins explosifs improvisés dans les régions du nord et du centre et les risques générés par les conflits inter communautaires, en particulier dans la région de Mopti, peuvent parfois bloquer ou ralentir les mouvements des organisations humanitaires et entraver l'accès des populations civiles aux moyens de subsistance et aux services sociaux de base.

De plus, les contraintes logistiques, notamment les infrastructures routières endommagées (par exemple la destruction des ponts) retardent aussi les interventions humanitaires, la libre circulation des populations ainsi que leurs accès aux services sociaux de base et aux moyens de subsistance.

L'accès humanitaire est aussi ralenti par certaines mesures barrières visant à freiner la propagation de la COVID-19 comme par exemple l’interdiction de regroupement qui se traduit par la nécessité d’étendre la durée de certaines opérations de distribution de vivres ou de biens non alimentaires. 

Malgré l'environnement de sécurité instable et le contexte de COVID-19, les acteurs humanitaires continuent de fournir une assistance dans le centre et le nord du Mali en utilisant des approches d'acceptation communautaires avec une adaptation à chaque contexte tout en respectant les principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance.

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Analyse
PDI

Le nombre de personnes déplacées internes a atteint son niveau le plus élevé au cours des six dernières années

Le nombre de personnes déplacées internes (PDI) est passé de 207 751 personnes en décembre 2019 à 250 998 en avril 2020, soit une augmentation de 43 247 personnes selon les données de la matrice de suivi des déplacements (DTM). Les enfants représentent 58 pour cent des PDI et les filles et les femmes 54 pour cent. Plus de la moitié des personnes déplacées vivent dans des sites spontanés. Le nombre de PDI a atteint son seuil le plus élevé depuis 2013 (cf. graphique).

Cette augmentation est due à une recrudescence de la violence et des conflits variés dans les régions de Mopti, Ségou, Tombouctou, Gao et Ménaka et dans la bande frontalière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.  Plus de 65 pour cent des PDI vivent dans les régions de Mopti (102 481 PDI) et de Gao (62 633 PDI).

Au total, 97 pour cent des PDI se sont déplacées en raison de l’insécurité liée au conflit dans leur localité d’origine ou voisine selon le rapport DTM d’avril 2020. Certains déplacements dus à la crise alimentaire et à l’impact économique relatif au conflit sont également à signaler depuis les régions du centre et du nord vers les grandes villes desdites régions et celles du sud où les opportunités socio-économiques sont moins limitées.

Suite à une enquête menée auprès des ménages déplacés par les équipes chargées d’analyser les données de la DTM, environ 75 pour cent des PDI ont exprimé leur intention de retour tandis que 25 pour cent souhaitent rester sur place. La majorité des PDI conditionnent leur retour à une amélioration de la situation sécuritaire, économique et alimentaire dans leurs localités d’origine.

La grande majorité des ménages enquêtés ont perdu leur autonomisation et vivent désormais d’aides et de dons humanitaires (49 pour cent), d’aides des communautés et/ou de tierces personnes (30 pour cent). La majorité des PDI enquêtées ont indiqué comme besoins prioritaires les vivres, les abris, les emplois et l’accès aux activités génératrices de revenus.

La plupart des PDI ont un accès limité aux services sociaux de base comme l’éducation et les soins de santé. Les résultats de l'enquête précitée révèlent que 66 pour cent des enfants des PDI ne fréquentent pas l’école dans les cercles d’Ansongo, Bourem, Gao, Niono, Ségou et Gourma-Rharous principalement faute d’écoles disponibles sur place (37 pour cent) ou à cause de la fermeture des écoles (24 pour cent).

Concernant l’accès aux structures sanitaires, les résultats de l'enquête montrent que plus de la moitié (68 pour cent) des services médicaux se trouvent en dehors des lieux d’accueil. Les sites se trouvant dans les cercles du Gourma Rharous, Gao, Niono, San, Bourem et Tombouctou sont les plus touchés. D’où la nécessité de prioriser et de renforcer rapidement les services médicaux au niveau de ces différents cercles en cette période de pandémie de COVID-19.

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Visuels

Des ressources financières sont nécessaires pour la réponse à la COVID-19 et les autres urgences humanitaires

Lavage des mains à Koro

L’actualité sanitaire reste marquée par la propagation de la COVID-19. Au Mali, le nombre de cas continue d’augmenter et de toucher toutes les franges de la population. De 28 cas et 2 décès au 31 mars, le pays est passé à 1 885 cas dont 106 décès au 16 juin. Au total, 10 758 prélèvements ont été analysés depuis le début de l’épidémie. Au 16 juin, 626 cas confirmés étaient en cours de traitement dans les différents centres de prise de charge et 8 patients transférés à l’étranger sur demande. Le pays a enregistré 1 145 personnes guéries à cette date.

Dans ce contexte, les partenaires humanitaires soutiennent les actions de prévention de la maladie et de prise en charge des cas. Au mois de mai, les premiers cas de COVID-19 ont été détectés sur un site de déplacement/famille d’accueil dans la région de Mopti.  Les partenaires humanitaires ont élaboré une note d’orientation pour prévenir et renforcer la réponse à la maladie dans les sites de personnes déplacées internes et autres lieux d’accueil des déplacés. Ces lieux sont fortement à risque en raison de la promiscuité et des conditions sanitaires précaires.

La pandémie arrive dans un contexte de crise sécuritaire et humanitaire affectant déjà plus de quatre millions de personnes. Elle aggrave ainsi les défis liés à l’accès aux services sociaux de base, à l’insécurité alimentaire et met en exergue la vulnérabilité des ménages dont les opportunités socio-économiques sont de plus en plus réduites.

L'insécurité couplée à l’épidémie de COVID-19 ont pour conséquence une baisse de la fréquentation des centres de prise en charge des cas de violences basées sur le genre (VBG). Sur 32 partenaires qui offrent des services de gestion des cas de VBG notamment en appui psychosocial et qui collectent des données, seuls 13 sont opérationnels (source: cartographie des services VBG, avril 2020).  La prise en charge consistant à utiliser les cliniques mobiles pour assister les femmes et les filles à risque ou survivantes/victimes des violences basées sur le genre coûtent très chère. Aussi l’augmentation du nombre de nouveaux intervenants (y compris les intervenants humanitaires non traditionnels) à cause de la COVID-19 peut engendrer le risque d’avoir des cas d’exploitation et d’abus sexuels selon le sous cluster VBG.

Pour rappel, plus de 378 000 enfants sont affectés par la fermeture des écoles dans les zones touchées par l’insécurité. Actuellement, la mobilisation du secteur de la santé pour faire face à la COVID-19 a des conséquences négatives sur d’autres programmes essentiels de santé comme par exemple la vaccination, la prise en charge des victimes de violences basées sur le genre, l’accès à la santé maternelle et reproductive.

De plus, la crise économique engendrée par les mesures restrictives va accentuer la pauvreté à un moment où la période de soudure, en cours (de juin à août), est caractérisée par une hausse -de plus de 70 pour cent par rapport au début de l’année- du nombre de personnes en insécurité alimentaire sévère pour atteindre 1,3 million.

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