Niger

Rapport de situation
Réponse d'urgence
Carte sur les mouvements de populations dans les régions de Tillabéri et de Tahoua

Mouvements de populations dans les régions de Tillabéri et de Tahoua Situation au 31 mars 2022

Contexte et faits majeurs Les violents affrontements qui opposent depuis plus de trois semaines des éléments présumés de groupes armés non étatiques (GANE) à des groupes armés maliens, signataires des accords de paix, dans les villes de Ménaka, Anderamboukane et environs, ont provoqué d’importants mouvements de populations vers le Niger et ces mouvements continuent. Selon les acteurs de la protection, 17 677 personnes (3 034 ménages), en majorité des retournés nigériens et des réfugiés maliens, ont fui les localités de Inchinana, Azaragane, Anderamboukane et Tamalet au Mali pour s’installer au Niger.

Ces personnes déplacées ont trouvé refuge dans les localités de Abala (8 886 personnes), région de Tillabéri et les localités d’Inkotayene, Intikane, Télemcès et Egerek (8 791 personnes) dans le département de Tillia, région de Tahoua. Des sources sécuritaires indiquent que plus de 400 civils seraient morts à cause de ces conflits. Ces nouveaux déplacements interviennent dans un contexte humanitaire qui continue à se dégrader, particulièrement ces derniers mois à cause de la persistance de l’insécurité et des violences liées aux conflits, dans une situation de crise alimentaire marquée par une flambée des prix sans précédent des principales denrées alimentaires. Tillabéri et Tahoua figurent parmi les régions les plus durement affectées par la crise alimentaire avec respectivement 951 020 et 565 273 personnes en situation de crise, selon les résultats du cadre harmonisé de mars 2022. Le contexte dans les zones affectées reste aussi marqué par des contraintes d’accès assez élevés liées à l’insécurité et mauvais état des routes: (i) les impacts des mesures administratives liées à l’application de l’état d’urgence, à la fermeture des marchés, des centres de santé, des stations d’essence pour la région de Tillabéri ; (ii) ainsi que la suspension de l’assistance humanitaire dans le département de Tilia. Pressés par le besoin, certains ménages vulnérables venant des villages périphériques du centre d’Abala commencent à affluer vers le site d’accueil des personnes déplacées en vue de recevoir l’aide humanitaire. Les acteurs humanitaires sur place redoutent une augmentation substantielle des besoins. Pour rappel, Tillabéri et Tahoua accueillaient respectivement 134 330 et 61 042 personnes déplacées (personnes déplacées internes et réfugiées comprises) au 2 février 2022.

Missions d’évaluation Pour procéder à une première évaluation des besoins, plusieurs missions ont été conduites dans les localités hôtes. Une mission inter-organisationnelle conduite par OCHA avec la participation du Ministère de l’Action Humanitaire et la Direction régionale de l’Etat Civil, s’est déroulée du 15 au 18 mars 2022 sur le site de Egerek, dans le Département de Tillia. Selon les résultats de cette mission, sur ce site qui accueille de nombreuses familles maliennes réfugiées, les besoins sont énormes dans les secteurs de l’eau, de la sécurité alimentaire (nourriture), de la santé, de la protection, des abris et de l’éducation. Une seule station de pompage pastorale y est disponible et est actuellement surexploitée avec l’arrivée massive des personnes déplacées, provoquant une hausse du prix de l’eau. La ration journalière des ménages composés majoritairement de femmes et d’enfants a diminué, même avec l’appui communautaire. Les structures de santé existantes (une case de santé et l’infirmerie militaire) ne permettent pas de faire face aux nombreuses demandes de prises en charge. L’agent de santé affecté à la case de santé n’a pas les capacités de prendre en charge certaines pathologies compliquées et n’arrive pas à répondre efficacement aux besoins des malades, au regard de l’afflux des personnes déplacées, parmi lesquelles beaucoup d’enfants fragilisés par le déplacement forcé. En outre, le site d’Egerek du fait de sa proximité avec la frontière malienne n’est pas dans une situation idéale de sécurité . Les autorités régionales envisageraient de relocaliser ces personnes sur un site plus approprié. OCHA plaide pour une relocalisation accélérée pour faciliter une réponse rapide aux besoins urgents et multisectoriels de ces personnes. Dans le département d’Abala, l’ONG IRC a conduit une mission d’évaluation des besoins à l’arrivée des premières vagues des personnes déplacées. OCHA a par la suite entrepris du 23 au 28 mars 2022 une mission en vue d’appuyer les autorités dans la coordination de la réponse, le partage de l’information et le plaidoyer.

Réponses humanitaires Au 25 mars, plusieurs acteurs humanitaires ont assisté de nombreuses personnes déplacées à Abala à travers la prise en charge de différentes pathologies, de cas de protection de l’enfance, de violences basées sur le genre (VBG) et de dépistage de la malnutrition. L’aide sanitaire est assurée par des cliniques mobiles (APBE, ALIMA BEFEN) qui font les consultations, les prises en charge et référencements des malades depuis le début de ces mouvements. Dans le cadre du mécanisme de réponse rapide (RRM), le PAM a débuté le 28 mars, une distribution de vivres au bénéfice de 4 689 personnes (790 nouveaux ménages) et attend la liste de ciblage additive pour couvrir tous les déplacés nouvellement arrivés à Abala. Pour assurer une meilleure coordination de la réponse, six sous-groupes de travail sectoriels (accueil et enregistrement, santé/nutrition, eau hygiène et assainissement, abris et biens non alimentaires, sécurité alimentaire et protection) ont été mis en place sous la houlette des autorités départementales à Abala.

Besoins et défis humanitaires Afin d’alléger les souffrances de ces nombreuses personnes, il urge de renforcer le plaidoyer pour la mobilisation des ressources nécessaires pour couvrir les gaps énormes des besoins multisectoriels identifiés. Les humanitaires comptent assurer le monitoring des mouvements secondaires des personnes déplacées, appuyer la relocalisation et l’augmentation des capacités d’accueil des sites des personnes déplacées. Les données des personnes ciblées pour l’assistance devraient être désagrégées pour assurer une réponse de qualité, prenant en compte les besoins spécifiques des principaux groupes les plus vulnérables affectés par la crise tels que les survivant(e)s VBG, les femmes enceintes et allaitantes et les personnes handicapées.

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