Niger

Rapport de situation
Coordination
Niger, refugees arriving at the border

Déplacements massifs à Maradi : une nouvelle urgence sur les frontières du Niger

Depuis mai 2019, plus de 40 000 Nigérians en provenance des Etats de Sokoto, Zamfara et Katsina ont décidé, malgré l'insécurité et les contraintes liées à la saison des pluies, de quitter leurs foyers pour se réfugier dans la région de Maradi, au Niger en raison des attaques des groupes armés dans le Nord-Ouest du Nigéria. Ces personnes racontent qu’ils fuient la recrudescence des violences, des enlèvements et des meurtres perpétrés par ces groupes armés dont les motivations exactes restent floues.

CARTE: Situation des déplacements dans la région de Maradi

Une première vague de 15 000 réfugiés est arrivée au Niger mi-mai 2019 et a été suivi par une seconde en juillet de la même année. De plus, des mouvements de communautés plus petites continuent d’être enregistrés le long de la frontière. Selon une analyse des tendances proposée par les autorités nigériennes et le HCR, un total de 50 000 personnes réfugiées pourraient chercher refuge dans la région de Maradi d’ici la fin de l’année 2019 en raison de la poursuite des exactions au Nigéria. Ces personnes bénéficient de l’hospitalité des familles nigériennes vivant le long de la frontière, dans les communes de Guidan-Roumdji, Guidan Sori, Gabi, Safo, Madarounfa et Tibiri. Leur arrivée a augmenté de manière significative la densité démographique dans les zones d’accueil, qui était originellement de près de 45 000 personnes. Cette hospitalité est offerte en dépit de la précarité des capacités d’accueil, accentuant le niveau de vulnérabilité des populations locales dans plusieurs secteurs, dont la sécurité alimentaire, l’eau, hygiène et assainissement (EHA) et la santé.

Les évaluations multisectorielles (MSA) menées par le Mécanisme de Réponse Rapide (RRM) dans 40 villages ont relevé que 64% des familles hôtes abritent en moyenne 23 personnes par famille. Il faut noter que seulement 37% de ces familles vivent dans des abris fonctionnels et que les récentes inondations ont affecté les conditions de vie et les ressources de plus de 25 000 personnes dans cette région. Une telle situation laisse craindre un épuisement rapide des ressources d’eau potable, des biens alimentaires, et la diffusion rapide de maladies épidémiques, telles que la rougeole, la polio et le choléra, qui sont déjà un risque dans la région, et qui ont comme conséquence une aggravation de l’état nutritionnel et de la mortalité infantile. Le HCR a déjà relevé une forte prévalence de la malnutrition aigüe chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes : ce taux avoisine 35% au sein des enfants réfugiés et 16% dans les communautés hôtes. Au même moment, les résultats d’une évaluation rapide de la situation alimentaire et nutritionnelle conduite par le Dispositif National de Prévention et de Gestion des Catastrophes et des Crises Alimentaires (DNPGCA) conjointement avec les partenaires humanitaires au cours du mois d’août 2019, montrent qu’en cette période de soudure, la pression des populations déplacées sur les ressources a accéléré l’épuisement des réserves alimentaires des ménages hôtes et que la fréquence d’approvisionnement des marchés est rendue compliquée par l’insécurité croissante.

Malgré les patrouilles des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) du Niger et du Nigeria, aucun mécanisme de monitoring de protection n’a été mis en place en dépit de la détresse psychosociale dans laquelle les populations réfugiées et hôtes vivent suite aux violences, abus et exploitations. Plusieurs risques de protection sont liés à l’installation de ces réfugiés non loin de la frontière. Récemment, entre le 17 et le 19 septembre, une centaine d’individus armés se déplaçant en motocyclettes auraient perpétré plusieurs attaques contre les civils sur les deux côtes de la frontière.  

Une nouvelle crise sur l’agenda humanitaire

Du fait de l’accès difficile aux régions de provenance des populations nigérianes et au manque d’un cadre de coordination transfrontalière bien structuré, ni le Plan de Réponse Humanitaire (HRP) 2019 au Niger et ni le Plan de Réponse Régional pour les Réfugiés (RRRP) 2019 du HCR n’avaient prévu un tel afflux dans la région. 

Une réunion de l’Equipe Humanitaire du Pays (EHP) tenue le 23 août 2019 à Niamey, a demandé l’activation immédiate du RRM dans la région, la mise en place d’un mécanisme de coordination approprié, et la mobilisation de fonds CERF Rapid Response afin de garantir une assistance d’urgence aux réfugiés et de désengorger les villages hôtes en initiant une stratégie de vases communicants avec des nouvelles zones d’accueil.  Un comité de travail créé par les autorités nigériennes a défini les modalités pour assurer la relocalisation sur une base volontaire de plus de 41 000 réfugiés dans la région de Maradi vers de nouvelles communautés d’accueil identifiées. Cependant, la préexistence de différentes organisations et de services techniques dans la région a permis l’activation des premières activités d’assistance, telles que la distribution de 300 kits d’abris et Biens Non Alimentaires par différentes organisations et une distribution de 900 tonnes de vivres mobilisées par l’Etat.

Un plan de réponse ad-hoc publié par le HCR en août 2019, estime que 16,8 millions USD seront nécessaires pour apporter une réponse d’assistance et de protection à 65 000 personnes (50 000 réfugiés du Nigéria et 15 000 membres de la population hôte) dans les secteurs de l’eau, l’hygiène, l’assainissement, la protection, la nourriture, la santé pour les prochains six mois.

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